Descendants d'esclaves, ils se souviennent

Par , le 10 mai 2007 à 04h00 , mis à jour le 10 mai 2007 à 11h05

Alors que la France commémore jeudi l'abolition de l'esclavage il y a 159 ans, un site Internet donne la parole aux descendants d'esclaves en Martinique.

Ultima se souvient que ses parents lui parlaient de l’esclavage qu’avait connu son arrière grand-père, pour en évoquer la dureté et l’inciter à être plus obéissante/DRUltima se souvient que ses parents lui parlaient de l’esclavage qu’avait connu son arrière grand-père, pour en évoquer la dureté et l’inciter à être plus obéissante. © DR

Forcément, les souvenirs sont lointains. Ils évoquent d'une manière plus ou moins claire une grand-mère ou un grand-oncle nés sous l'esclavage. 159 ans après l'abolition, ces descendants en Martinique racontent ce que leur aïeul a directement vécu. Ces témoignages qui pourraient figurer dans un livre d'histoire sont l'initiative du journaliste de RFO Serge Bilé. Avec un cameraman, il sillonne la Martinique depuis plus d'un mois à la recherche de ces témoins indirects. De ces histoires transmises de génération en génération. Pour le moment, ils en ont rencontrés une trentaine, une trentaine de récits qui figurent sur un site Internet : "Paroles d'esclavage".

Plus d'infos

"J'ai voulu donner la parole aux 'anciens' ; pour que leurs témoignages uniques servent à l'Histoire", raconte Serge Bilé. Certains ont refusé, ne voulant simplement pas en parler ; d'autres n'étaient pas au courant de l'histoire de leur famille parce que ça a longtemps été tabou.

"Il voulait faire marron"

Le premier de ces témoignages est celui de Léopold Zami. Né en 1913, il a connu son arrière-grand-mère qui était esclave. Le vieil homme, les yeux embués se souvient du récit de son aïeule. Sa traversée sur le bateau négrier, attachée dans des cales ; le travail dans les plantations de cannes et de manioc... La brutalité à tout bout de champs. Mireille Gallot, 86 ans évoque avec pétulance "Ti-tine", son arrière grand-mère qui fut esclave et qui préféra, même après l'abolition, rester chez son maître jusqu'à sa mort.

"Le père de mon grand-père était esclave", commence Germaine Guitteau qui se souvient du récit de sa mère. Il voulait s'échapper, il voulait "faire marron" comme on dit, alors on l'a tué. Ensuite la vieille dame née en 1914 évoque un autre de ses ancêtres à la peau très noire et qui était rejeté par sa belle-mère une mulâtresse. Le réalisateur ne va pas s'arrêter là, après la Martinique, il se rendra en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion. En quête d'autres souvenirs précieux pour l'Histoire. A la veille de l'abolition de l'esclavage, -le 27 avril 1848, date officielle avec le décret de Victor Schoelcher-, la France comptait quelque 250.000 esclaves dans ses îles.

Un "conte citoyen" sur l'esclavage

Expliquer l'esclavage pour comprendre les erreurs du passé mais aussi les tensions du présent. Expliquer aux enfants, sans provoquer haine, ni ressentiment. C'est l'objectif atteint par Alain Foix avec Histoires de l'esclavage racontées à Marianne (Gallimard Jeunesse, Giboulées). Dans ce "petit conte citoyen", Marianne, députée junior au Parlement des enfants, découvre une salle étrange à l'Assemblée nationale. Elle y croise des fantômes de l'Histoire : Toussaint Louverture, Victor Schoelcher, la mulâtresse Solitude... Tous racontent la traite, l'esclavage et la lutte pour la liberté. Une belle initiative que cet ouvrage. En bonus, un CD qui reprend l'histoire et l'accompagne de chants traditionnels créoles.
Pour les plus grands, le CNRS a mis en place le Centre international de recherches sur les esclavages (Ciresc), dont le site internet est bourré d'informations. (M.D.)

Par Amélie Gautier le 10 mai 2007 à 04:00
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13 Commentaires

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  • Sarah, le 10/05/2007 à 11h04

    C'est à cette époque que la France s'est enrichie sur le dos de pauvres gens en commettant des atrocités. c'est une bonne chose que de commémorer la fin de l'esclavage car beaucoup de gens ont la mémoire courte et c'est aussi valable pour toutes les nations qui ont participé au commerce triangulaire.Alors que la France arrête de vouloir donner des leçons aux autres pays sur les Droits de l'Hommes.

  • Dodien annck, le 10/05/2007 à 10h58

    Je suis confiante du changement de moeurs officiel une journée pour commenorer nos morts mais ce jour n est pas dans le calendrier francais.je voudrais que la jeune génération blanche soit informé dans des lieux constitionnels ou par des supports scolaires des ravages causés par l esclavage et ses conséquences à ce jour. Pour enrager ce fléau nous avons un devoir de propager a grande échelle la vérité. PLUS JAMAIS CA MAIS SUR UNE FORME MODERNE. MOI je suis totalement raciste envers les cons mais pas envers la race humaine. AFRO SALUTATIONS VIE SANTE FORCE

  • Belial, le 10/05/2007 à 10h30

    Ca suffit la repentance, à la fin! La France d'aujourd'hui n'est pas responsable Ad Vitam Aeternam des erreurs du passé! Ce n'est pas à nous d'assumer les horreurs qui datent de plusieurs siècles! Connaître l'histoire, oui, se plaindre pour faire sa pub, non! Je n'acheterai pas ce livre. Quand à l'île de Gorée et à l'esclavage en général, c'était souvent des tribus noires ou arabes qui revendaient les esclaves africains aux méchants blancs, il faudrait le dire, car à ces vendeurs d'esclaves, on ne demande aujourd'hui RIEN! La France devrait supporter seule? Ca suffit les pleurnicheurs, travaillez pour construire aujourd'hui quelque chose de meilleur, au lieu de pleurnicher depuis 150 ans! Les symboles, ca va un moment! Mon arrière-grand père est mort mitraillé par les allemands au chemin des dames, je m'en soucie en connaissant l'histoire, c'est pas pour ça que je vais chaque année me lamenter en allemagne ou écrire un bouquin revanchard et inutile!

  • Dede, le 10/05/2007 à 09h59

    Je suis martiniquaise et je sais à travers l'histoire de mon pays ce qu'il en est. de nombreuses de mes aïeules ont aussi été violées leur maris tués juste pour avoir leurs femmes. Il y a eu l'exclavage de ceux venus d'Afrique mais aussi du peuple qui était là avant je parle des Caraibes. il faut savoir que la Martinique avait des habitants avant les esclaves et que donc en martinique tout le monde ne descend pas des esclaves. mais il ya eu aussi beaucoup de metissage. bref, il ya eu des lynchages pour mes ancêtres et plus encore et pourtant à part peut être quelques uns je pense que l'on est une majorité à être passé au dessus de cela. nous sommes des martiniquais heureux de vivre et sans rancune alors qu'il y a des peuples qui sont toujours en train de demander de la reconnaissance à la France et en même temps qui la haissent. La Martinique est placée géographiquement pres des etats-unis nous aurions pû être américains, mais moi je préfère à 100% être française, j'en savoure chaque instant (peut-être parce que tant d'autres avant moi en ai payé le prix).

  • Christie, le 10/05/2007 à 09h39

    Ah c'est une très bonne chose àa de receuillir les témoignages de nos aïeuls car c'est notre histoire après tout! ce qui serait bien c'est de compiler tt cela dans un livre pour que la nouvele génération antillaise sachent ce qu'on endurer les arrières grands parents pour permetre que nous soyons là! c'est une très bonne chose! merci serge bilé!

  • Jeff, le 10/05/2007 à 09h34

    à Duprat de Soues: Pourquoi toujours opposer une chose à une autre!! Il y a de quoi s'énerver quand même.. on peut trés bien commémorer l'abolition de l'esclavage qui est un élément important de l'histoire et forts de nos expèriences combattre toute forme moderne de ce fléau... A toujours tout simplifier on laisse s'installer une paresse intellectuelle peu propice à une réflection constructive... enfin c'est mon avis...

  • Boudboud, le 10/05/2007 à 09h33

    Si il en a qui doivent pardonner , ce sont ceux qui se sont enrichis , ces meme famille que l'on retrouve aujourd'hui avec de grandes fortunes??? ,le petit peuple francais n'a pas de responsabilité de ce drame , à cette époque , il soufrait beaucoup de maladie et de famine ,il était tres exploite comme les esclaves

  • Bernalin, le 10/05/2007 à 09h04

    L'exclavage des noirs est lié à la déportation d'un continent à l'autre de populations d'origine africaine à une certaine époque. Aujourdh'hui encore il y a plusieurs formes d'exclavage sans pour autant aller d'un continent à un autre. Je pense en particulier aux enfants enrôlés de force dans des combats fratricides, en Afrique même.Enfin n'oublions pas qu'il n'y aurait pas eu d'exclavagisme s'il n'y avait pas eu de "négriers" pour vendre leurs propres enfants. Tout ceci est à mettre au compte de cette triste humanité qui ronge sa planète en attendant de la faire éclater!

  • Duprat, le 10/05/2007 à 09h02

    Au lieu de commémorer le passé, ils feraient mieux de lutter contre l'esclavage qui existe encore dans certains pays. Des esclaves il en existe encore en afrique, on en entend jamais parler.C'est plus facile de manifester en France.

  • JGH, le 10/05/2007 à 08h48

    Malheureusement la justice française est encore, 150 ans après l'bolition, régulièrement obligée de condamner des personnes qui ont fait travailler leurs domestiques et employés dans des conditions proches de l'esclavage....

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