Le campement du collectif "Survivre" le long du canal Saint-Martin © LCI/TF1/DE SILGUYSur le trottoir, une pancarte: "un appartement durable, et pas un centre d'hébergement ou un hôtel." Ce n'est pas le reste du campement des Don Quichotte, mais les revendications du noyau de sans-abri qui ne veut pas quitter les rives du canal Saint-Martin. Le 6 avril, après trois mois de mobilisation pour trouver des logements aux SDF, l'association des Enfants de Don Quichotte a levé son campement. Mais quelques jours après l'arrêt du mouvement, une quarantaine de tentes s'étaient de nouveau installées.
Sur le quai de Valmy, c'est le collectif "Survivre", créé en octobre, qui gère désormais les tentes restantes, occupées par une trentaine de sans-abri. Ben fait partie des citoyens qui ont rejoint le mouvement le 23 décembre. Il soutient désormais le collectif "Survivre". L'action des Don Quichotte représentait pour lui "l'espoir d'ouvrir une brèche avec les SDF". Aujourd'hui, il se sent "trahi". Ce qu'il attend? Des solutions de logement durables et non pas provisoires.
"Un bungalow? Jamais!"
"Sur les 280 sans-abri recensés, on n'a finalement eu que 15 relogements définitifs, 48 hébergements dans des structures d'accueil, sans compter les 94 qui ont accepté d'aller au Fort de Nogent où ils ne pourront pas rester", détaille Ben. Augustin Legrand, figure de l'association des Don Quichotte, partage ce constat mais souligne surtout " le manque de moyens pour mettre en place le plan Marshall promis par les pouvoirs publics et le réel dysfonctionnement administratif qui retarde l'examen des dossiers des sans-abri."
Laurent, Rmiste de 42 ans se remet de sa soirée d'anniversaire. Arrivé de Normandie il y a un mois avec une jambe malade et le dos bloqué, il préfère rester dans la rue. "Habiter dans un bungalow et se faire chasser trois mois après. Jamais!", s'exclame-t-il. Quant à Lulu, "son sauveur", il n'aime pas la solution d'hébergement qu'on lui a proposée: "les foyers, c'est pire qu'une prison. On est levé à 8h et on doit être de retour à 22h." Il demande "juste un petit bout de terrain".
Des conditions vie encore plus précaires
En face, sur le quai de Jemmapes: Lulu, Jannick et Viviane discutent dans un salon improvisé en plein air. Ce groupe, "les autonomes", se présente comme une scission des Enfants de Don Quichotte. Plus âgés et peu organisés, ils sont aussi très remontés contre les Don Quichotte qui auraient "fait disparaître des tentes". Augustin Legrand dément cette rumeur:"c'est pour des raisons de sécurité qu'une trentaine de tentes ont été supprimées. Elles étaient inoccupées et on craignaient qu'elles soient squattées".
En attendant, depuis le départ des Don Quichotte, la situation s'est dégradée. Le "point bouffe", situé sur le canal pendant le mouvement a disparu. C'est là que les dons de nourriture étaient centralisés puis redistribués aux SDF. Les "dissidents" guettent désormais l'association humanitaire la Chorba qui vient, de temps en temps, leur livrer de la nourriture. L'approvisionnement en eau est aussi un problème. "Il n'y a pas d'eau potable. On est obligé d'acheter des packs et cela nous revient très cher", témoigne Ben. L'ambiance semble tendue, tant du côté des SDF que des riverains où la grogne croit.
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