© TF1Un enfant élevé au sein d'une famille homoparentale va-t-il se développer de la même façon qu'un enfant dont les parents sont hétérosexuels ? Olivier Vecho et Benoît Schneider, deux psychologues de l'Université de Nancy 2, se sont penchés sur cette question, au cœur du débat sur l'homoparentalité. Une démarche qui n'a rien de militante, précise à LCI.fr Olivier Vecho.
"En France particulièrement, les positions [sur l'homoparentalité et le développement de l'enfant] sont théoriques et souvent doctrinales", déclare à LCI.fr Benoît Schneider. "Et il s'agit d'une opposition très affichée, très soutenue", qui méconnait la réalité du terrain, poursuit le psychologue. Aussi les deux experts ont-ils épluché une quarantaine d'études françaises et internationales menées sur cette thématique depuis trente ans. Olivier Vecho a par ailleurs interrogé en face-à-face une vingtaine d'enfants élevés au sein d'une famille homosexuelle à la suite de la séparation de leurs parents, l'un des parents se mettant alors en couple avec une personne du même sexe. Les parents et beaux-parents ont également été interrogés.
Le psychologue s'est intéressé à l'estime de soi, "un indicateur primordial du développement de l'enfant" puisqu'un enfant qui a une faible estime de lui-même peut notamment tomber dans la délinquance. Or, les résultats chez ces enfants étaient "tout à fait satisfaisants". Idem pour les relations vis-à-vis des parents biologiques et des beaux-parents. "Le fait que le parent divorcé ait une relation homosexuelle pourrait peut-être atténuer le conflit au sein d'une famille recomposée", avance Olivier Vecho, en soulignant qu'il ne s'agit que d'une "intuition". "Comme le beau-parent n'est pas du même sexe que l'autre parents, il y aurait moins de rivalité" entre les deux "familles" de l'enfant, explique-t-il.
"Pas de stigmatisation marquée"
Autre indicateur étudie : le regard des autres. Certains enfants développent une stratégie du secret total, vivant parfois dans l'angoisse permanente que l'on découvre que l'un de ses parents est homosexuel. D'autres s'en sont ouverts progressivement à leurs amis afin de tester leurs réactions ; enfin, certains adolescents ne font pas de mystère de leur situation familiale. Olivier Vecho n'a en tout cas pas constaté de "stigmatisation marquée de ces enfants" de la part de leurs copains.
Après avoir pris en compte cette étude et la quarantaine d'autres sur ce thème avec son collègue, Benoît Schneider précise qu'il ne s'agit "surtout pas de dire que ces situations sont banales ou qu'elles ne posent pas problème". Mais il indique, "avec beaucoup de prudence", que "vis-à-vis de tous les risques décrits, soulevés, pronostiqués par certains, il ne semble pas y avoir de problème de développement marqué chez l'enfant" dont l'un des parents vit avec une personne du même sexe. Olivier Vecho, quant à lui, "ne revendique pas de généraliser ces résultats mais ils apportent des pistes" de réflexion pour le débat sur l'homoparentalité. Un débat qui reste très sensible en France.
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