"Il faut une police au service du peuple"

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER, le 05 juin 2007 à 12h08 , mis à jour le 05 juin 2007 à 12h12

Interview - Chercheur spécialiste de la sécurité, Sebastian Roché déplore que "la police se coupe de la population". Il plaide pour "une révolution des mentalités", une police réorganisée "autour de la notion de proximité".

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LCI.fr : Dans son rapport sur le "93", l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES) indique que, dans ce département, "les relations actuelles entre la police et la population" sont difficiles et empreintes de tensions évidentes. Comment expliquez vous cette situation tendue ?

Sebastian Roché (1) : Il y a d'abord des facteurs externes à la police : l'empilement des difficultés socio-économiques, la frustration scolaire, etc. Par moment, les fonctionnaires vont recevoir des cailloux plus souvent qu'à leur tour. Et puis il y a le fonctionnement de la police en lui-même. Les techniques utilisées sont parfois offensives : les contrôles d'identité avec des plaquages au sol, les systèmes d'encerclement des quartiers sensibles. Il y a également le développement des technologies de défense comme le flash ball, ou le pistolet électrique -le taser- etc. On ne fait pas une police qui est bien comprise et bien acceptée par la population uniquement en développant des outils techniques. Il faut autre chose derrière. Et c'est cette autre chose qui manque et qui fait que la police se coupe de la population.

Depuis 2002, il n'y a plus de police de proximité. A cette époque, Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur a choisi ses priorités : faire de la quantité là où la police de proximité consistait à faire de la qualité. Ce choix quantitatif s'est traduit par une augmentation d'interpellations pour les petites infractions : consommation ou le trafic de drogue, les étrangers en situation irrégulière. Tout cela a considérablement augmenté le nombre d'affaires traitées par la police.

LCI.fr : Le candidat Sarkozy proposait de remplacer cette police de proximité par une police de quartier. Où en est ce projet ?

S.R. : Un rapport sur le sujet a été réalisé mais il n'est sorti qu'après le scrutin. La police de quartier n'y est pas spécifiquement développée. A ma connaissance, il n'y a pas de réflexion globale sur la réorganisation globale de la sécurité publique, cette police du quotidien. Il n'y a pas d'outil ou de structure de réflexion sur la qualité de la police. C'est pourtant ce qu'il faudrait faire.

LCI.fr : L'étude de l'INHES souligne également les "effets positifs incontestables" qu'a eu la police de proximité dans certains secteurs...

S.R. : Oui, elle a eu de bons résultats où elle était mise en place, sauf qu'elle ne l'a pas été partout. C'est une bonne idée et c'est d'ailleurs la seule qu'on ait eue pour changer les améliorer les relations entre la police et la population. Cela dit, une bonne idée, il faut bien la mettre en œuvre : les bonnes intentions, ça ne suffit pas.

"Police de proximité", "police de voisinage", "police de tranquillité"... Ce ne sont que des slogans. Le plus important est de voir comment on la met en œuvre concrètement. A mon sens, cela implique des changements de mentalités, d'organisation, de formation des policiers, des changements dans les carrières des policiers. Ce qu'il faudrait faire maintenant c'est tomber d'accord sur les implications concrètes. Le terme qui va accompagner la réforme est pour moi relativement secondaire.

LCI.fr : Le ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a évoqué lundi le caractère indispensable d"une proximité géographique (...) sur un terrain (avec) la connaissance de ce terrain et la connaissance des personnes".

S.R. Oui, mais ce n'est pas tout. Une proximité géographique n'a d'effet que si on prend en compte la population. Effectivement, il faut mettre les postes de police là où il y en a besoin, il ne faut pas en ouvrir des petits un peu partout. Il faut aussi que les horaires des policiers correspondent aux horaires des délinquants. Si on fait la même police mais qu'on l'implante différemment géographiquement, on ne modifie pas les relations police population.

LCI.fr : Alors que préconisez-vous ?

S.R. : De modifier l'organisation des services de la police et sa relation à la population. Un commissariat, c'est comme un hôpital. C'est un système administratif qui a différents types de services et dans lequel on organise les relations entre les personnes qui y travaillent et ceux qui viennent. Dans l'hôpital ce sont les patients, dans un commissariat, ce sont les auteurs de crimes ou délits et les victimes. Comme on fait réfléchir les médecins sur leur rapport à leur patient et cette prise en compte de la douleur, il faudrait faire réfléchir les policiers sur leur gestion des attentes de la population, et notamment de sa souffrance.

Pour que cette police "colle" davantage à la population, il faut qu'elle fasse, par exemple, siéger des représentants des habitants dans les instances qui la dirigent, comme à l'hôpital. Il faudrait également que ces élus locaux, qui connaissent les territoires, soient associés à la direction de la police. Il faudrait enfin créer des organes par lesquels les gens puissent se plaindre des dysfonctionnements, une sorte de bureau des plaintes de la police nationale. C'est une révolution des mentalités qui doit se faire et qui ne peut pas être décrétée par un ministre, ça prendra une dizaine d'années à être mis en œuvre et à être consolidé.

LCI.fr : La police de proximité idéale selon vous ?

S.R. : Cela doit être une philosophie : c'est être au service de la population. Cette phrase devrait être gravée en lettre d'or devant les commissariats. Cette phrase doit habiter chaque fonctionnaire de police. Maintenant que nous sommes en démocratie, il faudrait se démarquer d'une police régalienne, au service du roi, vers une police des services publics, au service du peuple.

(1) Chercheur au CNRS et auteur du livre "Police de proximité, Nos politiques de sécurité" (1) , Paris, Seuil, 2005.

Par Propos recueillis par Amélie GAUTIER le 05 juin 2007 à 12:08
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33 Commentaires

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  • Eric, le 06/06/2007 à 14h43

    On à laisser des quartiers fairent n'importe quoi du moment qu'ils ne faisaient pas de bétises ou très peu, cela est terminé, la loi c'est eux maintenant, il ne faut pas toujours leurs chercher des excuses, il faut que le boulot leurs tombe dans le bec! bon courage la police!!!!!

  • Rudy, le 06/06/2007 à 13h43

    Je pense que ce sociologue devrait sortir un peu plus de son bureau, quand on voit les merdeux narguaient la police, comment voulez vous que les policiers soient corrects, c'est une histoire d'éducation que les parents n'ont pas su transmettre à leurs enfants. La police n'est pas là, pour faire l'assistante sociale, elle est là pour faire régner la loi, pour plus qu'il n'y est des zones de non droit, on détient le triste record d'europe, avec plus de 800 zones de non droit. Soutenons de tout coeur notre police

  • Stef, le 06/06/2007 à 10h28

    Remettons les pendules à l'heure, je ne suis pas Sarkozyste, je ne veux pas le defendre mais les problemes de la Seine Saint Denis (département ghetto géré par une gauche donneuse de leçons sans idée) ne datent pas d'aujourd'hui; cela fait des années que les politiques ont baissé les bras dans ce département; arrétez de taper sur les flics mais plutot sur les politiques. Merci

  • Norton10100, le 06/06/2007 à 08h17

    @ Hervé, Paris, étant fonctionnaire de police, et ayant eu en charge les vols de portables, je peux vous affirmer que ces procédures sont les plus faciles à élucider ! La non prise de plainte ne viens pas de consigne, mais certains ont pris l'habitude de faire écrire au Procureur de la République, et au final la plainte sera prise ! Comme partout, y a des personnes qui ont du mal à faire leur boulot... d'où la nécessité de nos jours de les forcer à le faire !

  • André.B, le 06/06/2007 à 07h10

    Il faut une police au service de la nation ouverte au dialogue mais réprimant sans pitié les agissements des voyous et des gens malhonnetes.

  • Fred, le 05/06/2007 à 23h42

    Monsieur le sociologue, venez donc en patrouille avec nous, votre discours rique de rapidement changer....

  • Doudou, le 05/06/2007 à 18h19

    Je suis bien d accord avec cette idée mais j ai envie de dire que les délinquants rentrent dans leures tannières et qu ils laissent les braves gens en paix c est tout ce que l on leurs demande.

  • Thot, le 05/06/2007 à 18h02

    Voilà enfin un discours sensé sur la place de la police dans une démocratie. Le comportement agressif de certains policiers est une menace pour les citoyens honnêtes.

  • Eric, le 05/06/2007 à 17h38

    Voilà du travail pour tout ces jeunes, pourquoi ne pas les former et les enroler dans une Police de proximité.. au moins ils connaissent le quartier et ses problèmes.

  • Tecumseh75, le 05/06/2007 à 16h24

    Je ne comprends pas que les médias et en particulier parlent si peu de la rétention d'information qu'a exercée le ministère de l'intérieur A PARTIR DE DECEMBRE 2006 sur ce dossier de la sécurité dans le 93. En effet, ce rapport, très négatif pour le succès dont se targuait N. Sarkozy contre la délinquance, aurait eu une influence certaine sur la campagne présidentielle. Et le ministère de l'intérieur s'est bien gardé de le publier...

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