Pendant la période hivernale, plus d'un SDF meurt chaque jour en France © A.Ga./LCIIl y a parfois les noms complets, Mohamed Zitouni, Stéphane Houriez... ; parfois un âge leur est accolé. Parfois, il n'y a que la mention "un homme". Et puis il y a aussi les surnoms, Bolwinder Sing, 36 ans, Bernard Pignot, sans âge. Au total, une liste de 170 morts, punaisée sur un panneau noir. 170 personnes décédées dans ou de la rue entre novembre 2006 et mars 2007.
Morts sous un train, dans un canal, une cave ou une bouche de métro. Morts de froid, d'arrêt cardiaque, écrasés par un camion, suicidés. Morts aussi de la perte du lien social, du sentiment d'être inutiles, de ne pas exister. En moyenne, ces morts de la rue ont vécu 49 ans, là où l'espérance de vie nationale est de 80 ans. Mercredi soir, un hommage leur a été rendu dans les salons de l'Hôtel de ville. Cette cérémonie initiée par le collectif Les Morts de la Rue était ouverte à tous. Au premier rang : des sans domicile fixe venus se souvenir de leurs compagnons d'infortune.
"Ouvrir le coeur des humains"
Les ors de la mairie de Paris pour honorer ceux qui sont morts seuls et sans le sou. Le contraste est saisissant. "Ils sont là au même titre que tous les Parisiens, explique le maire Bertrand Delanoë, en préambule à son discours d'accueil, ils sont là chez eux." Les témoignages de SDF, d'anciens de la rue, de bénévoles se succèdent. Tous évoquent les disparus avec leurs mots. Les phrases sont parfois mangées par la misère, hachées par des années de galère, submergées par l'émotion. Beaucoup de vécu, beaucoup de souvenirs.
Il y a ainsi un monsieur Courtois qui évoque Julianus Champagne avec qui il s'était lié d'amitié. Julianus avait vécu ces dix dernières années, entre Picpus et Porte de Vincennes. "A son arrivée, il avait l'air d'un voyageur assez élégant, grand, costaud, portant un blazer bleu marine, assis sur un banc comme pour se reposer un moment, sa valise à côté. (...) En novembre dernier, ne le voyant pas, raconte Monsieur Courtois, j'ai fini par apprendre qu'il était en soins intensifs à Saint-Antoine souffrant d'une tumeur très rare au poumon. Julianus est mort la nuit du 25 au 26 décembre".
Après chaque récit, un pavé est placé sur une grande carte de Paris déposée à même le parquet ciré. Debout dans un coin, Marcel, 52 ans, écoute ces histoires de vies brisées, tête baissée. Ancien SDF, il se souvient de ceux qu'il a perdus. Patrick, notamment, retrouvé mort à la station gare du Nord de la ligne 4. "C'est l'épuisement qui tue", dit-il les yeux embués. "La rue ça use et tout cela va très vite, rappelle-t-il. Une perte d'emploi, des loyers employés et puis plus rien, c'est l'indifférence des autres et cette solitude qui tue". "Le plus important quand on se retrouve à la rue, c'est déjà d'exister dans le regard de l'autre, renchérit Myriam qui a passé trois mois au Canal Saint-Martin. Quand on est SDF, un sourire d'un passant, ça aide déjà beaucoup". Sur le livre d'or, une main a écrit : "puissent les morts de la rue contribuer à ouvrir le cœur des humains".
A lire : A la rue, du collectif Les morts de la rue. (Editions Buchet Chastel). En vente à la Fnac, 20 euros.
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