La rue et "cette solitude qui tue"

Par , le 05 avril 2007 à 12h16 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h52

Une cérémonie était organisée mercredi soir à la mairie de Paris pour rendre hommage aux 170 personnes mortes dans la rue cet hiver.

Pendant la période hivernale, plus d'un SDF meurt chaque jour en France. A.Ga./LCIPendant la période hivernale, plus d'un SDF meurt chaque jour en France © A.Ga./LCI

Il y a parfois les noms complets, Mohamed Zitouni, Stéphane Houriez... ; parfois un âge leur est accolé. Parfois, il n'y a que la mention "un homme". Et puis il y a aussi les surnoms, Bolwinder Sing, 36 ans, Bernard Pignot, sans âge. Au total, une liste de 170 morts, punaisée sur un panneau noir. 170 personnes décédées dans ou de la rue entre novembre 2006 et mars 2007.

Morts sous un train, dans un canal, une cave ou une bouche de métro. Morts de froid, d'arrêt cardiaque, écrasés par un camion, suicidés. Morts aussi de la perte du lien social, du sentiment d'être inutiles, de ne pas exister. En moyenne, ces morts de la rue ont vécu 49 ans, là où l'espérance de vie nationale est de 80 ans. Mercredi soir, un hommage leur a été rendu dans les salons de l'Hôtel de ville. Cette cérémonie initiée par le collectif Les Morts de la Rue était ouverte à tous. Au premier rang : des sans domicile fixe venus se souvenir de leurs compagnons d'infortune.

"Ouvrir le coeur des humains"

Les ors de la mairie de Paris pour honorer ceux qui sont morts seuls et sans le sou. Le contraste est saisissant. "Ils sont là au même titre que tous les Parisiens, explique le maire Bertrand Delanoë, en préambule à son discours d'accueil, ils sont là chez eux." Les témoignages de SDF, d'anciens de la rue, de bénévoles se succèdent. Tous évoquent les disparus avec leurs mots. Les phrases sont parfois mangées par la misère, hachées par des années de galère, submergées par l'émotion. Beaucoup de vécu, beaucoup de souvenirs.

Il y a ainsi un monsieur Courtois qui évoque Julianus Champagne avec qui il s'était lié d'amitié. Julianus avait vécu ces dix dernières années, entre Picpus et Porte de Vincennes. "A son arrivée, il avait l'air d'un voyageur assez élégant, grand, costaud, portant un blazer bleu marine, assis sur un banc comme pour se reposer un moment, sa valise à côté. (...) En novembre dernier, ne le voyant pas, raconte Monsieur Courtois, j'ai fini par apprendre qu'il était en soins intensifs à Saint-Antoine souffrant d'une tumeur très rare au poumon. Julianus est mort la nuit du 25 au 26 décembre".

Après chaque récit, un pavé est placé sur une grande carte de Paris déposée à même le parquet ciré. Debout dans un coin, Marcel, 52 ans, écoute ces histoires de vies brisées, tête baissée. Ancien SDF, il se souvient de ceux qu'il a perdus. Patrick, notamment, retrouvé mort à la station gare du Nord de la ligne 4. "C'est l'épuisement qui tue", dit-il les yeux embués. "La rue ça use et tout cela va très vite, rappelle-t-il. Une perte d'emploi, des loyers employés et puis plus rien, c'est l'indifférence des autres et cette solitude qui tue". "Le plus important quand on se retrouve à la rue, c'est déjà d'exister dans le regard de l'autre, renchérit Myriam qui a passé trois mois au Canal Saint-Martin. Quand on est SDF, un sourire d'un passant, ça aide déjà beaucoup". Sur le livre d'or, une main a écrit : "puissent les morts de la rue contribuer à ouvrir le cœur des humains".

A lire : A la rue, du collectif Les morts de la rue. (Editions Buchet Chastel). En vente à la Fnac, 20 euros.

Par Amélie Gautier le 05 avril 2007 à 12:16
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11 Commentaires

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  • Jojo, le 05/04/2007 à 15h52

    Bonjour à tous, En réaction aux commentaires de la plupart des personnes sur ce site, je vous conseille de lire l,article paru le 5 decembre 2006 sous le titre " le samu social de Paris épinglé" ou il est fait mention des dépenses faites par la mairie de la capitale ente 2000 et 2004 et qui se montent à 38 millionds d,euros !!!!!!!!!dont 24 millions ont été consacrés à l,hébergement en hotel de plus de 3000 personnes en panne de logement, hébergements effectués en hotel 2040 euros par mois pour 4 personnes), durée d,hébergement qui ne cesse d,augmenter depuis 2006. QUESTION : qui paye ? En plus de ceLA la ville de Paris assure l,hébergement de familles en situation irrégulière. Question : qui paye encore ? Le samu social qui est un groupement d,intérêt publis est financé à 80 % par l,état (disons plutôt par les français qui payent des impôts). Alors, vous tous qui crient au scandale que nous ne faisons rien, renseignez vous avant d,ouvrir vos grandes gueules et arrêter de culpabiliser tout le monde, si vous pensez que c,est inhumain, alors hébergez-les chez vous et venez leur en aide.

  • Michel, le 05/04/2007 à 15h22

    Ce ne sont pas avec des cérémonies que le cas des sdf va se régler Mr le maire. Manifestation politique.

  • Roche, le 05/04/2007 à 15h05

    "je me souviens" des années 60... où à MONTPELLIER il y avait...000001 SDF ! -parce qu'il était d'origine africaine- la ville avait cru drôle de le surnommer "Blanchette"...Ledit "Blanchette" survivait dans une cabane près d'une rivière (LE LEZ), une nuit l'eau s'est mise à monter, monter, monter... et "Blanchette" de réveiller les riverains, les alertant de dangers encourrus...grâce à lui, il n'y eut point de mort ni même de blessés... vous me croirez ou pas... ce n'est pas un CONTE... je l'ai vu de mes yeux vu ! Merci "BLANCHETTE"...47 ans plus tard je pense encore à vous. Que la 5ème "puissance" du monde, tolère des "SDF" dans la rue et se dise "civilisée", donne à réfléchir...sans oublier que "les conseilleurs ne sont pas les payeurs"...que "nous serons jugés à l'aune où nous avons jugé les autres" ...etc...etc...RIEN N EST FAIT POUR EUX ? à QUI LA FAUTE ? à toi, à moi, à NOUS !

  • Seb, le 05/04/2007 à 14h26

    Bravo! On se fait mousser dans des "cérémonies" pour se donner bonne conscience. Le fric dépensé pour "le record de vitesse du TGV et la gloire de la grande nation" auraient pu permettre de donner le smic à chacun des 170 morts pendant 112 ans pour vivre dignement et longtemps... Mais l'orgueuil national est plus important. Un drapeau dans chaque ménage!

  • Dacunto, le 05/04/2007 à 14h09

    Ce n'est pas d'une ceremonie post-mortem dont ces gens ont besoin il eut ete plus judicieux de s'occuper d'eux quandils etaient en vie alors mesdames et messieurs les presidentiables reagissez que diable !!! c'est là ou vous nous montrerez ce que vous valez!

  • Bonjour, le 05/04/2007 à 13h48

    Il est où le temps ou la mairie de Paris réservait ses provitions de bouche à la France d'en haut. Des SDF célébrés à la mairie de Paris, le spectacle est saisissant (salutaire?).

  • Sego, le 05/04/2007 à 13h19

    Un peu d'accord avec steph...on devrait mettre en place une structure d'accueil qui soit vraiment efficace pour réintégrer ces gens qui sont paumés dans notre société,d'un moyen ou un autre.Il est intolérable et impensable que meme le mot "SDF" existe actuellement.Des bénévoles,et des psychologues,c'est pas les psys qui manquent qui ne trouvent pas de boulot.Les gens au bon endroit nom de nom!!

  • Fab, le 05/04/2007 à 13h08

    Ca mange pas de pain et çà donne bonne conscience !!!!

  • Neige, le 05/04/2007 à 13h02

    Au lieu de faire une cérémonie macabre les responsables de cette infamie auraient mieux fait de prendre le problème à la source. Merci de me publier.

  • Dom, le 05/04/2007 à 13h01

    Toi aussi, Steph, tu es un peu responsable de ces 170 morts... Alors nous pouvons tous la jouer profil bas au lieu de trouver "honteux et déplacé" de rendre hommage enfin à ces personnes...

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