Boutin en prison pour la bonne cause

Par , le 15 mars 2007 à 16h29 , mis à jour le 16 mars 2007 à 16h02

Reportage - Avec la cellule de 9 m2 reconstituée sur le parvis de l'Hôtel de ville, le collectif "Trop c'est trop", dénonce la surpopulation des prisons.

Christine Boutin dans une cellule de prison reconstituée sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris par le collectif "Trop c'est trop" qui lutte contre l'encombrement des prisons Christine Boutin dans une cellule de prison reconstituée sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris par le collectif "Trop c'est trop" qui lutte contre l'encombrement des prisons © S.Morbois/LCI

"C'est bien comme décor, c'est pour un film, une pub?", s'interroge un badaud. Rien à voir, mais il est vrai que cela surprend. En plein cœur de Paris, devant la majestueuse façade de l'Hôtel de ville, une cellule de prison de 9 m2 a été installée par le collectif "Trop c'est trop", qui lutte contre l'encombrement des prisons. Au sol, des lignes blanches délimitent l'espace. Le lieu est spartiate : trois lits en fer, dont deux superposés, un lavabo, un toilette.

L'opération se déroule jusqu'au 9 avril. Objectif : interpeller les pouvoirs publics sur les conditions de détentions des prisonniers en France. Le collectif demande le "respect de la loi" et "l'aménagement des courtes peines qui supprimerait la surpopulation". La loi actuelle prévoit une place dans une cellule de 11 m2, deux places dans une cellule de 11 à 14 m2 et trois places dans plus de 14 m2 à 19 m2. Bernard Bolze, coordinateur de la campagne et fondateur de l'Observatoire international des prisons explique : "Nous nous battons pour le respect du numerus clausus c'est-à-dire une place/ une personne. Les gens s'abîment la santé mentale en prison. On veut lutter contre la surpopulation pour que les gens sortent en meilleur état".

"Ma présence engage Nicolas Sarkozy"

Autour des murs fictifs de la cellule, les passants observent, s'arrêtent, s'interrogent. Certains n'osent pas franchir la ligne blanche. Christine Boutin, députée UMP et soutien de Nicolas Sarkozy, elle, est assise sur un des lits de la cellule. Elle est venue, ce jeudi matin, "à titre personnel", avec tout "l'engagement qu'elle a avec les prisonniers". Mais "aujourd'hui ma présence engage Nicolas Sarkozy ", dit celle qui dénonce "les conditions de surpopulation inacceptables" et prône de "revoir l'ensemble de notre système pénitentiaire".

"Nicolas Sarkozy est favorable à : une cellule/ une personne et je veillerai à ce que ce soit appliqué. C'est un objectif qu'il rendra concret", affirme-t-elle. A ses yeux, l'opération participe à "une prise de conscience". "Le traitement des détenus est révélateur d'une société, révélateur du regard qu'on porte sur l'homme", juge-t-elle.

"Un besoin immédiat de courage politique"

A deux pas de la cellule, Pascal Despres raconte. L'enfermement, la surpopulation, il sait ce que c'est. Il a passé 15 ans et 8 mois en prison. "On était cinq dans la même cellule. Il y avait 3 lits et deux matelas par terre. C'est très humiliant, surtout quand il faut baisser son pantalon et s'essuyer devant toute la cellule", dit-il lentement. "J'espère que cette opération va faire changer le regard des gens et des pouvoirs publics. On parle des SDF mais il faut parler des détenus parce que certains n'ont rien à y faire", estime-t-il.

Le collectif "Trop c'est trop" se bat aussi pour la réinsertion des détenus. "Meilleures sont les conditions de détention, meilleure est la réinsertion", rappelle Karelle Ménine, à l'origine de l'opération. En ce temps de campagne électorale, elle réclame "un besoin immédiat de courage politique" et souhaite "obliger les candidats (NDLR : à la présidentielle) à s'exprimer publiquement sur la question". Après Bertrand Delanoë, mercredi, Dominique Voynet, et Dominique Strauss-Kahn sont attendus sur place. Christine Boutin n'exclut pas la venue de Nicolas Sarkozy. En quittant les lieux, elle lance aux organisateurs : "Merci, bravo, je vais voir si je peux amener Sarko, ça serait bien".

Seize prisons vétustes fermées et 26 ouvertures d'ici 2010

Le directeur de l'Administration pénitentiaire (AP), Claude d'Harcourt, a détaillé jeudi le programme immobilier de l'AP, qui prévoit d'ici 2010 la fermeture de seize prisons vétustes et l'ouverture de 26 établissements. Sur les 25 fermetures souhaitées, "neuf ne sont pas encore arbitrées" budgétairement, a-t-il précisé. Seize fermetures sont en revanche d'ores et déjà programmées entre 2008 et 2010, où se trouvent actuellement 3.000 détenus. Il s'agira d'abord des maisons d'arrêt de St-Denis de la Réunion et de Mont-de-Marsan en 2008, de dix autres établissements en 2009 (dont les maisons d'arrêt lyonnaises de Perrache et Montluc) et enfin de quatre fermetures en 2010. Parallèlement, des rénovations sont prévues dans les gros établissements de la Santé à Paris, de Fleury-Mérogis (Essonne) et des Baumettes à Marseille.

Par Stéphanie Morbois le 15 mars 2007 à 16:29
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9 Commentaires

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  • Brubois, le 15/03/2007 à 19h15

    Très bonne initiative...Il n'y a pas que des violeurs,des pédophiles ou des terroristes en prison; beaucoup de détenus sont en attente de jugement et donc en présomption d'innocence!!! A défaut de compréhension et de compassion faites au moins preuve d'un peu de dignité !

  • Morin, le 15/03/2007 à 19h09

    Songez que de nombreux détenus provisoires - donc non déclarés coupables, c'est-à-dire bénéficiant de la présomption d'innocence - vivent parfois à plusieurs dans lesdits 9 m². Ces conditions de détentions sont la honte de notre pays. Quant à se poser la question de la raison qui a mené les détenus en prison, cela n'a rien à voir avec les conditions de détention. Une justice qui s'honore n'est pas vengeresse. Faire vivre des hommes et des femmes dans des conditions inhumaines n'a rien à voir avec une justice bien rendue.

  • David, le 15/03/2007 à 18h42

    Je suis étonné des réactions des internautes. Les détenus sont privés de liberté. Cette privation est inimaginable pour quiconque n'y a pas réfléchi. Si la société décide de retrancher une personne d'elle même, ell se doit de lui apporter une hygiene et une qualité de vie. LA peine de prison c'est la privation de liberté ce n'est pas l'inhumanité.

  • Alan, le 15/03/2007 à 18h36

    Avant de s'apitoyer , s'est on posé deux questions .1) Les gens qui s'y trouvent sont ils volontaires ?? A mon avis : OUI !!! , ils savaient bien qu'ils risquaient d'y aller . 2) Faut il plaindre des volontaires ?? à mon avis ; NON !!! ils ont choisi , si on ne peut plus être libre de son choix , ou est la liberté ???

  • Marc, le 15/03/2007 à 18h04

    Certaines victimes ont un cellule de 2m sur 1.

  • Hervé, le 15/03/2007 à 17h44

    Il y a en France des milliers de gens honnêtes qui n'ont pas de logement ou qui vivent dans des taudis. Alors les conditions de logement des voleurs, violeurs, assassins, pédophiles, terroristes et escrocs de tout poil me laissent totalement indifférent.

  • Nico, le 15/03/2007 à 17h30

    La promiscuite peut rendre les prisonniers violents ? Mais combien ne l'etaient pas avant d'entrer? Et pour certains, quels mauvais traitements ont ils fait subir a leurs victimes, bien pires que de se retrouver a 3 dans une cellule ? Encore une fois, on plaint les bourreaux. Les victimes, elles, n'ont le droit que de se taire et essayer d'oublier. Honteux.

  • Vastre, le 15/03/2007 à 17h30

    Savez vous que des gens parfaitement honnêtes logent dans moins de 9 mètres carrés, ne disposent pas de douches, de salles de sport, de nourriture en quantité suffisante, de télévision et de cour de récréation !

  • ROUANET ROBERT, le 15/03/2007 à 17h06

    Oh les pauvres!!!! sauf que la place qui reste à leurs victimes c'est encore moins: 1m sur2m ou celle d'un lit d'hopital ou toute une vie gachée ruinée .ARRETEZ DE NOUS BASSINER AVEC VOS PAUVRES DELINQUANTS PENSONS D ABORD AUX VICTIMES

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