Le père Léon Laclau © Image d'archives. DR"Mais c'est fou ce qu'il se passe !" Au téléphone, la voix derrière celle du père Léon Laclau est catastrophée. Une voisine vient d'arriver au presbytère, inquiète de la situation. Le religieux reprend le combiné, s'excuse, et raconte pour la énième fois son histoire. Mardi, lui, curé de la paroisse Notre-Dame du Piémont, à Asson, dans les Pyrénées-Atlantiques a été "déchargé de ses fonctions" par l'évêque de Bayonne. Désormais, cet homme de 55 ans ne pourra plus célébrer la messe dans les 10 communes dont il a la charge depuis six ans, un chapelet de clochers ruraux et montagnards. Sillonnant inlassablement les petites routes de pour aller au contact des fidèles car pour lui, "la vie de l'Eglise n'est pas seulement dans l'église".
Motif de la sanction : son "comportement public et affirmé qui ne coïncidait pas avec ses propres engagements", explique le diocèse dans son communiqué. Son "comportement public" ? Son concubinage. Le père Léon Laclau, qui a formulé ses vœux de chasteté et d'obéissance en 1978, vit avec Marga. Son "histoire de cœur" avec cette veuve de trois enfants remonte à 22 ans. Il y a deux ans, elle a emménagé au presbytère. Quand il parle de Marga, celui que tout le monde appelle le "père Léon", mêle les mots "affection, tendresse et amour", "mais tout ça, pour moi, c'est la même chose", dit-il.
"Ça devait en déranger certains"
Leur "histoire de cœur" est née à Vic-en-Bigorre. Il est prêtre à Tarbes, joue occasionnellement au rugby et travaille également comme pompier volontaire. Marga vient de perdre son mari dans des conditions tragiques. "Je l'ai accompagnée dans cette épreuve". Depuis, ils ne se quittent plus. Ou presque. "Sa situation était bien connue des paroissiens", raconte le maire d'Asson Laurent Aubuchou. "Ça devait en déranger certains", confie Michel Meneau, secrétaire de l'évêque avant de renvoyer sur le communiqué officiel.
"Je ne fais pas le malin, explique le père Laclau, je sais que je ne suis pas dans la règle de l'Eglise. Je comprends que cette situation ait pu déranger mes frères de la congrégation des Pères de Bétharram". Ses supérieurs lui ont donné une autre affectation : Limoges tout de suite, la Côte d'Ivoire en septembre. Le curé a refusé cette mutation qui rime avec punition. Une punition qui l'aurait éloigné de Marga. "Une page de cœur ne se tourne pas avec une décision disciplinaire".
"L'Eglise devra encore se pencher sur ce problème, constate le maire d'Asson qui regrette la décision épiscopale qui frappe un prêtre très apprécié des gens". "Il y a de moins en moins de prêtres, ce n'est pas en interdisant le mariage que les choses vont s'améliorer. Faut bien qu'ils se réfugient dans le concubinage pour un certain équilibre", estime l'élu.
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