Image d'archives © LCILCI.fr : Vous avez créé la première -et la seule- association pour les victimes d'agressions de chiens, qu'ils soient classés dangereux ou non. Pourquoi ?
Stéphanie Farges-Orthiz, de SOS victimes de chiens : Parce que, ayant moi-même été victime de chiens en février 2005, j'ai réalisé qu'il n'y avait rien de fait pour les victimes et qu'au-delà de ça, ce problème n'était pas assez pris en considération par les autorités, et notamment que la loi n'était pas appliquée.
Dans la rue, certains se promènent avec des molosses (chiens de catégorie 2) non muselés, ce qui est interdit. La plupart du temps, les policiers ne disent rien à ces propriétaires. Dans le meilleur des cas, ils leur promettent une amende la prochaine fois. Il ne faut pas oublier que ces chiens de première et de deuxième catégorie sont considérés comme une arme par procuration ! Les forces de l'ordre ne sont pas formées pour faire appliquer la loi. Ils ne savent pas forcément reconnaître un chien de catégorie une ou deux...
LCI.fr : Que vous êtes-t-il arrivé ?
S. F-O. : Mon frère avait deux chiens, deux rottweillers ni déclarés, ni assurés, comme la loi l'y oblige (Lire notre encadré, NDLR.). J'avais prévenu en vain les autorités de leur dangerosité. A chaque fois, cette même réponse : "On ne peut rien faire tant qu'il n'y a pas de sang". Alors un jour, j'ai décidé d'aller moi-même les chercher pour les emmener à la SPA. Ils m'ont sauté dessus dès que j'ai eu franchi la porte. Chacun m'a attrapé un bras. Ils m'ont mise à terre, traîné près d'un buisson et ont commencé à me bouffer, littéralement me bouffer.
Un ami m'a sauvée en maîtrisant les chiens avec une bombe lacrymogène. Il y avait du sang, les policiers ont emmené les molosses à la SPA. Là bas, la responsable m'a assuré que les deux bêtes étaient très gentilles et qu'elles comptaient les rendre à mon frère, jusqu'au jour où un employé lui-même a été attaqué. Les deux chiens ont fini par être euthanasiés. Comme souvenir de ces "gentilles bêtes", j'ai 80 points de suture au bras gauche, quelques uns au droit, un pontage etc.
LCI.fr : Après la mort d'une fillette de 15 mois mordue au visage, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a décidé lundi d'interdire "certains croisements de chiens" dangereux avec une autre race qui le serait moins. Elle donne comme exemple un "croisement de labrador avec un boxer". Pensez-vous que c'est une bonne mesure ?
S. F-O. : Sur le principe, oui. Il faut savoir qu'une seule race est retenue sur le carnet de tatouage de l'animal. Pour un bâtard, on marque par exemple : de type labrador, ou de type caniche. Or, certains propriétaires d'animaux dangereux issus de croisement vont faire inscrire l'origine la moins dangereuse afin d'échapper à la réglementation en vigueur pour les chiens de première et deuxième catégorie.
Cela dit, cette mesure me parait difficilement applicable, à moins de mettre un policier derrière chaque chien. Sans parler du fait que distinguer un chien de race d'un bâtard est parfois ardu, surtout quand on n'est pas spécialiste. A moins de soumettre chaque chien à un test ADN...
LCI.fr : Certains font remarquer que des chiens comme les labradors ou les caniches sont responsables de davantage de morsures. Et de reprocher la stigmatisation d'une certaine catégorie de chiens. Vous leur diriez quoi ?
S. F-O. : De mettre un coup de pied au postérieur d'un caniche et de faire la même chose à un pit-bull, ils verront si c'est la même chose. Pour les caniches, il s'agit de morsure, les pit-bull, c'est une mutilation. Oui, les labradors mordent aussi, mais ils n'ont quand même pas la même puissance dans la mâchoire. Il ne faut pas oublier qu'aucun chien n'est méchant mais ils sont tous dangereux...
LCI.fr : Si vous étiez ministre de l'Intérieur, quelles mesures proposeriez-vous ?
S. F-O. : D'interdire aux parents d'enfants mineurs de posséder des molosses ! J'interdirais également aux foyers de posséder plus d'un chien chez eux. A partir de deux, c'est une meute. Ensuite, les éleveurs devaient indiquer à la mairie à qui ils ont vendu le chien, au cas où le propriétaire ne le fasse pas, comme il en a l'obligation. Il faudrait aussi avoir un permis pour posséder de tels chiens. Comme on a un permis d'arme ou de conduire. Ces chiens sont de véritables armes !
Il faut que les propriétaire arrêtent de dire que leur chien est un "nounours", qu'il ne mordra jamais, qu'en savent ils ? Le chien, "nounours" ou pas, reste un animal doté d'un instinct. Il ne faut en aucun cas, laisser un enfant avec un chien. On l'a encore bien vu lors de ce dernier drame que la petite n'était pas sans surveillance (Lire le témoignage du père de la fillette), il a suffit de quelques secondes au chien pour l'attaquer et malgré la présence de la mère ! Quand je vois sur les blogs des proprios de molosses, des bébés poser au milieu de ces bêtes, ça me sidère !
LCI.fr : Mais iriez-vous, comme le souhaite le maire d'Epernay où habitait la fillette décédée, jusqu'à interdire du territoire ce type de chien ?
S. F-O. : Idéalement, oui. Ces chiens ne sont pas des animaux de compagnie. Mais, les interdire pourrait contribuer à encourager la clandestinité ce qui serait encore plus dangereux... Avant de prendre une telle mesure, il faut déjà appliquer et renforcer la loi. Quitte à décourager voire dégouter les gens d'avoir de telles bêtes.
Chiens dangereux, ce que dit la loi |
La loi du 6 janvier 1999 classe les chiens susceptibles d'être dangereux en deux catégories. Une première regroupe "les chiens d'attaque" dont le maître ne peut retracer l'origine par un document, comme le livre généalogique reconnu par le ministère de l'Agriculture. Sont concernés les chiens communément appelés "Pitbulls". La seconde catégorie concerne les "chiens de garde ou de défense" inscrits au "Livre des origines françaises". Les "Rottweiler" en font partie. |
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