Les caméras du cimetière de Portel © LCI"Il n'y a, à mon sens, aucune contradiction entre le respect des libertés individuelles et l'installation de caméras pour protéger la sécurité de chacun dans les transports en commun". Le propos était de Nicolas Sarkozy, s'exprimant dans les colonnes du Journal du Dimanche. S'appuyant largement sur l'exemple britannique (il existe 25 millions de caméras au Royaume-Uni, contre un million en France) et se disant "très impressionné par l'efficacité de la police" d'outre-Manche "grâce à ce réseau de caméras", le chef de l'Etat plaidait sans ambiguïté pour la mise en place d'un système similaire dans notre pays.
De nombreux policiers y sont favorables, autant pour faciliter les enquêtes que pour écarter les soupçons de violences policières lors d'interpellations controversées. Mais la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), qui rend ce lundi son rapport 2006, s'inquiète de ce contrôle croissant et lance "une alerte à la société de surveillance" qui menace "la protection des données et nos libertés". "L'innovation technologique est à la fois porteuse de progrès et de dangers. Les individus sont tentés par le confort qu'elle procure, mais ils sont peu conscients des risques qu'elle comporte. Ils ne se préoccupent guère de la surveillance de leurs déplacements, de l'analyse de leurs comportements, de leurs relations, de leurs goûts", y écrit le président de la Cnil, Alex Türk.
La biométrie banalisée
En 2005, la Cnil avait enregistré 300 déclarations de mise en place de systèmes de videosurveillance. L'an dernier, il y en a eu 880, souligne le rapport 2006. Et les techniques ne cessent de se perfectionner, par internet ou wi-fi, proposant le son, voire le comptage des clients entrant et sortant des magasins ou la détection de colis abandonnés. Face à la vague de législation anti-terroriste, il appartient à la Cnil "d'éviter les pièges, dénoncer les illusions et combattre les mythes", juge Alex Türk, qui veut "provoquer une prise de conscience collective". La multiplication des caméras est emblématique de cette tendance, mais elle est loin d'être seule en cause. D'ailleurs, dans une interview que publie ce lundi La Croix, Alex Türk ne se déclare pas contre la vidéosurveillance mais demande des moyens supplémentaires pour en assurer le contrôle. Car aujourd'hui, souligne-t-il, "nous n'avons pas les moyens de ces contrôles".
Car au-delà des simples caméras, les technologies de la surveillance se font de plus en plus pointues... et répandues. Les demandes d'autorisation à la Cnil pour des dispositifs biométriques "ont été multipliées par dix en un an", relève le rapport. Du coup, la Cnil a adopté en avril 2006 des procédures simplifiées d'autorisation dans trois cas : l'accès aux restaurants scolaires par reconnaissance du contour de la main, et l'accès aux lieux de travail par la même méthode ou grâce à l'empreinte digitale, enregistrée sur un support individuel. La Commission relève aussi de nouvelles utilisations de la biométrie, comme les cartes de fidélité, sur empreinte digitale, adoptées par des casinos, qui sont soumis depuis novembre 2006 à l'obligation de contrôler leurs accès.
Autre secteur en plein développement : la géolocalisation des véhicules de salariés. A tel point que la Cnil a adopté en 2006 une recommandation pour en restreindre l'usage aux cas où elle est nécessaire à la sûreté de l'employé, de la marchandise ou du véhicule, ou lorsqu'elle est le seul moyen de suivre les prestations, la facturation ou le temps de travail. Pas question d'espionner hors des heures de travail ou de contrôler la vitesse, dit la Cnil qui demande une "information préalable de l'employé".
D'après agence
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