Une affiche montrant la photo d'enfants disparus © TF1/LCILes derniers signes de vie que Jean-Yves Bonnissant a de son fils Emmanuel, 20 ans, ce sont deux lettres envoyées à sa petite amie. Dans l'une d'elle, il dit vouloir mettre fin à ses jours. Depuis, plus de nouvelles. Vendredi, Jean-Yves participe à la cinquième journée des enfants disparus. (Lire notre encadré). Une façon pour lui d'être avec ceux qui partagent sa douleur, et d'appeler chacun à avoir une pensée pour les familles d'enfants disparus.
"Le plus douloureux, c'est l'incertitude, raconte ce père, Quand on reçoit de pareilles lettres, la terre se dérobe sous ses pieds." Le 16 février 1996, alors qu'il est en permission de la Marine nationale de Brest, Emmanuel doit passer plusieurs jours chez sa petite amie, à Rouen. Jamais il n'y est arrivé. "Il voulait faire une grande carrière dans la Marine, raconte son père. Mais il n'a pas été affecté sur un navire. Ça l'a pas mal blessé." Depuis cette disparition, Jean-Yves ne cesse de se battre. Fan du RC Lens, il n'hésite pas à tenir une pancarte dans le stade pour attirer l'attention. Depuis 11 ans, il lance enquêtes sur enquêtes, et fait lui-même des recherches. Avec un objectif : obtenir une réponse.
Un myosotis pour ne pas les oublier
Avec Manu association, la structure qu'il a créée en 1999, Jean-Yves veut remédier aux lacunes et à "l'ignorance" des pouvoirs publics. "Mais c'est surtout, pour nous, une psychothérapie", précise-t-il. "Seules les familles d'enfants disparus peuvent comprendre ce que l'on peut ressentir", explique Jean-Yves. Son but est aussi de sortir certaines familles de la "honte" qu'elles peuvent avoir en s'identifiant à des affaires dramatiques passées. "Quand on est ensemble, on est heureux", souligne-t-il avec entrain.
Jean-Yves Bonnissant estime que son combat commence à porter ses fruits. "Plus on sert les boulons, plus ça avance". Il attend de pouvoir rencontrer la ministre de la Justice, afin de simplifier les démarches en cas de disparition de jeunes adultes. Jean-Yves Bonnissant souhaite aussi que les 800 personnes enterrées sous X, chaque année en France, puissent faire l'objet d'un prélèvement ADN. Afin de mettre un terme à des centaines d'incertitudes.
"C'est très difficiles pour les familles d'être aidées", explique Jean-Yves. Mais il compte sur les médias et les citoyens pour relayer son appel à la solidarité. En portant un myosotis à sa veste, chacun peut montrer qu'il pense à eux. Une fleur dont l'autre nom est "ne-m'oubliez-pas ."
Cinquième Journée des enfants disparus vendredi |
Le 25 mai 1979, un petit garçon de 6 ans a été enlevé à New York. Etan Patz n'a jamais été retrouvé. C'est en son souvenir qu'a été créée la Journée internationale des enfants disparus célébrée tous les 25 mai. D'abord aux Etats-Unis, en 1983. Puis en Europe. La cinquième édition se déroule vendredi en France. Au programme : manifestations, affiches, clip à la télé... Autant d'actions menées à travers l'hexagone à l'initiative de plusieurs associations pour "sensibiliser le public sur le sujet", explique Alain Boulay, président de l'APEV (Aide aux parents victimes). En 2006, 43.000 fugues ont été signalées, les personnes rentrant chez elles généralement dans les huit jours. Chaque année, les disparitions inquiétantes sont au nombre de 10.000. Et puis, il y a un à deux cas d'enfants qui ne réapparaissent jamais. "A l'origine, cette journée est un signe de solidarité à ces familles", rappelle Arnauld Gruzelle, directeur de la Fondation pour l'enfance. Vendredi, l'Apev lancera de nouvelles affiches avec les visages de ces Estelle Mouzin, Marion Wagon..." "L'affaire Natascha Kampusch nous prouve qu'on peut toujours espérer", constate Arnaud Gruzelle. Amélie GAUTIER |
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