Enfants disparus : un père témoigne

Par Emmanuel TIXIER, le 25 mai 2007 à 05h00 , mis à jour le 25 mai 2007 à 18h22

Emmanuel, 20 ans, n'a plus donné signe de vie depuis plus de 10 ans. A l'occasion de la 5e journée des enfants disparus, son père raconte cette douleur.

Une affiche montrant la photo d'enfants disparusUne affiche montrant la photo d'enfants disparus © TF1/LCI

Les derniers signes de vie que Jean-Yves Bonnissant a de son fils Emmanuel, 20 ans, ce sont deux lettres envoyées à sa petite amie. Dans l'une d'elle, il dit vouloir mettre fin à ses jours. Depuis, plus de nouvelles. Vendredi, Jean-Yves participe à la cinquième journée des enfants disparus. (Lire notre encadré). Une façon pour lui d'être avec ceux qui partagent sa douleur, et d'appeler chacun à avoir une pensée pour les familles d'enfants disparus.

"Le plus douloureux, c'est l'incertitude, raconte ce père, Quand on reçoit de pareilles lettres, la terre se dérobe sous ses pieds." Le 16 février 1996, alors qu'il est en permission de la Marine nationale de Brest, Emmanuel doit passer plusieurs jours chez sa petite amie, à Rouen. Jamais il n'y est arrivé. "Il voulait faire une grande carrière dans la Marine, raconte son père. Mais il n'a pas été affecté sur un navire. Ça l'a pas mal blessé." Depuis cette disparition, Jean-Yves ne cesse de se battre. Fan du RC Lens, il n'hésite pas à tenir une pancarte dans le stade pour attirer l'attention. Depuis 11 ans, il lance enquêtes sur enquêtes, et fait lui-même des recherches. Avec un objectif : obtenir une réponse.

Un myosotis pour ne pas les oublier

Avec Manu association, la structure qu'il a créée en 1999, Jean-Yves veut remédier aux lacunes et à "l'ignorance" des pouvoirs publics. "Mais c'est surtout, pour nous, une psychothérapie", précise-t-il. "Seules les familles d'enfants disparus peuvent comprendre ce que l'on peut ressentir", explique Jean-Yves. Son but est aussi de sortir certaines familles de la "honte" qu'elles peuvent avoir en s'identifiant à des affaires dramatiques passées. "Quand on est ensemble, on est heureux", souligne-t-il avec entrain.

Jean-Yves Bonnissant estime que son combat commence à porter ses fruits. "Plus on sert les boulons, plus ça avance". Il attend de pouvoir rencontrer la ministre de la Justice, afin de simplifier les démarches en cas de disparition de jeunes adultes. Jean-Yves Bonnissant souhaite aussi que les 800 personnes enterrées sous X, chaque année en France, puissent faire l'objet d'un prélèvement ADN. Afin de mettre un terme à des centaines d'incertitudes.

"C'est très difficiles pour les familles d'être aidées", explique Jean-Yves. Mais il compte sur les médias et les citoyens pour relayer son appel à la solidarité. En portant un myosotis à sa veste, chacun peut montrer qu'il pense à eux. Une fleur dont l'autre nom est "ne-m'oubliez-pas ."

Cinquième Journée des enfants disparus vendredi

Le 25 mai 1979, un petit garçon de 6 ans a été enlevé à New York. Etan Patz n'a jamais été retrouvé. C'est en son souvenir qu'a été créée la Journée internationale des enfants disparus célébrée tous les 25 mai. D'abord aux Etats-Unis, en 1983. Puis en Europe. La cinquième édition se déroule vendredi en France. Au programme : manifestations, affiches, clip à la télé... Autant d'actions menées à travers l'hexagone à l'initiative de plusieurs associations pour "sensibiliser le public sur le sujet", explique Alain Boulay, président de l'APEV (Aide aux parents victimes).

En 2006, 43.000 fugues ont été signalées, les personnes rentrant chez elles généralement dans les huit jours. Chaque année, les disparitions inquiétantes sont au nombre de 10.000. Et puis, il y a un à deux cas d'enfants qui ne réapparaissent jamais. "A l'origine, cette journée est un signe de solidarité à ces familles", rappelle Arnauld Gruzelle, directeur de la Fondation pour l'enfance. Vendredi, l'Apev lancera de nouvelles affiches avec les visages de ces Estelle Mouzin, Marion Wagon..." "L'affaire Natascha Kampusch nous prouve qu'on peut toujours espérer", constate Arnaud Gruzelle.

Amélie GAUTIER

Par Emmanuel TIXIER le 25 mai 2007 à 05:00
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23 Commentaires

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  • Ange Roxane, le 08/05/2009 à 10h14

    Je suis sourde et mere d'un petit garçon.Je partage les mêmes douleurs de vous,je ne px pas imaginer si c'était mon propre enfant.Continuez a vous battre pour les retouver.Il faut écouter intuition et son propre coeur.J'aimerai bien vous aider.Je suis à vos côtés.Merci

  • Lydie, le 25/05/2007 à 17h28

    Quoi de plus douloureux que ne vivre dans l'incertitude, des mois des jours des années, ne jamais pouvoir faire son deuil,trop d'argent public dépensé a faire des choses bien moins importantes que des recherches ADN sur les personnes mortes sous X. Je suis de tout coeur avec vous.C'est comme si on mettait la vie entre parrenthèse rien ne sera plus comme avant,l'attente, le doute et l'angoisse de chaque jour.

  • Delphine, le 25/05/2007 à 14h27

    Je pense que cela doit être horrible pour les parents et on n'imagine pas ce qu'ils peuvent ressentir. Et surtout, il faut penser à l'enfant. Je pense que les moyens mis en oeuvre pour les recherches ne sont pas suffisants. Il serait nécessaire de prendre en compte ces problèmes et de tout faire pour améliorer les dispositifs de recherche au niveau national mais aussi et surtout au niveau internatianal. On devrait pouvoir mobiliser plus activement la population et faire bouger les choses.

  • Pato, le 25/05/2007 à 14h22

    En franc en préfère, parler d'un pieton renversé,par un scooter, que prendre des mesures sérieuses,efficaces,pour sauver des enfants, souvent pertubés par tel ou tel choses, malheureusement les parents ou l'entourage ne voit pas la detresse il est vrai que c'est difficile quand c'est un enfant, souvent les familles touchées par ce drame ce renferment.comme cela doit être dure pour eux

  • Nathalie, le 25/05/2007 à 14h12

    C'est la 1e fois que j'entends que 800 personnes sont ainsi enterrées par an, sous X, sans prélèvement d'ADN. Quelle tristesse, quelle anomalie. Tous ceux qui connaissent le problème et peuvent en parler, doivent pouvoir se rapprocher de notre Gouvernement afin que les choses changent dans le bon sens. Avec notre nouveau Gouvernement, je suis sûre qu'il n'y aura aucun problème pour que les choses bougent et tous ces parents victimes de façon aussi horrible, de la perte d'un enfant, doivent croire en leur démarche. Nous nous rendons tous compte combien notre Président a une vision humaniste des choses, il est père de famille et particulièrement altruiste, il saura faire avancer les choses. De toute façon, il faut garder espoir, ces enfants ne sont peut-être pas perdus pour toujours. J'ai une pensée très chaleureuse pour ses parents et ses enfants mais j'ai aussi froid dans le dos.

  • Magiera, le 25/05/2007 à 14h00

    Rien ne doit etre plus douloureux que de ne pouvoir faire son deuil d'un proche disparu,à plus forte raison,d'un enfant.

  • Jean.A, le 25/05/2007 à 11h53

    Je pense que le perte ou la disparition d'un enfant qu'il ait 10 ou 20 ans doit-etre la pire des choses,la plus difficile qu'il puisse arriver dans la vie de parents.Lorsqu'on est capable,pour un vol, de relever de l'ADN sur un scooter!Il serait necessaire de le faire pour ces corps sans nom qui sont enterrés sous X chaque année.Par respect pour la dignité humaine.C'est aussi un devoir pour ceux qui restent dans le noir pendant des années à attendre derriere leurs fenetres,derriere leurs boites à lettres.Derriere à attendre le pensable qu'ils esperent comme l'impensable qu'ils refusent.Un signe,un message,une nouvelle.

  • Trinché, le 25/05/2007 à 11h52

    Ne pourrait-on pas se servir des nouvelles technologie pour pouvoir,suivre à la trace nos enfants disparus.

  • Brunelle maryse, le 25/05/2007 à 11h22

    C est vrai on ne peux pas se mettre a la place de ces parents qui attendent peu etre un jour de les revoir toujours l espoir que ca !!!

  • PM, le 25/05/2007 à 11h15

    J'ai lu quelque part un article très "intéressant" au sujet d'une filière d'enlèvements dirigée depuis la...Corée du Nord! Ils ont besoin de "modèles" occidentaux pour les aider à effectuer certaines besognes suspectes sans se faire repérer...Pourquoi ne pas chercher par là? Bien sûr ce n'est qu'une suggestion entre tant d'autres mais quand on perd un enfant dans ces conditions terribles, tout est à prendre en considération.

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