Sûreté aérienne : "La plus grosse lacune est humaine"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 26 février 2007 à 04h22 , mis à jour le 23 février 2007 à 18h13

Christophe Naudin a pu à plusieurs reprises faire passer des armes dans les aéroports. S'il pense que la nomination d'un superpréfet va dans le bon sens, cet expert souhaiterait davantage pour éviter un attentat.

LCI.fr/D.Heurtaut : Au terminal 2F de Roissy, le 7 novembre 2006, au lendemain de l'entrée en vigueur des nouvelles règles de l'UE sur les bagages à mainAu terminal 2F de Roissy, le 7 novembre 2006, au lendemain de l'entrée en vigueur des nouvelles règles de l'UE sur les bagages à main © LCI.fr/D.Heurtaut

LCI.fr : Un superpréfet va être nommé prochainement pour veiller à l'application des mesures prises depuis le 11-Septembre dans les aéroports parisiens. Qu'en pensez vous ?

Christophe Naudin (1) : C'est une excellente mesure. Ces dernières années, il y a déjà eu des améliorations avec, par exemple, la nomination de sous-préfet chargé des zones aéroportuaires, mais ce n'est pas assez. Le domaine de la sûreté aérienne nécessite davantage de coordination et de cohérence.

Après, il ne faudrait pas que ce superpréfet devienne le super-fusible ou le représentant du bureau des plaintes sur un aéroport. Il devra travailler avec tous les services de l'Etat et toutes les sociétés, qu'il puisse dire les choses, qu'on puisse lui parler. Actuellement, c'est mission impossible. Celui qui parle se voit retirer son badge.

LCI.fr : Le 22 mars prochain, vous publiez un livre qui s'intitule Sûreté aérienne : la grande illusion. En quoi est-ce un leurre ?

C.N. : Parce qu'on n'arrivera jamais à obtenir une protection à 100%. Même en mettant 500 millions d'euros dans la sûreté, on ne peut pas protéger les gens de leur destinée. En ce qui concerne la sécurité aérienne, c'est-à-dire la gestion de l'accidentel, c'est parfait : le taux d'accident est infiniment faible compte tenu du nombre d'heure de vol et du nombre de kilomètres par passager.

Pour la sûreté aérienne, c'est-à-dire la gestion des actes intentionnels (sabotage, terrorisme, infiltration, ingérence criminelle, etc.), on a de gros problèmes. Actuellement ce que l'on fait est inutile et coûte très cher. Quand on connaît bien les détecteurs d'armes ou d'explosifs, on sait ce qu'ils vont ou non remarquer. C'est facile. A plusieurs reprises, j'ai pu passer une arme à feu dans mon bagage ! C'est triste de voir les efforts déployés par la sûreté et de voir que cela ne fonctionne pas.

Par exemple, on contrôle systématiquement tous les passagers : qu'ils prennent l'avion une fois par semaine, tous les jours comme les hôtesses de l'air ou une fois par an pour partir en vacances. C'est absurde. Le contrôle aléatoire serait plus efficace. Les organisations criminelles le redoutent car il est plus déstabilisant. En décembre 2001, le terroriste Richard Reid a été contrôlé, comme tous les passagers, et pourtant, il est passé sans être inquiété. Cela aurait été différent si on s'était intéressé davantage à sa personne. La plus grosse lacune est la faille humaine et la méconnaissance technologique.

LCI.fr : Pourtant, il n'y a pas eu d'attentats récemment, donc le système est quand même efficace, non ?

C.N. : Attention, on ne peut pas valider un dispositif parce qu'il ne s'est rien passé ! Et puis par exemple, les attentats déjoués à Londres en août dernier l'ont été grâce aux services de renseignements. Pas grâce au contrôle systématique des passagers.

LCI.fr : Quelles mesures préconisez-vous ?

C.N. : Je suis pour que l'on supprime une partie du budget alloué à la sûreté aérienne pour le restituer aux services de renseignements étatiques qui seuls sont efficaces en matière de terrorisme. Il y aurait deux grandes réformes à appliquer. La première que la sûreté devienne un vrai métier. Aujourd'hui, les agents de sûreté sont des personnes respectables mais ils ne sont pas formés. Un exemple ? Il n'y a pas de visite médicale ophtalmologique pour les agents de sûreté. Or, la détection en radioscopie de sûreté est basée sur une analyse colorimétrique. Ainsi quelqu'un qui a des troubles de la vision ne pourra pas distinguer un couteau sur un écran, c'est aberrant !

La gestion de la sûreté ne doit pas dépendre du ministère des Transports. Elle devrait dépendre du ministère de l'Intérieur ou de la Défense. La DGAC a de grandes qualités techniques pour faire fonctionner les appareils mais pas pour gérer la protection du transport aérien. Aujourd'hui, on ne donne pas à l'Etat les moyens d'exercer un contrôle dans les aéroports. On demande cela à des sociétés privées régies par des contraintes économiques. La sûreté aérienne est une mission régalienne qui ne s'adapte pas aux contraintes économiques d'une entreprise qui doit être rentable.

Je propose également que l'on arrête les fouilles systématiques. Cette technique est mauvaise, inefficace et incohérente. Intéressons nous aux personnes, pas aux objets. Quand vous prenez l'avion, on recherche si vous avez sur vous un couteau, on ne cherche pas à savoir qui vous êtes, faute de temps.

(1) Christophe Naudin est chercheur au département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines (DRMCC) de l'université Paris 2. Il publie le 22 mars Sûreté aérienne : la grande illusion aux éditions de la table ronde.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 26 février 2007 à 04:22
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17 Commentaires

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  • Patrick, le 27/02/2007 à 18h59

    Dans un premier temps, il ne faut déjà pas confondre (pour certains) la sécurité domaine de l'accidentel, de la sûreté domaine d'un acte volontaire illégitime. Certes les conditions de filtrage ont considérablement durcit. C'est vrai que pour la grande majorité des passagers il est très dur de comprendre les obligations mises en place. Mais si, malgré tout ce qui est fait, hyper malheureusement il y avait un attentat....... L'humain pense toujours que c'est pour les autres et non pour lui. Lorsqu'il est touché dans sa chair, il tuerait le monde entier (réaction normale devant une énorme douleur) et ensuite il oublit. Veut-on aujourd'hui aboutir à une sûreté à 100% ? Qui paierait si tel était le cas ? Le montant du billet de transport inclut déjà des taxes de sûreté et sécurité (incendie notamment et autres). Il est très dur d'imaginer pour monsieur et madame tout le monde qu'on puisse faire exploser un aéronef avec une bouteille d'eau (qui certes ne contiendrait pas de l'eau, malgré l'aspect similaire), mais pourtant c'est du domaine du possible. La sûreté va t'elle empêcher un attentat ? Les pompiers empêchent-ils les accidents ? Non. Sûrement pas tout le monde le sait, il n'y a qu'à vous lire.... mais elle peut déjà éliminer un éventuel risque de voir passer quelqu'un avec un produit à risque. J'arrête là, il y aurait tellement à dire, des bouquins à écrire, des mémoires à faire, etc... Je ne pense pas qu'il soit question d'une personne qui éveille les autorités sur un problème qui est sûrement connu, mais seulement l'appréciation de certaines personnes qui trouvent les mesures à l'excès. Chaque opinion à sa valeur, il faut simplement espérer que chacun dans son domaine, légal ou qui subit la légalité, n'ait pas à répondre ou à pleurer après une tragédie. Très bon vol à ceux qui prendront l'air et bon courage aux autres.

  • Sophie, le 26/02/2007 à 17h16

    Il y a une vingtaine d'années, je travaillais à l'aéroport d'Orly. A l'époque déjà, les bagages à mains étaient fouillés avant embarquement, et les objets dangereux prélevés, étiquettés, mis dans un 'Security Check' en soute, et rendus aux passagers à l'arrivée. Aujourd'hui il y a purement et simplement confiscation de propriété privée, c'est à dire vol, et personne ne dit rien.

  • Sebastien, le 26/02/2007 à 16h39

    Je me permet de nuancer l'avis general sur cet article. I est vrai que la tactique actuelle n'est pas des plus efficace mais celle proposee par Mr Naudin est un peu trop intrusive a mon gout. I pense qu'il faut s'interesser a chaque personne prenant l'avion ! C'est a dire qu'on en vien au fliquage des passagers. Big Brother n'est pas loin et apparement personne ne s'en plain...

  • M MARTY YVAN, le 26/02/2007 à 15h26

    Prenant souvent l'avion vers les pays étrangers pour raisons professionelles(7 à 8 fois par an)je confirme que les controles dans les aeroports frolent le 'ridicule' et sont effectueS par des gens qui se prennent pour faisant parti des 'services secrets' ,ils sont souvent trés arrogants et ne font aucune distinction sur la raison du déplacement de la personne et cela devient parfois trés désagréable on nous considére comme des objets. Il y a une perte de temps aux controles des personnes qui est pénible et contraignant. Actuellement tout le controle est basé sur un sac plastique tranparent réglementaire ,ce qui je pense n'est pas primordial . Poue exemple a blagnac dernièrement j'avais mis dans une trousse de toilette transparente mes affaires de toilette(donc parfaitement visible=,j'ai été obligé de tout enlever pour le mettre dans un sac plastique homologué pour éviter des polemiques. On fait la chasse aux objets dangereux types coupe ongle ;limes a ongle etc... ce qui est normal .Par contre dernièrement sur un vol vers Tahiti,aprés une fouille contraignante nous avons eu droit dans l'avion(en classe affaire) a de trés beau couteau en fer lors de la collation cherchez l'erreur? L'aggrésivité de certains controleur devient penible.

  • Simonetto, le 26/02/2007 à 15h25

    Je vous ai dejà contacté ce matin pour ce sujet,et je m'en excuse j'ai fait une petite erreur de frappe j'ai indiqué "aeraunotique"au lieu de aéroportuaire car c'est bien dans ce lieu qu'il s'agit de sécurité un peu faible.Il est certain que depuis le 11 septembre ou ont eu lieu les attentats une certaine appréhension apparait quand l'on doit prendre un avion.Faisons confiance à nôtre sécurité et améliorons là.!!!

  • TOCQUEVILLE Jack, le 26/02/2007 à 14h33

    Bonjour, Je partage tout à fait les propos de mon ami Christophe NAUDIN sur le contrôle sûreté aéroportuaire. Trop de sûreté nuit à la sûreté, c'est une évidence certaine. Cependant ,j'attire l'attention des pouvoirs publics et des médias, que traiter un aéronef de 250 passagers toutes les x heures n'est absolument pas comparable au traitement des géants des mers qui vous débarquent 2500 à 3000 passagers (hors équipage) le matin pour en rembarquer autant l'après-midi et bientôt d'avantage .Je puis vous assurer que si la base de ce nouveau métier portuaire semble avoir une similitude avec l'aéroportuaire , la responsabilité, le stress énorme sur les épaules d'un seul homme ne peut être comparable. Je vous invite par ailleurs à expliquer au grand public ce que sont les petits commis de la nation dans ce domaine. La motivation qui est la mienne dans ces nouvelles donnes maritimes planétaires pourrait me conduire à rédiger un mémoire sans discontinuité mais ce n'est absolument pas le but recherché. Dépassons comme le disait C. NAUDIN, le cadre théorique de la procédure dans toute sa rigueur pour se focaliser sur l?essentiel, mais là il n'y a que les hommes de terrain pour maîtriser cette situation atypique.

  • Céline, le 26/02/2007 à 12h42

    Et la sécurité dans les trains et TGV ? Il n'y a aucun contrôle ! Tous le monde peut y mettre une bombe.

  • Bob, le 26/02/2007 à 10h26

    Mais de quoi parle-t-il en évoquant des "fouilles systématiques" ? Je prends régulièrement l'avion pour le boulot, et notamment en direction des USA : je n'ai pas été fouillé une seule fois depuis le 11 Septembre 2001, ni mes bagages...

  • Pascal, le 26/02/2007 à 10h20

    Entierement raison! Je prends l'avion depuis 20 ans. ADP est une passoire, il m'est meme arrive de sortir de la zone sous-douane du 2B et du 2F par une porte malencontreusement ouverte, sans passer aucun controle de police! Quand aux fouilles sur les USA, c'est de la rigolade, on vous enleve votre lentille sous pretexte qu'elle baigne dans du liquide (n'importe quoi) mais j'ai fait passe a plusieurs reprises une bouteille d'eau de 50cl restee dans la poche de mon manteau, une paire de sciseaux de 15cm, un couteau suisse, etc. BREF ca prend des heures, ca retarde systematiquement les avions et ca ne sert strictement a RIEN! A l'aller on a des couteaux en plastique sur AF, au retour on a des couteaux en aciers... les exemples sont sans fin!

  • Richard, le 26/02/2007 à 10h15

    Quelle désillusion... après avoir cru que nous avions le meilleur système social du monde, la meilleure école....j'apprends que nous n'avons pas la meilleure sécurité... ou allons nous ??

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