© DRLCI.fr : Après des années de forte baisse, la consommation semble repartir à la hausse. Pourquoi ?
Jean-Michel Colombani, patron de l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (OCRTIS) : On a constaté une augmentation de 40% des saisies d'héroïne en 2006 par rapport à 2005, avec 1051 kilos saisis contre 749 en 2005. La moitié de cette tonne d'héroïne était destinée à la France, 300 kg devaient repartir au Royaume-Uni, et le reste aller dans d'autres pays d'Europe. Cette hausse était déjà sensible entre 2005 et 2004 avec une augmentation de 34% des saisies. En 2006, nous avons par ailleurs interpellé 2100 trafiquants internationaux, locaux et usagers-revendeurs. Il faut savoir qu'ils sont principalement de sexe masculin et français
LCI.fr: Comment expliquez-vous ce nouvel engouement pour l'héroïne ?
J-M.C. : C'est peut-être parce que le produit est un peu plus disponible maintenant. Ainsi, l'Afghanistan, qui produit 90 à 95% de l'héroïne en circulation, est, d'après les institutions internationales, en train de doubler sa production. Elle va passer de 420 à plus de 800 tonnes. Le prix, lui aussi, est relativement attractif, avec un coût moyen de 50 euros le gramme. On peut même le trouver à 40 euros en Belgique ou 30 euros aux Pays-Bas. A titre de comparaison, la cocaïne est à 70 euros le gramme à la revente.
LCI.fr : Quel est le profil des consommateurs ?
J-M.C. : On s'aperçoit que cette génération de consommateurs d'héroïne n'a pas connu les grandes vagues de consommation des années 70 et 80 avec la déchéance de l'individu. Ils ne se rendent pas compte des séquelles que cela entraîne. Le consommateur type a un peu moins de 29 ans, avec 28% des interpellations chez les 21-25 ans et 24% chez les 26-30 ans. Le plus jeune consommateur qu'on ait interpellé avait 13 ans.
Si on se réfère à la catégorie professionnelle, plus de la moitié des héroïnomanes (51%) sont sans emploi. Ensuite viennent des ouvriers (28%) et des employés (11%). Les étudiants et les lycéens arrivent beaucoup plus loin avec moins de 4%. La plupart de ces personnes habitent dans l'Est, le Nord-Pas-de-Calais et l'Ile-de-France. Peut-être parce qu'ils sont les plus près des frontières. Sur l'aspect géographique du trafic, c'est la même chose, ces trois régions arrivent en tête.
LCI.fr : Des études montrent également que des drogués prennent de l'héroïne plutôt que leurs traitements ?
J-M.C. : Les héroïnomanes peuvent bénéficier de traitement de substitution. Le Subutex et la Méthadone, principalement. Environ 100 000 personnes sont traitées. Mais on s'aperçoit effectivement qu'il y a une accoutumance à ces traitements et que les drogués vont compléter la prise de leur médicament par de l'héroïne. Il y a souvent une poly-consommation.
LCI.fr : Hormis l'Afghanistan, d'où vient l'héroïne ?
J-M.C. : L'Aghanistan représente 90%. Après, nous avons l'Asie du Sud-Est avec le Laos, la Thaïlande, le Myanmar et le Pakistan? Viennent ensuite le Mexique et la Colombie.
-LCI.fr : Comment endiguer ce phénomène ?
J-M.C. : Nous sommes vigilants. Surtout, on essaie de trouver des moyens d'enrayer ce trafic en développant les coopérations policières. Nous avons installé une plateforme en Turquie car la principale route du trafic est celle des Balkans. D'une manière générale, avec tous les pays traversés par le trafic, nous essaions de mettre en place des coopérations. En Europe, cela concerne surtout l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l'Espagne.
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