Quand une femme flic se met à nu

Par , le 08 mars 2007 à 04h22 , mis à jour le 20 septembre 2009 à 11h48

Policier en région parisienne, Bénédicte Desforges raconte son quotidien de femme flic sans concession. Ou la vie d'un commissariat comme si vous y étiez.

Bénédicte Desforges a écrit ce que l'"on hésite à dire"/DRBénédicte Desforges a écrit ce que l'"on hésite à dire" © DR

"Emmerdeur institutionnel", "tortionnaire latent", "poseur de PV"... Elle a voulu tordre le coup aux tas de clichés circulant sur les flics, alors, elle a écrit. Non pas pour raconter sa carrière à la manière d'un commissaire fraîchement à la retraite et qui déjà s'ennuie. Non, elle l'a fait pour elle. Pour se défouler. Pour se faire plaisir.

Dans Flic, chroniques de la police ordinaire (1), Bénédicte Desforges raconte son quotidien, celui des "flics de base". Ce qui la touche, lui ravage la conscience, ces images qui ne la quitteront plus. Tout cela sans langue de bois aucune. Et le devoir de réserve alors ? Elle n'en a que faire, "pas le plus important". Pour preuve, elle n'a demandé à personne l'autorisation d'écrire le bouquin. "Et puis, au final, je rends la police plutôt sympa", raconte cette quadragénaire, lieutenant en région parisienne.

"Je m'en veux encore"

Les chapitres, très courts, ressemblent aux épisodes de séries policières, de celles qui fleurissent sur les écrans de télé. Voyez les titres : "Incendie dans la nuit", "Potin de Montmartre", "La rouquine de Roland Garros", "Mort subite" ... Et comme dans tous les polars, les protagonistes sont des putes, des gentils flics, des méchants flics, des dealers, des victimes... Il y a de l'action -forcément-, des histoires -sordides souvent, belles parfois-, des portraits, de l'humour, des regrets.

Bénédicte Desforges, Flic, Chroniques de la police ordinaire.Dans "Culpabilisation", Bénédicte Desforges raconte cette intervention chez une femme médecin qui venait de se faire poignarder. Avec un collègue, ils étaient les premiers sur place. "La victime était très choquée. Je ne lui ai pas demandé le signalement de son agresseur. Je pensais le faire après les soins. Ça ne saignait pas trop, je ne voulais pas la stresser avec ça..." Le jeune médecin est mort dans l'heure. Elle avait 34 ans. "Je m'en veux. Je m'en veux encore", écrit Bénédicte Desforges.

Elle dit aussi avoir "écrit le meilleur choix que j'ai fait de ma vie : celui d'être flic". A la lecture de ces chroniques rédigées dans un style vif par une plume acérée, le lecteur la croit aisément ; et reconsidère les préjugés qu'il pouvait avoir sur ces fonctionnaires.

(1) Bénédicte Desforges, Flic, Chroniques de la police ordinaire. (Editions Michalon. France Inter), 256 pages, 16 euros.

Par Amélie Gautier le 08 mars 2007 à 04:22
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10 Commentaires

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  • Maelle, le 09/03/2007 à 16h29

    J'ai vu Mme Desforges, hier soir chez Laurent Ruquier! Je la félicite pour son courage et son talent (selon les chroniqueurs a l'unanimité), et sa franchise. Elle a laissé entendre qu'elle allait subir des représailles de sa hiérarchie, voir même son licenciement, ce que je déplore profondément. Ces gens là manquent d'humour et d'intelligence. Tout ça parce que cette charmante jeune femme a osé écrire ce que surement ses collègues pensent tout bas! Brao et courage Mme Desforges.

  • SOLAL, le 09/03/2007 à 14h14

    Il n'est pas question de "préjugés" sur les flics. On constate malheureusement trop souvent que ces soi-disant préjugés sont fondés. Mais "trop souvent" ne veut pas dire tout le temps, bien entendu.

  • Pierre, le 09/03/2007 à 12h12

    Bravo pour son courage Chapeau

  • Trouducu, le 09/03/2007 à 10h38

    On n'a rien de plus à dire.

  • Sylvain, le 09/03/2007 à 08h34

    Sympa, poignant, livre à consommer sans modération....

  • Gregory, le 09/03/2007 à 00h31

    Je ne connais pas ce livre mais si j'avais a relater mon experience professionelle je dirais que le métier de policier est un des plus dur et des plus mal payé....mais je ne m'etendrais pas de peur de passer pour un raleur..... la misere, le mensonge, les promesses non tenues, les sanctions, le stress tel est notre quotidien mais comme dirait certains "vous avez choisi!"

  • Didier, le 08/03/2007 à 14h09

    Ne nous y trompons pas : cette femme avait tenu un blog qui a été rapidement suspendu sous les pressions de sa hierarchie. J'ai bien reconnu l'histoire de la femme medecin. Le devoir de reserve avait à l'époque été invoqué.Ravi de savoir qu'elle a publié un livre, en esperant peu expurgé par ses pairs.

  • Un policier, le 08/03/2007 à 12h24

    Bonjour, en tant que policier de terrain en banlieue, j?attends avec impatiente la sortie de ce livre. Tout d?abord parce qu?il à l?air bien écrit, intéressant et jouissant d?une bonne critique. Puis par curiosité pour le comparer au livre qu?a écrit et fait publié un de mes collègues, vrai flic de terrain Gardien de la Paix, il y a environ un an. Ce livre : JOUR DE FLIC, VU DE L? INTERIEUR semble être « le frère jumeau aîné » de l?ouvrage de B. Desforges?

  • Stéphane, le 08/03/2007 à 11h35

    Bravo Madame, j'achèterais le livre...

  • J-colin, le 08/03/2007 à 09h41

    Bien que je n'ai pas lu ce livre, mais je vais le faire ; je pense qu'un "flic" se doit de rester discret. Trop de collègues, dans quel b ut, ont écrit leurs mémoires, ou autres polars. Voilà Madame mon avis, et permettez mois de vous saluez respectueusement. J. colin (ex-id)

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