© TF1LCI.fr : Vous sortez un livre et organisez un colloque sur "Alcool et adolescence" (voir encadré). Pourquoi le sujet de la consommation d'alcool chez les jeunes est-il plus tabou que celui de la consommation de drogues ?
Patrice Huerre, médecin-chef d'un service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent : L'alcool n'est pas un produit illégal et il est plus dans la culture française. On entend souvent des parents dire face à l'alcoolisation de leur enfant que ce n'est pas grave. C'est parce qu'ils ignorent le mode de consommation des jeunes, qui ne correspond pas du tout au leur. Un mode de consommation placé sous le signe de la défonce et non de l'alcool qui facilite le lien social. Les jeunes consomment principalement des boissons comme les "premix", qui existent depuis une dizaine d'année, mélange d'alcools forts et de sodas, avec assez de sucre pour masquer le goût de l'alcool.
LCI.fr : Quelles sont les raisons qui poussent les jeunes à l'ivresse par l'alcool?
P. H. : Il y a d'abord les effets d'entraînements par le groupe dans lequel on est. Il y a aussi le besoin de faciliter artificiellement sa relation aux autres, à dépasser sa timidité. Dans certains cas, l'alcool joue un rôle d'auto-traitement de l'angoisse ou de la dépression. Enfin, la prise de risque peut jouer un rôle important : s'alcooliser, ça peut aussi être un jeu face aux dangers que ça peut représenter.
LCI.fr : Quelles sont les solutions pour faire reculer l'alcoolisation des jeunes ?
P. H. : Surtout la sensibilisation. Il faut informer les parents sur le mode de consommation de leur enfant, ils sont les premiers à pouvoir faire de la prévention. Il est très important de faire passer le message qu'on peut se réunir, qu'on peut prendre du plaisir sans que l'alcool devienne un élément indispensable.
Il faut aussi lutter contre les alcooliers qui sont à l'origine de produits qui ciblent directement les jeunes consommateurs tels que les "premix". Il faut aussi que les responsables des grandes écoles ou les bureaux des élèves ne puissent plus faire des partenariats, ces mêmes alcooliers, qui cautionnent indirectement ces comportements.
Enfin, si l'alcoolisation des jeunes est devenue inquiétante, cela n'a été abordé que de manière très marginal, lors des "Etats généraux de l'alcool" qui ont eu lieu en décembre dernier. Il reste à faire une grande campagne de prévention.
"Alcool et adolescence", un livre et un colloque |
Du collège jusqu'aux grandes écoles, la consommation d'alcool a envahi l'espace festif des jeunes. Dirigé par deux spécialistes du comportement adolescent, "Alcool et adolescence - Jeunes en quête d'ivresse", publié chez Albin Michel, montre à quel point la "défonce" est devenu le mode de consommation d'alcool des jeunes. Appelé à faire référence, l'ouvrage réunit les contributions de spécialistes qui abordent les raisons du problème, sa prévention, ainsi que la question des soins. Dans la continuité de l'ouvrage, un colloque ouvert au public a lieu vendredi à partir de 9 heures à l'espace Reuilly, 21, rue Hénard dans le 12 arrondissement de Paris. |
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