Christine Boutin dans une cellule de prison reconstituée sur le parvis de l'Hôtel de Ville de Paris par le collectif "Trop c'est trop" qui lutte contre l'encombrement des prisons © S.Morbois/LCI"C'est bien comme décor, c'est pour un film, une pub?", s'interroge un badaud. Rien à voir, mais il est vrai que cela surprend. En plein cœur de Paris, devant la majestueuse façade de l'Hôtel de ville, une cellule de prison de 9 m2 a été installée par le collectif "Trop c'est trop", qui lutte contre l'encombrement des prisons. Au sol, des lignes blanches délimitent l'espace. Le lieu est spartiate : trois lits en fer, dont deux superposés, un lavabo, un toilette.
L'opération se déroule jusqu'au 9 avril. Objectif : interpeller les pouvoirs publics sur les conditions de détentions des prisonniers en France. Le collectif demande le "respect de la loi" et "l'aménagement des courtes peines qui supprimerait la surpopulation". La loi actuelle prévoit une place dans une cellule de 11 m2, deux places dans une cellule de 11 à 14 m2 et trois places dans plus de 14 m2 à 19 m2. Bernard Bolze, coordinateur de la campagne et fondateur de l'Observatoire international des prisons explique : "Nous nous battons pour le respect du numerus clausus c'est-à-dire une place/ une personne. Les gens s'abîment la santé mentale en prison. On veut lutter contre la surpopulation pour que les gens sortent en meilleur état".
"Ma présence engage Nicolas Sarkozy"
Autour des murs fictifs de la cellule, les passants observent, s'arrêtent, s'interrogent. Certains n'osent pas franchir la ligne blanche. Christine Boutin, députée UMP et soutien de Nicolas Sarkozy, elle, est assise sur un des lits de la cellule. Elle est venue, ce jeudi matin, "à titre personnel", avec tout "l'engagement qu'elle a avec les prisonniers". Mais "aujourd'hui ma présence engage Nicolas Sarkozy ", dit celle qui dénonce "les conditions de surpopulation inacceptables" et prône de "revoir l'ensemble de notre système pénitentiaire".
"Nicolas Sarkozy est favorable à : une cellule/ une personne et je veillerai à ce que ce soit appliqué. C'est un objectif qu'il rendra concret", affirme-t-elle. A ses yeux, l'opération participe à "une prise de conscience". "Le traitement des détenus est révélateur d'une société, révélateur du regard qu'on porte sur l'homme", juge-t-elle.
"Un besoin immédiat de courage politique"
A deux pas de la cellule, Pascal Despres raconte. L'enfermement, la surpopulation, il sait ce que c'est. Il a passé 15 ans et 8 mois en prison. "On était cinq dans la même cellule. Il y avait 3 lits et deux matelas par terre. C'est très humiliant, surtout quand il faut baisser son pantalon et s'essuyer devant toute la cellule", dit-il lentement. "J'espère que cette opération va faire changer le regard des gens et des pouvoirs publics. On parle des SDF mais il faut parler des détenus parce que certains n'ont rien à y faire", estime-t-il.
Le collectif "Trop c'est trop" se bat aussi pour la réinsertion des détenus. "Meilleures sont les conditions de détention, meilleure est la réinsertion", rappelle Karelle Ménine, à l'origine de l'opération. En ce temps de campagne électorale, elle réclame "un besoin immédiat de courage politique" et souhaite "obliger les candidats (NDLR : à la présidentielle) à s'exprimer publiquement sur la question". Après Bertrand Delanoë, mercredi, Dominique Voynet, et Dominique Strauss-Kahn sont attendus sur place. Christine Boutin n'exclut pas la venue de Nicolas Sarkozy. En quittant les lieux, elle lance aux organisateurs : "Merci, bravo, je vais voir si je peux amener Sarko, ça serait bien".
Seize prisons vétustes fermées et 26 ouvertures d'ici 2010 |
Le directeur de l'Administration pénitentiaire (AP), Claude d'Harcourt, a détaillé jeudi le programme immobilier de l'AP, qui prévoit d'ici 2010 la fermeture de seize prisons vétustes et l'ouverture de 26 établissements. Sur les 25 fermetures souhaitées, "neuf ne sont pas encore arbitrées" budgétairement, a-t-il précisé. Seize fermetures sont en revanche d'ores et déjà programmées entre 2008 et 2010, où se trouvent actuellement 3.000 détenus. Il s'agira d'abord des maisons d'arrêt de St-Denis de la Réunion et de Mont-de-Marsan en 2008, de dix autres établissements en 2009 (dont les maisons d'arrêt lyonnaises de Perrache et Montluc) et enfin de quatre fermetures en 2010. Parallèlement, des rénovations sont prévues dans les gros établissements de la Santé à Paris, de Fleury-Mérogis (Essonne) et des Baumettes à Marseille. |
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