Expulsions : appartement de malheur

Par Clément DANIEZ, le 16 mars 2007 à 18h32 , mis à jour le 16 mars 2007 à 21h28

Sous le coup d'une expulsion locative, la famille Engin risque de se retrouver à la rue. La trêve hivernale a pris fin le 15 mars dernier.

TF1/LCI Un évier et des toilettes mais ni cuisine ni salle de bainUn évier et des toilettes mais ni cuisine ni salle de bain © TF1/LCI

Il y a des appartements qu'on aimerait quitter et dont on vous expulse. Dans un mois, Mutlu, 21 ans, sa mère Yazar, 51 ans, et son père Yilmaz, 61 ans, ne devront plus être domicilié boulevard Voltaire, dans le XIe arrondissement de Paris. Par décision de justice, précise leur avocat dans une lettre, "la cour a confirmé la décision d'expulsion, et ce au motif que le nouveau propriétaire, la société X ignorait votre situation de sous-locataire."

Installée depuis plus de vingt ans dans ce studio exigu et insalubre, la famille Engin n'en est pas à son premier revers. Leur première année d'installation s'était soldée par la découverte qu'ils n'étaient pas locataires officiels de leur logis. Le vrai locataire étant en réalité celui qui se faisait passer pour propriétaire afin de récupérer le loyer. Malgré les menaces, Yilmaz Engin gagne en justice et obtient le droit de garder le logement pour 252€ par trimestre.

"Il faut être dans la rue pour être pris en charge"

Après avoir changé plusieurs fois de propriétaires, l'immeuble du bd Voltaire est racheté par une nouvelle société immobilière, qui décide de procéder à la vente à la découpe de tous les appartements. Malgré leur avocat et le jugement précédent, les Engins perdent le procès. Leur cas fait à présent partie des 100.000 décisions de justice prononçant une expulsion selon les chiffres de la fondation l'Abbé-Pierre.

Les papiers pour obtenir un nouveau logement, ils connaissent. Ils en remplissent toutes les semaines et se rendent régulièrement à l'office HLM de la Ville de Paris - où ils sont inscrits depuis trois ans, et au bureau de la conciliatrice RMI de la mairie, où sont enregistrés Yazar et Yilmaz. Partout, on leur tient le même discours : "Il y a des cas plus graves que le votre", "il faut être dans la rue pour être pris en charge", "vous n'êtes pas inscrits depuis assez longtemps" et même "c'est plus difficile avec les présidentielles".

Un appartement comme une malédiction

TF1/LCI
"Même quand c'est rangé, ça fait bazar"
Le problème, c'est que les Engin n'ont pour l'instant aucune solution de repli. Pas d'argent de côté, pas de proches susceptibles de les héberger, ni de logement social pour se reloger. Pourtant, rien ne leur dirait tant que de quitter cet appartement de malheur. Dans leur cas, le problème des conditions de vie s'ajoute à celui de l'expulsion. D'une taille de 15 m², le studio est fait d'un tout petit salon et d'une autre pièce sans douche ni lavabo, mais juste un évier, un réchaud et des toilettes. Pour faire de la place de jour, les matelas sont contre les murs, avec quelques souvenirs de Turquie. Si les parents sont de simples résidents turcs en France, Multu possède elle la nationalité française.

Pour la jeune fille de 21 ans, qui survit grâce à du travail intérimaire, l'appartement est comme une malédiction. "Avec mes deux frères et ma sœur, on a été jusqu'à six à vivre dans cet appartement. Je n'ai jamais eu de bureau ou la place pour faire mes devoirs et j'ai arrêté mes études en cours de BEP. J'ai toujours eu honte de cet endroit qui a gâché mon enfance et je n'invite jamais mes copines. Aujourd'hui, on y vit plus qu'à trois, mais il provoque chez nous une sensation d'étouffement physique comme psychologique. Même quand c'est rangé ça fait bazar." Pour Mutlu et ses parents, à l'angoisse de vivre dans un tel espace s'ajoute maintenant celle d'en être bientôt expulsés.

Par Clément DANIEZ le 16 mars 2007 à 18:32
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19 Commentaires

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  • Michèle DE OLIVEIRA FARELA, le 19/03/2007 à 13h45

    Je suis de tout coeur avec ces gens.C'est une honte de traiter des êtres humains de la sorte et je sais de quoi je parle.Nous avons été expulsés de notre propriété comme des "truands" il y a maintenant six ans et je n'arrive toujours pas a oublier ces moments d'horreur, encercler par les CRS armés, maltraitée, enfermée d'office dans un hopital psychiatrique pendant quelques jours.On a beau lutter contre les injustices,les élus, à quel niveau que ce soit, vous écoutent, vous donnent raison, mais il n'y en a pas un seul qui fera quelque chose pour vous aider.Notre soit disant "justice" est si lente que vous avez le temps de vous ruiner la santé et mourir bien avant que votre cas soit pris en compte.Je plains sincèrement les générations à venir car l'avenir ne leur réserve rien de mieux.

  • Dagode, le 18/03/2007 à 18h05

    Tous les trois/quatre ans je déménange car les propriétaires soit ils vendent ou il récupérent pour se loger et pourtant je paye mon loyer tous les mois "un loyer trop cher" qui m'enfonce dans la misère de plus en plus. Un loyer de 1200 ? dont le salaire est de 1300 ?. Le mois de juillet je serai expulsée avec ma fille cause récupération du logement ?

  • Coulet, le 18/03/2007 à 17h11

    Quand on est surrendetté,on peut,peut être,se faire expulser.

  • Rina, le 17/03/2007 à 17h15

    Je trouve inadmissible que trois personnes vivent dans un local à balai on pourrait dire - je pense qu'en se bougeant le cul il doit y avoir des solutions pour cette famille !

  • Chrsitian, le 17/03/2007 à 10h26

    Pourquoi ne parle t on jamais sur TF1 ou ailleurs des proprietaires honnetes dont les locataires ne payent plus qui on tsur le dos le crédit du logement, les charges, les taxes fonciéres et qui sont dans la mouïse financierement a cause des non paiement?? ha oui, c'est vrai, ils sont proprietaires, donc d'horribles capitalistes .... merci de me publier

  • Vastre, le 17/03/2007 à 09h27

    Il y a quelque chose de mal fait dans la loi puisqu'on a l'impression qu'il est injuste de l'appliquer. C'est très bizarre ! Et les députés sont en vacances (ou en campagne).

  • ERIC, le 17/03/2007 à 09h16

    Les expulsions ne sont pas là que pour mettre dehors des gens qui ont été floué et abusé. Il faut aussi penser à ceux et celles qui louent un logement, qui ne sont pas milliardaire, ni millioniaire, mais qui ont besoin de ces revenu pour payer leur crédit. Certes il sont un peu privilégié car ils sont proprietaire, mais il y a des locataires malhonnêtes qui méritent l'expulsion car se ne sont pas seulement des mauvais payeurs, mais des escrocs.

  • Francoise, le 17/03/2007 à 09h01

    Honte à la france!et on veut régulariser des clandestins quant on n'est pas foutus de loger décemment les gens entrés légalement en france.et chirac taxe les billets d'avion pour le tiers monde.et nos impots, à quoi servent-ils?

  • Drouin, le 17/03/2007 à 08h58

    C est drole la on entend pas les candidats aux elections presidentiels en parler cest vraie sa ne les interesses pas il non pas ce probleme

  • Barbier, le 17/03/2007 à 08h43

    Dur pour cette famille mais il faut aussi penser à tous les propriétaires qui souffrent de leurs locataires non payeurs, qui detruisent les appartements, le social c bien gentil mais y a pas non plus ke ça!

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