Moi, Julien prof' dans un collège de banlieue

Par , le 23 mai 2007 à 05h00 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h53

Témoignage - A l'appel de la FSU et du Snes, les professeurs du secondaire se sont mobilisés mercredi pour protester contre leurs conditions de travail.

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

"Je travaille dans le même collège de Zep depuis 8 ans. J'y enseigne l'anglais à des classes de 3e et de 4e. C'était ma première affectation en tant que jeune titulaire. Quand j'ai commencé, les élèves étaient une petite vingtaine par classe. Aujourd'hui, ils sont 26. C'est beaucoup pour pouvoir enseigner convenablement. Au quotidien, c'est difficile à gérer, d'autant que ces jeunes sont pour la plupart en grandes difficultés sociales. Il y a les agressions verbales, le manque d'attention, le refus d'obéir, les rappels à l'ordre intempestifs, les élèves qui arrivent au compte-gouttes... Sur une heure de cours, on peut perdre jusqu'à 30 minutes comme ça ! Et je ne vous parle pas des devoirs non faits.

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J'arrive à les tenir en général mais même mes collègues les plus chevronnés doivent en exclure à cause de leur comportement ingérable. Trois de mes collègues sont actuellement en congé maladie parce qu'ils n'ont pas tenu le coup. On n'a pas l'impression d'être soutenu par notre hiérarchie. Que ce soit le principal ou le rectorat. Avoir l'attention de certains élèves relève de l'exploit. Le taux de réussite de mon bahut au brevet des collèges est de 40-50%, là où la moyenne nationale doit être de 70%. Après le collège, 40% des élèves continuent dans l'enseignement général, 60% en seconde professionnelle. Ce sont évidemment des moyennes, il y a aussi ceux qui arrêtent les études.

"Quand je me lève, je sais que ça va servir"

Les résultats seraient meilleurs si nous avions plus de personnel, plus de moyens pour remédier à cet échec scolaire dès la 6e. Il faudrait aussi plus de moyens matériels. On est obligé de pleurer pour obtenir un nouveau tableau. L'établissement date de 1967, les dégradations sont importantes. Et puis il y a les départs réguliers de feu dans les toilettes, les graffitis sur les murs, les déclenchements intempestifs d'alarme, la mauvaise isolation sonore... Cela fait 10 ans qu'il doit être reconstruit "prochainement".

Malgré tout, je viens travailler chaque matin avec un réel plaisir. En 8 ans, j'ai eu l'occasion depuis 8 ans de changer d'établissement, je n'en ai pas envie. C'est un enjeu, c'est mon challenge. Je sais que sans l'école, ces jeunes, socialement très défavorisés, n'ont aucune chance de réussir dans la vie. Quand je me lève, je sais que ça va servir. Si je ne viens pas, ils ne pourront pas apprendre l'anglais. Ces jeunes sont malgré tout très attachants. Ils ont le droit de recevoir une éducation. On a du mal à comprendre sachant tout ça, que ce soit les profs les moins expérimentés qui sont envoyés dans les endroits les plus difficiles.

Ce qui met du baume au cœur dans ce quotidien c'est de croiser des anciens élèves qui sont arrivés jusqu'au bac. L'autre fois dans le train, j'en ai revu une qui avait pu intégrer Sciences-Po. Il suffit de les soutenir pour qu'ils réussissent. J'ai envie d'y croire. Cela passe par davantage de moyens ! C'est tout le contraire qui se prépare à la rentrée prochaine avec la réduction d'heures d'enseignement, la perte d'un poste de Segpa (Sections d'enseignement général et professionnel adapté), tout cela avec toujours autant d'élèves et les mêmes locaux."

Décrets Robien : le Snes-FSU veut "maintenir la pression"

Quelques centaines d'enseignants se sont rassemblés mercredi aux Invalides, à Paris, à l'appel du Snes-FSU, pour "maintenir la pression" sur le ministre de l'Education Xavier Darcos afin qu'il abroge les décrets Robien touchant à leur temps de travail et leurs missions. En parallèle, une délégation du SE-Unsa était reçue au ministère.

Mardi, le ministre avait assuré qu'il donnerait sa réponse sur le sort qu'il réserve aux décrets Robien quand il aura vu l'ensemble des syndicats, "dans une petite semaine". Reçu mercredi par le ministre, le secrétaire général du Sgen-CFDT Jean-Luc Villeneuve a déclaré que le ministre avait "clairement laissé entendre" que les décrets Robien seraient "probablement suspendus."

Par Amélie Gautier le 23 mai 2007 à 05:00
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47 Commentaires

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  • Lilou, le 23/05/2007 à 17h33

    Je travaille dans un commerce et j'ai 5 semaines de congés par an comme beaucoup de salariés et ce n'est pas toujours facile non plus mais croyez moi pour rien au monde je n'envie ce professeur avec tous ses congés (mérités)qui doit affronter à longueur d'année des enfants plus ou moins difficiles dont les parents pour la plupart ont baissé les bras.Cet homme ne se plaint pas il ne fait que rapporter des faits, le respect du professeur n'existe plus de la part de beaucoup d'enfants mais hélas également de la part des parents qui ne supportent pas l'idée que l'on puisse punir leurs "chères têtes blondes"

  • Vastre, le 23/05/2007 à 17h14

    Ceux qui posent en principe l'incapacité de bivalence des enseignants les insultent. Un professeur de mathématique sait enseigner la physique et la chimie, et réciproquement. Un professeur de français sait enseigner la philosophie, le latin et le grec, et réciproquement. Les syndicats prennent nos enseignants pour des incultes ou des incapables. C'est honteux !

  • Bidou, le 23/05/2007 à 17h09

    Le chef de la FSU-SNES (Aschieri) serait-il à ce point benêt pour ne pas comprendre qu'il y a eu une élection au suffrage universel. Une autre va suivre. Il ne sert à rien de vouloir s'opposer aux citoyens, au nom de quelques dizaines de privilégiés. La démocratie s'exerce dans les urnes, pas dans la rue.

  • Youne, le 23/05/2007 à 16h43

    Actuellement assistante de français dans un collège-lycée anglais, je peux vous dire que l'établissement dans lequel je travaille a beaucoup de moyens (chaque professeur a son propre ordinateur dans sa salle...) et pourtant, je n'ai jamais vu de salles de classes aussi agitées. On se représente difficilement un tel manque de respect envers les professeurs. Les élèves viennent tous du quartier populaire de la ville mais l'observation que j'ai faite pendant deux jours dans l'alternative privée m'a montré qu'il n'y avait pas plus de discipline là-bas. Ici, l'enfant est roi depuis son plus jeune âge. Tout fonctionne autours de son "épanouissement personnel". Le mot est joli, mais concrêtement ça signifie qu'il fait ce qu'il veut, quand il le veut. Il me semble que l'école ne peut rien s'il n'y a pas de discipline à la maison et les professeurs ne peuvent pas beaucoup plus s'ils ne sont pas soutenus. Je compte devenir prof d'ici deux ou trois ans. J'espère pouvoir faire autre chose que de la discipline pendant mes heures de cours. Bien sûr, il faut avoir de l'autorité, mais si les élèves se tiennent bien à la base, c'est quand même plus agréable pour tout le monde, non ?

  • Pasquier, le 23/05/2007 à 16h30

    Prof stéréotype : Zep, violences des jeunes, r-v chez les neuro-psy. C'est trop facile et on doit mettre un terme à un comportement indécent de profs irrespecteux des horaires, du travail à assumer tous les jours. Ils ont choisi ce métier non ?? Toujours à se plaindre, avec autant d'avantages et de vacances et du peu d'heures qu'ils font réellement. Nous sommes parents et on en a la preuve tous les jours. Ils savent tout, ne se remettent jamais en question et sont surtout prétentieux. Mon arrière-grand-mère était instite, 40 élèves, 2 fils ayant fait de hautes études et jamais elle ne s'est plain. Par contre, elle ne manquait jamais son travail, à l'époque c'était plus dur que maintenant...

  • Monnier, le 23/05/2007 à 15h17

    La situation décrite est incontestable mais,messieurs les enseignants,ne pensez vous pas que votre résponsabilité est engagée à travers vos syndicats qui reignent en maître sur l'éducation nationale depuis trente ans et refusent tous changements?

  • Popof, le 23/05/2007 à 14h07

    Julien est un "bon exemple". Mais combien de ces profs du public abusent. Tous les parents le subissent. Ces "profs" motivés ne reçoivent pas les parents après 18 h, se plaignent du travail qu'ils ont a faire (corrections...) alors qu'ils font beaucoup moins d'heures que nous à temps plein, ont choisi ce métier pour les avantages et non pas pour nos enfants. OUI, je persiste à dire que les profs publics de nos jours sont des ex-étudiants mal dans leur peau et par tous les moyens mettent sur le dos des enfants leur malaise (voir consultations neuro-psy). Qu'ils n'oublient pas les vacances qu'ils ont !!! d'autres "fonctionnaires" travaillent beaucoup plus qu'eux et ne sont pas autant payés, et ne se plaignent pas autant qu'eux. Les syndicats ont été gangrainés par ces revenchards perpétuels. Arretez donc d'insulter les enfants et les parents gratuitement, pour les internautes qui ne connaissent pas la vie de famille. Le respect du travail cela s'apprend, ces enseignants ne respectent pas leur travail et les enfants, encore moins les parents. Cette attitude est HONTEUSE pour tous les autres français qui travaillent, et pour nos enfants pleins de bonnes volontés. Les Profs Publics sont de très mauvais exemples !!

  • Magiera, le 23/05/2007 à 14h07

    En 1970,jeune enseignante de 20 ans,j'ai été nommée sur une classe que l'on appelait à l'époque " 5ème,4ème et 3ème classe pratique".Les enfants en échec scolaire y attendaient leurs 16 ans pour quitter le milieu scolaire.Je n'y ai connu que des satisfactions,essayant d'apprendre aux élèves la valeur du travail,essayant de les orienter vers leurs intérets en matière de profession ,meme si leurs études n'étaient pas suffisamment longues.A cette époque, j'étais soutenue par les parents quand un cas de discipline se posait.Les choses ont changé dans les années 80, ou le métier a été complètement dévalorisé(il fallait au moins 80/°de réussite au bac)et on a vu ce que le nivèlement par le bas a donné.Il faut bien sur donner sa chance à chaque enfant, mais il faut aussi etre réaliste et se dire qu'au départ, tous les enfants n'ont pas les memes chances, parce qu'ils n'ont pas tous le meme potentiel;il faut donc les orienter de la meilleure façon.Quand on aime ce que l'on fait, on le fait bien.Inutile de pousser certains enfants au bac,quand ceux-ci n'y arriveront pas et, s'ennuyant à l'école, ficheront la pagaille.

  • Soulié, le 23/05/2007 à 14h07

    Qu'est-ce que ça veut dire "socialement très défavorisé" "classe trop nombreuse" "manque d'effectif"? Ce sont des excuses, des prétextes, des paroles idéologiquement engagées ? La vertu de l'école c'est justement le nivellement des valeurs sociales. Tout le monde apprend et écoute l'enseignement du professeur à un instant précis. Ceux qui comprennent continuent, ceux qui comprennent moyennement redoublent et ceux qui ne fichent rien sont dirigés vers des formations CAP, BEP ou vie active. Ca a été de tout temps comme ça à moins de transformer radicalement la façon d'enseigner ou de se soumettre au diktat d'une minorité. Ce professeur pourrait leur enseigner le Rap en anglais, leur apprendre de manière vivante et se mettre à leur niveau et à être à l'écoute de leurs "valeurs".

  • LELEU, le 23/05/2007 à 13h58

    Ce "pauvre" professeur devrait remercier l'E.N qui l'a envoyé en ZEP.Si les élèves sont en grandes difficultés ,il devrait poser la question aux instits !Ils les considèrent comme de futurs RMIstes et n'ont cure de leur avenir.La gauche ,officiellement, les défend mais en réalité les a délaissés .Où sont éduqués leurs propres enfants ?? Le budget de l'E.N est le + élevé et rien n'y fait.Ne faudrait-il pas voir ailleurs!Quant à la vetusté ,il demande à son président de région ou au Conseil général?

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