Loïc Pillois, randonneur retrouvé après 51 jours dans la forêt guyanaise, retrouve ses parents à Bordeaux le 8 avril 2007 © TF1-LCI"On voudrait me faire passer pour un mercenaire". La voix défaite, Loïc Pillois tente de s'expliquer. Il ne se voit pas en homme d'argent. Il n'a, assure-t-il, pas cherché à profiter de la notoriété soudaine que lui a apportée son expédition guyanaise. Revenu depuis peu chez lui, à Margaux, non loin de Bordeaux, il tente de reprendre son travail de paysagiste et de renouer le contact avec ses clients après sa longue absence. Tout en continuant à répondre aux demandes d'interviews : "depuis ce matin, assure-t-il, les seules personnes que j'ai eues au téléphone, ce sont encore des journalistes".
Durant 52 jours, il est resté isolé en pleine forêt guyanaise avec son compagnon de randonnée. Du jour au lendemain, sa réapparition dans la localité de Saül a fait de lui le centre de l'attention des médias. Son compagnon restant hospitalisé en Guyane, journaux et télévisions se sont surtout attachés aux pas de Loïc Pillois jusqu'à son retour en Gironde. C'est son nom et son visage qui sont apparus partout... jusqu'à cet article de Libération où l'image du rescapé de la jungle, soudain, s'est fêlée. "S'il accepte d'offrir aux reporters quelques minutes au téléphone, ses conditions sont tout autres dès qu'il s'agit d'une rencontre et d'un récit plus approfondi", écrit Laure Espieu. Tarif annoncé : 1000 euros l'heure... "La démarche a de quoi surprendre", note la journaliste, en mettant cette demande en parallèle avec le prix des recherches lancées pour secourir les randonneurs : 100.000 euros.
"Il n'avait pas l'air de plaisanter"
Le chiffre, comme le ton de l'article, indignent la famille du randonneur. Lui-même, d'emblée, nie en bloc. La journaliste maintient : "Il m'a dit qu'un quart d'heure au téléphone, ça ne posait pas problème, mais qu'il faudrait le défrayer si l'entretien prenait plus de temps. Il m'a dit qu'une heure, ça valait un millier d'euros. Il n'avait pas l'air de plaisanter. C'était la première fois que j'étais confrontée à ça". Et elle cherche à comprendre : "Je ne sais pas clairement quelles étaient ses motivations. Une part de méfiance vis-à-vis de la presse ? La volonté de faire de l'argent ? Avait-il déjà cette idée avant, ou d'autres journalistes la lui ont-ils suggérée pour se garantir une exclusivité ?"
"J'ai toujours répondu aux journalistes, rétorque Loïc Pillois. Dès que je suis sorti d'hôpital, ils étaient là. J'ai fait un point presse. Pendant des jours, mon téléphone n'arrêtait pas de sonner". Une pression médiatique qui n'a pas cessé avec son retour en Gironde : choquée, sa famille décrit "les coups de fil sans arrêt", les demandes pressantes d'interviews. "Je ne filtre pas mes appels, se justifie Loïc Pillois, j'ai toujours accepté de passer un quart d'heure, une demi-heure pour tout raconter, si je ne suis pas trop fatigué. La seule chose que j'ai demandée, c'est un T-shirt à TV7, parce que je les collectionne". La chaîne locale confirme, tout comme M6 Bordeaux : ni l'une, ni l'autre n'ont eu le moindre problème pour tourner des images au domicile du paysagiste. "Si j'avais vraiment voulu monnayer mon histoire, conclut ce dernier, je n'aurais rien dit, et j'aurais attendu qu'on me propose des contrats".
"On m'a proposé de l'argent pour des photos, des interviews... J'ai tout refusé"
Il n'attendait rien. Et pourtant, les offres de contrats sont venues, sans être sollicitées. "J'étais à peine sorti de la forêt qu'on me proposait de l'argent pour des photos, pour des interviews de plusieurs heures, pour faire des films, participer à des émissions..." De quoi tourner la tête d'un homme épuisé au bout de presque deux mois d'isolement dans la jungle ? Loïc Pillois s'en défend : "J'ai tout refusé. Je n'ai rien touché, pas un centime !".
Finalement, a-t-il ou non demandé à être payé pour un entretien avec la journaliste de Libération ? Après son premier démenti catégorique, Loïc Pillois hésite, explique, avec lassitude : "elle voulait deux heures d'interview. Je lui ai dit que c'était trop long. Elle insistait. Alors, je lui ai dit que je voulais une compensation". Il ne se souvient pas d'avoir évoqué 1000 euros pour une heure d'entretien. Finalement, ce sera vingt minutes au téléphone. Sans compensation. Avec à la clé un article dans lequel il ne se reconnaît pas. Ses proches protestent : "on ne veut pas être salis comme ça !" Quant à Loïc Pillois, il cherche encore à comprendre : "J'ai l'impression d'avoir été piégé".
Randonneurs rescapés : la préfecture "attentive" à une "exploitation commerciale" |
La préfecture de Cayenne s'est déclarée jeudi "attentive" à une éventuelle "exploitation commerciale" de leur aventure par Loïc Pillois et Guilhem Nayral. "(...) Des questions se poseront quant à un éventuel remboursement du coût des recherches en cas d'exploitation commerciale de cette histoire", a déclaré Vincent Berton, le directeur de cabinet du préfet de Guyane. "Nous sommes actuellement en train de chiffrer le coût total des recherches" engagées pour tenter de retrouver les deux hommes ; il sera "en principe (...) à la charge de l'Etat dans le cadre de ses missions de secours à personne, sauf si il était démontré une faute délibérée des deux randonneurs", a poursuivi Vincent Berton, ajoutant que cette affaire "sera gérée à Paris". |
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