Un évier et des toilettes mais ni cuisine ni salle de bain © TF1/LCIIl y a des appartements qu'on aimerait quitter et dont on vous expulse. Dans un mois, Mutlu, 21 ans, sa mère Yazar, 51 ans, et son père Yilmaz, 61 ans, ne devront plus être domicilié boulevard Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris. Par décision de justice, précise leur avocat dans une lettre, "la cour a confirmé la décision d'expulsion, et ce au motif que le nouveau propriétaire, la société X ignorait votre situation de sous-locataire."
Installée depuis plus de vingt ans dans ce studio exigu et insalubre, la famille Engin n'en est pas à son premier revers. Leur première année d'installation s'était soldée par la découverte qu'ils n'étaient pas locataires officiels de leur logis. Le vrai locataire étant en réalité celui qui se faisait passer pour propriétaire afin de récupérer le loyer. Malgré les menaces, Yilmaz Engin gagne en justice et obtient le droit de garder le logement pour 252€ par trimestre.
"Il faut être dans la rue pour être pris en charge"
Après avoir changé plusieurs fois de propriétaires, l'immeuble du bd Voltaire est racheté par une nouvelle société immobilière, qui décide de procéder à la vente à la découpe de tous les appartements. Malgré leur avocat et le jugement précédent, les Engins perdent le procès. Leur cas fait à présent partie des 100.000 décisions de justice prononçant une expulsion selon les chiffres de la fondation l'Abbé-Pierre.
Les papiers pour obtenir un nouveau logement, ils connaissent. Ils en remplissent toutes les semaines et se rendent régulièrement à l'office HLM de la Ville de Paris - où ils sont inscrits depuis trois ans, et au bureau de la conciliatrice RMI de la mairie, où sont enregistrés Yazar et Yilmaz. Partout, on leur tient le même discours : "Il y a des cas plus graves que le votre", "il faut être dans la rue pour être pris en charge", "vous n'êtes pas inscrits depuis assez longtemps" et même "c'est plus difficile avec les présidentielles".
Un appartement comme une malédiction
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| "Même quand c'est rangé, ça fait bazar" |
Pour la jeune fille de 21 ans, qui survit grâce à du travail intérimaire, l'appartement est comme une malédiction. "Avec mes deux frères et ma sœur, on a été jusqu'à six à vivre dans cet appartement. Je n'ai jamais eu de bureau ou la place pour faire mes devoirs et j'ai arrêté mes études en cours de BEP. J'ai toujours eu honte de cet endroit qui a gâché mon enfance et je n'invite jamais mes copines. Aujourd'hui, on y vit plus qu'à trois, mais il provoque chez nous une sensation d'étouffement physique comme psychologique. Même quand c'est rangé ça fait bazar." Pour Mutlu et ses parents, à l'angoisse de vivre dans un tel espace s'ajoute maintenant celle d'en être bientôt expulsés.
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