Image d'archives/DR © TF1Saint-Cyr-au-Mont-d'Or est une jolie bourgade huppée située au nord-ouest de Lyon. A 15 kilomètres précisément. Elle compte quelques 5.500 habitants, deux écoles et offre, paraît-il un beau cadre de vie. Le 27 août, c'était jour de rentrée pour les primaires scolarisés à Champlong, l'un des deux établissements. Et comme après chaque rentrée des classes dans les écoles de France et de Navarre, les parents se sont vu remettre toute une série de documents à remplir pour le lendemain : la sacro-sainte liste de fournitures, les fiches d'urgences, les allergies à signaler... Et un tout nouveau document : le permis à point cantine appelé "Règles de discipline". Ou comment une feuille A4 créé une mini zizanie dans un quartier chic.
Des élèves humiliés durant le pique-nique de fin d'année
Des parents demandent le licenciement du cuisinier de la cantine scolaire de Venansault, en Vendée. Il aurait humilié des enfants en les faisant ramper pour manger lors d'un pique-nique en guise de punition.
Publié le 05/07/2010
Son principe : chaque enfant totalise six points qu'il risque de perdre pour X raisons, 15 motifs détaillés dans le document. Par exemple, "ne pas marcher en rang" coûte à l'élève rebelle un points en moins ; il en perd trois s'il "jette de la nourriture à la cantine", etc. Son capital épuisé après tant de méfaits, il est exclu quelques jours voire une semaine de la cantine.
"Un passage en force"
Quand Bruno Remont, le maire UMP de la petite commune justifie l'instauration de ce permis à point spécial cantine, il évoque des "débordements l'an dernier avec des enfants qui ont jeté de la nourriture à la cantine". Là où certains évoquent simplement quatre "dames cantines" débordées par une cohorte de "gamins se comportant comme des gamins".
"Le réfectoire est un petit bâtiment mal insonorisé situé en face de l'école. A chaque service, quatre surveillantes doivent s'occuper de 80 enfants", explique Irène Biseau, présidente de la PEEP locale (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public).
"Ils ne sont pas plus turbulents qu'ailleurs, précise-t-elle mi-figue, mi-raisin. Et personne ne peut être contre des sanctions à l'égard d'élèves parfois dissipés. Mais de là à instaurer un permis à points, il ne faut pas exagérer ! Ou alors, on a vraiment de l'énergie à dépenser pour pas grand chose !" "C'est dommage d'en arriver là mais s'il faut sanctionner l'élève pour qu'il apprenne le respect, je suis pour", tempère Sophie, maman d'une élève de CM1.
Au-delà des moyens répressifs qu'elle juge disproportionnés, la PEEP locale dénonce le passage en force opéré, selon elle, par le maire. "Ces problèmes à la cantine ont été évoqués en mars 2007 lors du conseil d'école, raconte ainsi Irène Biseau. Le maire a pris note. Les parents lui ont fait des propositions pour améliorer la situation : ainsi renforcer l'insonorisation des lieux, renforcer les équipes de dames cantines... Et après plus rien et ce document fourni à la rentrée, sans aucune concertation".
"Ces permis à points cantine ne sont pas légaux"
Un "passage en force", c'est peut être là que le bât risque de blesser. Saint-Cyr-au-Mont-d'Or n'est pas la première commune à avoir instauré un tel permis. Dans le Finistère, par exemple, trois écoles de trois villes différentes l'avaient mis en place avant devoir faire marche arrière après des recours déposés par la FCPE, la fédération des conseils des parents d'élèves des écoles laïques.
"Le seul permis à point autorisé en France, c'est celui concernant la conduite, réservée à des adultes qui ont achevé une formation", explique ainsi Thierry Chancerelle, administrateur national de l'organisme, qui a déjà fait sauter les trois documents similaires des écoles bretonnes. Ces permis à points cantine ne sont pas légaux car ils ne respectent pas trois principes fondamentaux du droit français : celui qui stipule qu'une sanction ne peut pas être systématique ; un autre qui veut que la sanction soit individuelle. Et enfin, l'autre qui précise qu'il faut avoir la possibilité de contester les faits", énumère Thierry Chancerelle. Surtout, dans le cas de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, le texte n'est pas passé en conseil municipal et aucun extrait de délibération n'a été envoyé au préfet pour qu'il puisse exercer son contrôle de légalité." Pour lui, un tel permis est avant tout un aveu d'échec pédagogique.
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