En haut à gauche, une caméra de vidéosurveillance à Clichy © A.Ga./LCIDes corbeilles remplies de rouge à lèvres, des bavoirs pour bébés, de la lingerie affriolante. Silencieusement ou en papotant, les commerçants exposent sur leurs étals de marchandises bariolées. Mercredi matin, rue de Neuilly, à Clichy-la-Garenne, c'est le marché. Aux extrémités de l'artère piétonne, des yeux ne perdent pas une miette de la petite agitation. Ceux de deux des 21 caméras installées dans cette commune des Hauts-de-Seine.
La vidéosurveillance, Clichy s'y est mis en 2006. Un an avant, la décision du maire socialiste Gilles Catoire d'imiter les mairies UMP détonne. Ses détracteurs lui reprochent de succomber aux velléités sécuritaires de Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur de l'époque. De singer Levallois-Perret, ville mitoyenne, pionnière en la matière. Dans cette commune dirigée par Patrick Balkany, les caméras sont arrivées il y a 20 ans, en 1987. Aujourd'hui, le président Nicolas Sarkozy multiplie les déclarations en faveur de la vidéosurveillance pour mieux lutter contre le terrorisme.
"Ce n'est pas la panacée"
A Clichy, le projet donne lieu à une véritable scission de la majorité municipale : les communistes, une partie des Verts et deux élus socialistes s'y opposent. Le maire organise un référendum : 80% des Clichois approuvent le projet. Au compte-goutte, les caméras sont installées. Les premières fêteront leur premier anniversaire, le 24 juillet prochain. Et ce n'est pas fini. Mardi, lors du dernier conseil municipal, l'installation de 16 nouvelles caméras a été avalisée.
Aujourd'hui, selon la préfecture, 31 des 36 communes de ce département de l'ouest francilien sont équipées. Alors "Balkanisé", Catoire ? "Quand on dit que je fais une politique de droite, je réponds que la vidéosurveillance n'est qu'un élément pour compléter le dispositif de prévention. Pas la panacée", répond le maire. Et d'égrener les dispositifs mis en place pour faire de la prévention : une maison du droit et de la prévention, d'autres de quartiers, des équipes de médiateurs... "La vidéosurveillance c'est un plus", confirme, dans la même veine, le commissariat.
Les caméras sont placées aux endroits "les plus sensibles de la ville", selon la mairie. "Dans certains lieux, des rassemblements troublaient l'ordre public, notamment des rivalités avec les communes frontalières de Seine-Saint-Denis", argumente encore Gilles Catoire. L'une des 16 prochaines caméras sera installée dans un quartier où des feux d'immeuble ont pris samedi dernier. A deux rues de celle du maire. Elles fonctionnent 24h/24, 7 jours sur 7. Pour visionner ces images filmées en 360°, dix personnes se relaient dans un local adjacent à la police municipale. Les images donnant sur les habitations sont floutées, une commission installée en préfecture veille au respect des libertés individuelles des citoyens.
Au secours des citoyens
"La vidéosurveillance, ce n'est pas seulement contre la délinquance, explique Geneviève Garcia, chargée de la citoyenneté à Clichy. Elles permettent d'observer s'il y a des améliorations à faire au niveau de la circulation, par exemple. L'autre fois, une dame a fait un malaise. Elle était seule dans la rue. Grâce à la caméra, les secours ont pu être prévenus instantanément ou presque."
"Au quotidien, ces caméras changent tout et rien à la fois, résume Patrick Pinard, élu UMP initiateur du projet en 2001. Elles ne dérangent pas puisqu'on ne les voit pas mais elles permettent d'éviter un sentiment d'insécurité". La sécurité. Quand on demande aux Clichois ce qu'ils pensent de cette vidéosurveillance, ils n'ont que ce mot à la bouche. "Les voyous se méfient davantage, ils peuvent être repérés lors des vols à l'étalage, du coup ça les dissuade, commente Jean Auboiroux, le président des commerçants et artisans de Clichy. Ça nous rassure. Surtout les femmes. "Sans les caméras, les gens, ils font n'importe quoi", renchérit un peu plus loin Salim, agent des services techniques.
Et chacun a une anecdote en tête pour illustrer le bien-fondé des caméras. L'exemple de Mohammed ? "Une jeune fille s'est fait arracher son téléphone devant le Franprix. Ça serait pas arrivé si là y avait eu une caméra !" "Une caméra n'empêchera pas un délinquant de mettre sa capuche pour se cacher ou le dealer de vendre sa drogue ailleurs", contrecarre Vincent Simonacci. En 2005, il avait animé le Collectif Citoyen contre la vidéosurveillance. Les arguments des détracteurs de l'époque et d'aujourd'hui : son inefficacité, contraire à l'esprit d'une ville de gauche qui devrait déjà renforcer entre autres la solidarité entre ses habitants. Le coût du dispositif -plus cher et moins efficace qu'un bon éclairage, et surtout l'atteinte aux libertés des citoyens. "Que deviendrait un tel système entre les mains d'un pouvoir totalitaire", s'interroge Vincent Simonacci. "C'est de pire en pire. Entre la carte orange, le téléphone portable... On est suivi, observé... Une vieille dame m'avait interpellé une fois sur un marché avec cette réflexion : 'si les nazis avaient eu tout cela en 1940, on aurait fait comment pour résister ?"
Sur le marché de Clichy, la question de la vidéosurveillance vire au débat. La préparation des étals est mise de côté. "Oh moi je m'en fous, je ne les vois même pas", dit Omar en haussant les épaules. "C'est justement ça le problème !, s'emporte François. Je suis filmé, je n'ai rien à me reprocher, et tout cela n'étonne plus personne, c'est grave..."
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