Ultima se souvient que ses parents lui parlaient de l’esclavage qu’avait connu son arrière grand-père, pour en évoquer la dureté et l’inciter à être plus obéissante. © DRForcément, les souvenirs sont lointains. Ils évoquent d'une manière plus ou moins claire une grand-mère ou un grand-oncle nés sous l'esclavage. 159 ans après l'abolition, ces descendants en Martinique racontent ce que leur aïeul a directement vécu. Ces témoignages qui pourraient figurer dans un livre d'histoire sont l'initiative du journaliste de RFO Serge Bilé. Avec un cameraman, il sillonne la Martinique depuis plus d'un mois à la recherche de ces témoins indirects. De ces histoires transmises de génération en génération. Pour le moment, ils en ont rencontrés une trentaine, une trentaine de récits qui figurent sur un site Internet : "Paroles d'esclavage".
Ils l'avaient transformée en esclave, ils écopent de sursis
Un couple franco-malien a été condamné mardi par la cour d'appel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour avoir, durant neuf ans, soumis à un esclavage domestique Rose, une jeune Malienne.
Publié le 29/06/2010
"J'ai voulu donner la parole aux 'anciens' ; pour que leurs témoignages uniques servent à l'Histoire", raconte Serge Bilé. Certains ont refusé, ne voulant simplement pas en parler ; d'autres n'étaient pas au courant de l'histoire de leur famille parce que ça a longtemps été tabou.
"Il voulait faire marron"
Le premier de ces témoignages est celui de Léopold Zami. Né en 1913, il a connu son arrière-grand-mère qui était esclave. Le vieil homme, les yeux embués se souvient du récit de son aïeule. Sa traversée sur le bateau négrier, attachée dans des cales ; le travail dans les plantations de cannes et de manioc... La brutalité à tout bout de champs. Mireille Gallot, 86 ans évoque avec pétulance "Ti-tine", son arrière grand-mère qui fut esclave et qui préféra, même après l'abolition, rester chez son maître jusqu'à sa mort.
"Le père de mon grand-père était esclave", commence Germaine Guitteau qui se souvient du récit de sa mère. Il voulait s'échapper, il voulait "faire marron" comme on dit, alors on l'a tué. Ensuite la vieille dame née en 1914 évoque un autre de ses ancêtres à la peau très noire et qui était rejeté par sa belle-mère une mulâtresse. Le réalisateur ne va pas s'arrêter là, après la Martinique, il se rendra en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion. En quête d'autres souvenirs précieux pour l'Histoire. A la veille de l'abolition de l'esclavage, -le 27 avril 1848, date officielle avec le décret de Victor Schoelcher-, la France comptait quelque 250.000 esclaves dans ses îles.
Un "conte citoyen" sur l'esclavage |
Expliquer l'esclavage pour comprendre les erreurs du passé mais aussi les tensions du présent. Expliquer aux enfants, sans provoquer haine, ni ressentiment. C'est l'objectif atteint par Alain Foix avec Histoires de l'esclavage racontées à Marianne (Gallimard Jeunesse, Giboulées). Dans ce "petit conte citoyen", Marianne, députée junior au Parlement des enfants, découvre une salle étrange à l'Assemblée nationale. Elle y croise des fantômes de l'Histoire : Toussaint Louverture, Victor Schoelcher, la mulâtresse Solitude... Tous racontent la traite, l'esclavage et la lutte pour la liberté. Une belle initiative que cet ouvrage. En bonus, un CD qui reprend l'histoire et l'accompagne de chants traditionnels créoles.
Pour les plus grands, le CNRS a mis en place le Centre international de recherches sur les esclavages (Ciresc), dont le site internet est bourré d'informations. (M.D.)
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