"Le vouvoiement ne servira à rien sans sincérité"

Par , le 22 mai 2007 à 19h23 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h52

Interview - Le ministre de l'Education a fait ressurgir un vieux débat : la question du "tu" et du "vous" à l'école. L'avis d'un spécialiste.

Image d'archives/TF1Image d'archives © TF1

"Il est indispensable que les enfants vouvoient les professeurs et il est préférable que les professeurs ne tutoient pas les élèves, au lycée, pour que chacun soit à sa place", a déclaré mardi Xavier Darcos, le ministre de l'Education nationale. Il a cependant immédiatement précisé qu'il ne transcrirait pas cette idée dans un texte s'imposant à toute la communauté éducative. Pour lui, les professeurs doivent "marquer" leur autorité pour qu'"il y ait une certaine verticalité".

Gilbert Longhi, chercheur associé chargé de cours en science de l'éducation à l'université Paris X Nanterre, et formateur à l'IUFM nous livre son avis sur cette question.

LCI.fr : Actuellement, comment les enseignants s'adressent-ils à leurs élèves ?

Gilbert Longhi : Il n'y a pas de règles, chaque enseignant faisant comme bon lui semble. Le sujet ne fait d'ailleurs l'objet d'aucune discussion particulière dans les IUFM, sauf quand un jeune instituteur se pose la question. Je lui conseille alors de laisser faire la spontanéité.

Les usages peuvent varier avec l'âge ou le degré d'expérience de l'enseignant. Ainsi, il arrive que certains débutent leur carrière en vouvoyant les élèves et puis, prenant de l'âge, ils les tutoient ensuite. Certains se servent des deux formules. Ils peuvent ainsi vouvoyer globalement les élèves, et puis pour prodiguer un conseil à l'un ou l'autre, employer le tutoiement. Le "tu" sera alors une marque d'empathie, pas de familiarité. Il y a enfin des enseignants qui tutoient leurs élèves mais se mettent au "vous" pour les réprimander... Tout cela ne se décrète pas, ce sont des connivences qui s'installent au cours de l'année scolaire.

LCI.fr : Les petits de primaire, en l'occurrence les élèves du CP, ont-ils conscience de la signification du vous ?

G. L. : Au début de l'année, pas vraiment. En maternelle, les instit' tutoient les petits. Alors durant les premiers jours, ils prennent ce "vous" comme un amusement. Ils savent l'employer mais l'utilisent dans le cadre du jeu. Ils s'en servent, par exemple, pour jouer à la marchande ou au docteur. Au début, ils peuvent aussi y voir un nom de code, une certaine ironie.

LCI.fr : A l'inverse, les élèves tutoient-ils leurs professeurs ?

G. L. : C'est relativement rare, le vouvoiement restant le plus fréquent. Cela dit, il y a des usages qui s'installent, si le grand frère a tutoyé l'instit en question, le petit frère fera de même par habitude. La règle en usage dans les années 70 de tutoyer son instit est surannée... Je me souviens qu'à l'époque certains enseignants en faisaient presque un devoir. Ça correspondait aussi au type de pédagogie d'alors, c'était une forme de proximité. Au collège et au lycée, vouvoyer l'enseignant est de rigueur.

LCI.fr : Personnellement, êtes vous favorable à un retour du vouvoiement à l'école ?

G.L. : S'il représente une forme de respect et à condition que les adultes ne minorent pas la considération qu'ils portent aux élèves, oui, tout à fait. Mais, le vouvoiement ne servira à rien s'il n'est pas le signe d'un respect profond pour l'élève, s'il n' y a pas de sincérité. Si le reste ne suit pas avec par exemple, une bibliothèque scolaire bien fournie, des locaux agréables etc., il n'y aura pas une réelle estime et une considération de l'élève.

En revanche, je n'y suis pas favorable si on veut créer de la distance en l'utilisant. Dans les années 70, Roland Barthes avait évoqué le "vouvoiement" à travers deux exemples : le 'tu' à un immigré, le 'tu' employé pour s'adresser au dieu qu'on vénère.

LCI.fr : Quelles sont les vertus du vouvoiement dès le primaire ?

G.L. : Elles sont principalement didactiques. Le vouvoiement apprend le langage, le système linguistique français. Il apporte d'une certaine manière une connaissance de plus qui va servir dans le monde par la suite. Le vouvoiement a également des vertus sociabilisantes. Ces enfants sont là pour apprendre certaines choses, avant ils n'utilisent pas forcément le vouvoiement hormis, on l'a vu, quand ils jouent à la marchande. Tout est bon pour faire de la connaissance et de l'instruction avec des petits. Il a aussi des vertus psychologiques quand on joue au vouvoiement de distance ou au tutoiement d'empathie, de complicité.

Le vouvoiement sera l'un des thèmes traités jeudi 24 mai dans l'émission On en Parle de Valérie Expert. Pour réagir sur le sujet, cliquez ici.

Par Amélie Gautier le 22 mai 2007 à 19:23
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40 Commentaires

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  • Claudius, le 23/05/2007 à 17h30

    Le vouvoiement sera difficile au début, mais cela permet de mettre de la distance entre les élèves et les profs.Bonne idée pédagogique et psycologique,Bravo Nicolas,vous n'avez pas eu ma voix,dommage, je ne savait pas que vous ne bluffiez pas,

  • Pierre, le 23/05/2007 à 17h19

    Le respect, comme la confiance, ne se décrètent pas mais se méritent.

  • Amélie, le 23/05/2007 à 17h16

    Je trouve cela très important et je suis pour le vouvoiement, le respect refera surface

  • Serne, le 23/05/2007 à 15h26

    Bonjour, je suis enseignant en SVT depuis 7 ans. J'abonde dans le sens de M. Longhi. Cependant je trouve ce débat un peu vain. J'ai débuté en vouvoyant mes élèves de seconde. C'était une façon de leur montrer distance et considération, alors que je venais de passer "de l'autre côté du bureau". L'année suivante, arrivé en collège dans le 93 où j'ai grandi, j'ai très naturellement adopté un tutoiement qui me rapprochait de mes élèves, "écorchés vifs" en mal de reconnaissance dans une société d'où ils se sentaient exclus. Les vouvoyer les blessait, alors je n'en ai usé que pour des réprimandes sèches: c'était déjà qu'ils dépassaient de loin les limites. L'année passée, j'ai enseigné en province. Certains on cru intelligent de réclamer le vouvoiement, pour exiger le respect de ma part, pour tester aussi leurs limites. Ce à quoi j'ai accédé en souriant: ils ont vite fait marche arrière. Car au-delà du mot se cache l'intonation... l'ironie ou la bienveillance sont d'abord des intonations. Et puis surtout, s'ils ne sont pas naturels, vouvoiement comme tutoiement seront bien incongrus et laisseront vite transparaître mépris ou peur. Alors qu'en est-il ici? On ne parle que des lycées, où le vouvoiement est déjà très répandu, et où les élèves savent a priori maîtriser ses nuances. Alors pourquoi ces "conseils" finalement assez vides à mon sens? La question de la considération du pays pour ses élèves n'est en fait pas un problème de langage... mais de finances. Notre gouvernement veut-il, ou non, financer l'éducation nationale et ainsi montrer sa considération pour les jeunes générations? Avons-nous besoin, nous, enseignants, de leçons de grammaire de notre ministre? Ou bien du budget nécessaire pour montrer à nos enfants que le pays est prêt à les éduquer? Voulons-nous leur fournir l'encadrement et le matériel nécessaires à leur apprentissage et donc à leur épanouissement... Car si nos ministres sont où ils en sont, je pense que l'école publique n'y est pas pour rien...

  • Lionel, le 23/05/2007 à 09h48

    Le problème n'est pas d'ordre linguistique(vouvoiement),mais bien d'ordre générationnel je ne vois pas en quoi dire vous à quelqu'un est une marque de respect de nos jours nous ne sommes pas dans les années 60 christhian!! le respect doit intervenir dans une autre sphère et à mon avis c'est au niveau relationnel que ça devra changer il faut faire en sorte que le professeur regagne son autorité de principe ainsi que les parents car les enfants d'aujourd'hui ne sont pas comme ceux de 1960! leurs besoins,leurs attentes ne sont pas les mêmes; une même pilule ne peut guérir toutes les maladies....merci de me publier

  • Maddy, le 23/05/2007 à 09h47

    Je trouve assez étrange tout ces gens qui réagisse à coté de l'article. Ici on ne parle pas du fait que les enfants tutoient leur enseignant (ce qui d'après le chercheur et d'après mon expérience est assez rare sauf en maternelle)mais de la possibilité que les enseignants vouvoient leurs élèves. Ce qui en primaire me semble un peu irréalisable.

  • Claude, le 23/05/2007 à 09h08

    Le "tu" pour ma part ,dit dans un certain contexte est un manque de respect . Entendre un "chanteur" tutoyer Mr Sarkozy en public m'a interpellé .Dans une classe , c'est un problème de confiance mais je pense préférable que l'élève sorti de la petite enfance vouvoie l'enseignant , comme le policier , le commerçant , etc . Pour certains tutoyer c'est manquer de déférence envers l'interlocuteur et c'est un comportement volontaire , en faisant celà je ne te respecte pas .

  • Claudine, le 23/05/2007 à 08h54

    Je trouve que le vouvoiement devrait etre à nouveau instauré. Les jeunes n'ont plus aucun respect.

  • Marius, le 23/05/2007 à 08h49

    Ne me dis plus " tu" je t'ai......

  • El, le 23/05/2007 à 08h27

    S'il fallait attendre la sincèrité des gens pour faire quelquechose, on en serait resté au monde primaire ! Le respect et la morale s'apprennent dès le + jeune âge, point final.

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