Logement : la Fondation Abbé Pierre accuse les pouvoirs publics

le 31 janvier 2007 à 21h49 , mis à jour le 31 janvier 2007 à 22h08

"Les classes moyennes sont dupées et les classes populaires sont oubliées", écrit l'association dans son rapport annuel rendu public jeudi.

TF1-LCI : Trois associations ont décrété un immeuble du IIe arrondissement de Paris "ministère de la Crise du logement" le 1er janvier 2007Trois associations ont décrété un immeuble du IIe arrondissement de Paris "ministère de la Crise du logement" le 1er janvier 2007 © TF1-LCI

Pour la Fondation Abbé Pierre, les pouvoirs publics sont toujours "myopes aux besoins sociaux". Dans son rapport 2007 sur le mal-logement, publié jeudi, l'association dénonce le décalage qui s'est creusé ces dernières années entre la production de logements neufs et les besoins de la population. "On construit 76% des logements pour le tiers de la population le plus aisé", résume Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre"Société et logement connaissent des évolutions inverses", écrit la Fondation : d'un côté la demande se fragilise, de l'autre le logement connaît un renchérissement et devient inaccessible au plus grand nombre. "Les classes moyennes sont dupées et les classes populaires sont oubliées", souligne le rapport.

  • 10 minutes à perdre pour la Fondation Abbé Pierre

    Après Eric Cantona, ce sont les comiques "10 minutes à perdre" qui assurent le buz sur internet pour relayer l'appel de la fondation Abbé Pierre pour les mal logés. Il y a encore 3,5 millions de personnes mal logées en France.

    Publié le 14/12/2010 10 minutes à perdre pour la Fondation Abbé Pierre
Plus d'infos

Même si en 2006 comme en 2005, les mises en chantier ont atteint des chiffres record depuis 25 ans (respectivement 430.000 et 410.000), la part des logements qui seront attribués sous conditions de ressources ou à des loyers inférieurs à ceux du marché ne représente que 41% de la production, contre 67% en 2000. La Fondation souligne par ailleurs que la progression globale du nombre de logements sociaux financés depuis 2004 "tient essentiellement à l'augmentation de l'offre locative intermédiaire (...) inaccessible à la grande majorité des 1.300.000 demandeurs de logements sociaux".

"Rareté des logements à des prix abordables"

A l'inverse, le nombre de logements construits destinés à des ménages qui peuvent se loger sans aide a plus que doublé, passant de 100.000 en 2000 à 260.000 unités en 2006. "Il ne faut donc pas s'étonner du décalage considérable entre l'appréciation favorable de la situation, émanant des responsables de la politique du logement, et celle des Français préoccupés par la rareté des logements proposés à des prix abordables", souligne le rapport.

Que ce soit dans le secteur locatif public ou privé, la dérive est la même. A titre d'exemple, la Fondation cite le cas de Lyon : aujourd'hui, seulement 6% des logements privés ont un loyer de niveau HLM, contre 50% en 1990. A cet égard, la Fondation accuse l'Etat d'avoir affecté, ces dernières années, les ressources publiques à promouvoir des produits immobiliers qui ont contribué à l'affaiblissement du rôle social du parc privé. Ainsi, souligne-t-elle, le dispositif "Robien" a-t-il contribué à la hausse des loyers privés.

20.000 enfants sans adresse en Seine-Saint-Denis

La dégradation des situations sur toute la chaîne du logement, souligne-t-elle, a "des effets dévastateurs pour les plus fragiles" contraints de se loger dans toutes sortes d'habitations "indignes" : squats, bidonvilles, campings, caves... L'"imprécision" des chiffres de ce "non-logement", ajoute la Fondation, ne doit pas conduire à minorer l'importance du phénomène. Elle en veut pour preuve, par exemple, la "flambée" des demandes de domiciliation administrative et postale.

Selon Christophe Robert, de la Fondation, ce type d'inscriptions auprès des associations est passé du simple au triple en cinq ans : à La Rochelle, l'association l'Escale a reçu 1900 demandes de domiciliation en 2006 contre 350 dix ans plus tôt. Une deuxième mesure, a-t-il précisé, est l'inscription à l'école d'enfants qui n'ont pas d'adresse : en Seine-Saint-Denis, ce serait le cas de 20.000 enfants.

D'après agence

Les chiffres du mal-logement, selon la Fondation Abbé Pierre

La Fondation Abbé Pierre évalue à 3.261.600 le nombre de personnes connaissant "une problématique forte de mal-logement". En ce qui concerne les SDF, la Fondation, qui se base notamment sur une étude de l'Insee de 2001, les évalue à 100.000 personnes. Les personnes privées de domicile personnel mais qui bénéficient tout de même d'un hébergement seraient 974.600. Parmi celles-ci, 100.000 vivent à l'année en camping ou en mobile-home, 150.000 vivent chez des tiers dans des conditions difficiles, 50.000 sont installées dans des chambres d'hôtel et 41.000 dans un "habitat de fortune" (cabanes, constructions provisoires etc.). La Fondation estime par ailleurs à 2.187.000 le nombre de personnes vivant dans "des conditions de logement très difficiles". Parmi celles-ci, 1.150.000 vivent dans des logements "dépourvus de confort de base" (absence de salle d'eau, de WC, de système de chauffage). Par ailleurs, 1.037.000 personnes vivent "en situation de surpeuplement accentué".

le 31 janvier 2007 à 21:49
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

10 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Serge KOCHANSKI, le 01/02/2007 à 09h13

    Constat révoltant pour un des pays les plus riches du monde : ceci explique cela, car un système basé sur le pouvoir de l'argent est voué à terme à sa propre perte, surtout pour les nantis (pour qui travaillent la plupart des politiques) qui n'ont sans doute pas encore compris que ce sont eux qui risquent d'y perdre le plus ! A l'instar d'une politique de l'environnement, qui nécessite d'urgence un pacte écologique auquel j'ai souscrit sur l'initiative de Nicolas HULOT, il faut réaliser rapidement la même union sacrée avec un pacte social qui permettra aux plus démunis d'avoir d'abord un abri, avant de les mettre à l'abri du besoin !

  • René, le 01/02/2007 à 08h57

    L'Abbé Pierre était un homme extraordinaire, nous le savons tous... Cependant les personnes qui nous gouvernent n'ont pas fait le même parcours et c'est rêver en couleurs que de croire que tous le monde aura un logement; notre pays est gouverné par des mentalités moyennageuses que vous le vouliez ou non et les pauvres resteront pauvres et les classes moyennes elles, verront au fil du temps leur pouvoir d'achat fondre comme neige au soleil...ALORS DE GRACE ARRETEZ DE REVER, LA FRANCE A ÉTÉ ET SERA TOUJOURS à l'égard de son peuple, une égoiste. Ce n'est pas avec un aristo hongrois, le nimbus Nicolas, ou l'aristo de Villeppin que vous aurez gain de cause; Royal elle se fait rouler dans la farine...bref, pas de solution... Hello TF1, veuillez laisser mon article, car sur 50 écrits, pas un seul paru...

  • Pierre, le 01/02/2007 à 08h54

    Du temps de leur présence à la tête de l'état français ( 14 ans ), la gauche n'a pas construit 650 000 logements. C'est un manque que personne ne peut rattraper. Et certains voudraient que la gauche revienne au pouvoir. Il va y avoir de plus en plus de personnes dans la rue ou mal logé et une spéculation dont les dirigeants socialistes vont profiter.

  • Candide, le 01/02/2007 à 08h38

    Que font les R.G pour éclaircir ce problème majeur dans notre société ?!!!!

  • Olivier, le 01/02/2007 à 08h37

    Ben ça évidemment que cela augmente.. quand j'étais jeune, on vivait dans un immeuble.. Les locataires s'organisaient pour le ménage des communs, on avait pas d'ascenseur, les pièces étaient petites, pas de chauffage central.. Et c'était un prix raisonnable.. Maintenant on attend un ascenseur, du chauffage, de l'entretient, des réparation de ce que les jeunes cassent, de grandes surfaces, des antennes satellite sur le toit.... et toujours au même prix.

  • Nat, le 01/02/2007 à 07h54

    Tout a fait d'accord avec le rapport car pour acceder à la location de logement sociaux neufs, dans ma ville il faut avoir une "bonne situation".Les logements dégradés sont réservés aux pkus démunis qui ne peuvent pas se plaindre de l'état du logement qu'on leur propose car ild n'ont rien d'autre.Merci pour la "discrimination",bientôt on va nous mettre dans des guettos.

  • Pascal, le 01/02/2007 à 07h52

    Mais non voyont, la France va bien, tres bien meme d'apres certains politiques ! Mais ils vont encore dire que ce n'est pas vrais, que les chiffres sont faux.

  • Az, le 01/02/2007 à 07h52

    Et encore un vôte "contestataire" un.

  • Ivars, le 01/02/2007 à 07h39

    Tout rentre en FRANCE par avions et par bateaux,de plus en plus,tous les jours,les limites de la FRANCE ne sont pas "élastiques"..alors les chiffres de ce rapport sont a prendre avec circonspection...

  • Vastre, le 01/02/2007 à 07h24

    Depuis le ministère Quillot, l'Etat a tellement matraqué les propriétaires qu'il les a fait disparaître, organisant ainsi la pénurie. On n'investit dans la pierre que pour faire de la plus value, pas pour louer à des locataires qui cassent tout et ne paient pas.

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience