Image d'archives © TF1"Il est indispensable que les enfants vouvoient les professeurs et il est préférable que les professeurs ne tutoient pas les élèves, au lycée, pour que chacun soit à sa place", a déclaré mardi Xavier Darcos, le ministre de l'Education nationale. Il a cependant immédiatement précisé qu'il ne transcrirait pas cette idée dans un texte s'imposant à toute la communauté éducative. Pour lui, les professeurs doivent "marquer" leur autorité pour qu'"il y ait une certaine verticalité".
Gilbert Longhi, chercheur associé chargé de cours en science de l'éducation à l'université Paris X Nanterre, et formateur à l'IUFM nous livre son avis sur cette question.
LCI.fr : Actuellement, comment les enseignants s'adressent-ils à leurs élèves ?
Gilbert Longhi : Il n'y a pas de règles, chaque enseignant faisant comme bon lui semble. Le sujet ne fait d'ailleurs l'objet d'aucune discussion particulière dans les IUFM, sauf quand un jeune instituteur se pose la question. Je lui conseille alors de laisser faire la spontanéité.
Les usages peuvent varier avec l'âge ou le degré d'expérience de l'enseignant. Ainsi, il arrive que certains débutent leur carrière en vouvoyant les élèves et puis, prenant de l'âge, ils les tutoient ensuite. Certains se servent des deux formules. Ils peuvent ainsi vouvoyer globalement les élèves, et puis pour prodiguer un conseil à l'un ou l'autre, employer le tutoiement. Le "tu" sera alors une marque d'empathie, pas de familiarité. Il y a enfin des enseignants qui tutoient leurs élèves mais se mettent au "vous" pour les réprimander... Tout cela ne se décrète pas, ce sont des connivences qui s'installent au cours de l'année scolaire.
LCI.fr : Les petits de primaire, en l'occurrence les élèves du CP, ont-ils conscience de la signification du vous ?
G. L. : Au début de l'année, pas vraiment. En maternelle, les instit' tutoient les petits. Alors durant les premiers jours, ils prennent ce "vous" comme un amusement. Ils savent l'employer mais l'utilisent dans le cadre du jeu. Ils s'en servent, par exemple, pour jouer à la marchande ou au docteur. Au début, ils peuvent aussi y voir un nom de code, une certaine ironie.
LCI.fr : A l'inverse, les élèves tutoient-ils leurs professeurs ?
G. L. : C'est relativement rare, le vouvoiement restant le plus fréquent. Cela dit, il y a des usages qui s'installent, si le grand frère a tutoyé l'instit en question, le petit frère fera de même par habitude. La règle en usage dans les années 70 de tutoyer son instit est surannée... Je me souviens qu'à l'époque certains enseignants en faisaient presque un devoir. Ça correspondait aussi au type de pédagogie d'alors, c'était une forme de proximité. Au collège et au lycée, vouvoyer l'enseignant est de rigueur.
LCI.fr : Personnellement, êtes vous favorable à un retour du vouvoiement à l'école ?
G.L. : S'il représente une forme de respect et à condition que les adultes ne minorent pas la considération qu'ils portent aux élèves, oui, tout à fait. Mais, le vouvoiement ne servira à rien s'il n'est pas le signe d'un respect profond pour l'élève, s'il n' y a pas de sincérité. Si le reste ne suit pas avec par exemple, une bibliothèque scolaire bien fournie, des locaux agréables etc., il n'y aura pas une réelle estime et une considération de l'élève.
En revanche, je n'y suis pas favorable si on veut créer de la distance en l'utilisant. Dans les années 70, Roland Barthes avait évoqué le "vouvoiement" à travers deux exemples : le 'tu' à un immigré, le 'tu' employé pour s'adresser au dieu qu'on vénère.
LCI.fr : Quelles sont les vertus du vouvoiement dès le primaire ?
G.L. : Elles sont principalement didactiques. Le vouvoiement apprend le langage, le système linguistique français. Il apporte d'une certaine manière une connaissance de plus qui va servir dans le monde par la suite. Le vouvoiement a également des vertus sociabilisantes. Ces enfants sont là pour apprendre certaines choses, avant ils n'utilisent pas forcément le vouvoiement hormis, on l'a vu, quand ils jouent à la marchande. Tout est bon pour faire de la connaissance et de l'instruction avec des petits. Il a aussi des vertus psychologiques quand on joue au vouvoiement de distance ou au tutoiement d'empathie, de complicité.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




