Maurice Papon à Bordeaux lors de son procès en 1998 © LCI"Je n'ai ni remords, ni regrets." Dans une interview au Point publiée en 2004, Maurice Papon ne reniait rien de son passé trouble. Il s'agissait du premier entretien accordé par l'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde depuis sa condamnation en 1998 pour "complicité de crimes contre l'humanité" pour sa responsabilité dans la déportation de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. Une peine de dix ans de prison en guise de point final à la longue carrière d'un haut fonctionnaire qui servira successivement la IIIe République, Vichy, puis les IVe et Ve Républiques.
Maurice Papon naît le 3 septembre 1910 à Gretz-Arminvilliers, en Seine-et-Marne. Après des études de droit, d'économie, de Sciences politiques, il entame à 25 ans la trajectoire rectiligne d'un serviteur dans les plus hauts rouages de l'Etat. Avant d'être rattrapé par son sinistre passé.
Ministre dans le gouvernement Barre
Secrétaire général de la préfecture de Gironde en 1942, il devient préfet des Landes en 1944 ; de Corse en 1947. Il occupe notamment les postes exposés de préfet de Constantine (1956-58). En mars 1958, en pleine tourmente algérienne, il est nommé préfet de police de Paris. Il réprime violemment la grande manifestation des Algériens le 17 octobre 1961, à Paris. "Une malheureuse soirée'", selon lui. Il est également mis en cause pour la mort de neuf militants, dont huit communistes au métro Charonne le 8 février 1962. Parallèlement, il fait face à la menace des attentats de l'OAS qui déchirent périodiquement Paris. En 1968, après un bref passage dans l'industrie comme PDG de Sud-Aviation, Maurice Papon entame une carrière politique. Il devient un dirigeant gaulliste de l'UDR, puis du RPR. Il est élu député du Cher en 1968. En 1978, Maurice Papon devient ministre du Budget du gouvernement Barre.
1981 : l'épisode bordelais sort de l'ombre. Le Canard Enchaîné publie les documents sur les rafles datés de 1943 et 1944 et signés de la main de Maurice Papon l'impliquant dans la déportation de Juifs. Après 17 ans de bataille juridique, l'ancien fonctionnaire doit affronter la Justice. Et la France replonge dans l'une des périodes les plus sombres de son Histoire. 56 ans après les faits.
"Impotent" et "grabataire"
Le 2 avril 1998, cour d'Assises de Bordeaux. A l'issue de la plus longue audience de l'après-guerre et d'un délibéré de dix-neuf heures, Maurice Papon est reconnu coupable d'avoir ordonné l'arrestation de 1560 juifs, dont des enfants et des personnes âgées, entre 1942 et 1944. Les victimes iront au camp de Drancy, l'antichambre d'Auschwitz. Il vit l'affaire comme un complot politique, idéologique et personnel. "Je ne me suis jamais trouvé dans la position d'engendrer un événement qui porte au remords, je ne vois pas pourquoi j'en exprimerais. Exprimer des remords, c'était dire que j'avais fais quelque chose de regrettable. Donc, c'était un aveu", raconte en 2004 Maurice Papon au Point.
Le verdict prononcé, l'ancien fonctionnaire tente l'exil en Suisse. Rattrapé, le "fugitif" dont la photo fait la Une de Libé du 21 octobre 1999 avec la mention Wanted, est incarcéré à la prison de Fresnes. Il passe moins de trois ans en cellule. Le 18 septembre 2002, la cour d'appel de Paris le libère. Papon a alors 92 ans et des experts jugent son état incompatible avec la détention. Décrit comme "impotent" et "grabataire" par les médecins, Papon sortira de prison sur ses deux jambes. Malgré un tollé général, la Cour de cassation confirmera la suspension de peine.
Les recours sont épuisés, la condamnation devient définitive et Maurice Papon n'aura de cesse de clamer son innocence. Ces derniers temps, cependant selon son avocat, il semblait avoir renoncé à déposer une demande de révision de son procès. Tout en n'affichant ni remords, ni regrets.
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