Immigration : après les injonctions, le texte

Par Alexandra GUILLET (avec agences), le 17 septembre 2007 à 16h18 , mis à jour le 18 septembre 2007 à 14h49

Les députés examinent ce mardi le projet de loi sur la maîtrise de l'immigration dont un amendement autorisant le recours aux tests ADN suscite la polémique.

Assemblée nationale hémicycle députésL'Assemblée nationale. Image d'archive. © TF1-LCI

Après avoir mis la pression sur les préfets et la police pour tenir les objectifs d'expulsions des sans-papiers, c'est à l'Assemblée que le gouvernement va durcir un peu plus le ton sur le thème de l'immigration. Intitulé "maîtrise de l'immigration, l'intégration et  l'asile", le projet de loi présenté ce mardi par le ministre Brice Hortefeux vise, en effet, à donner un nouveau tour de vis au regroupement familial. Et ce, alors même qu'un sondage OpinionWay pour LCI et Le Figaro révèle qu'une majorité de Français sont favorables au fait de limiter le regroupement familial : 74% de sondés se prononcent ainsi pour une limitation aux seules personnes qui maîtrisent la langue française.
 
Depuis le départ, le débat, qui aura lieu à l'occasion d'une session extraordinaire, s'annonce houleux. Mais l'adoption, la semaine dernière, de deux amendements majeurs par la Commission des lois a encore envenimé la controverse. Le premier, proposé par le député UMP Thierry Mariani, ouvre la possibilité de recourir à des tests ADN lors de la délivrance de visas d'immigration pour les candidats au regroupement familial. Le second autorise, sous conditions, le recueil de données faisant apparaître l'origine ethnique des personnes dans le cadre d'études sur la mesure des discriminations.

Modifier les équilibres
 
Outre ces deux mesures, le texte prévoit la mise en place, dans le pays d'origine, d'une "évaluation de connaissance de la langue et des valeurs de la République". Si le "test" est négatif, une formation est organisée et sanctionnée par une "attestation de suivi", non un examen. En commission, les députés ont adopté deux modifications: ils ont exclu les plus de 65 ans et prévu une nouvelle évaluation à l'issue de chaque formation.
  
Une autre série de mesures durcit les conditions de ressources nécessaires au regroupement familial, les portant à 1,33 fois le SMIC pour le regroupement de familles de "six personnes ou plus". Pour le ministre de l'Immigration,il s'agit de modifier les équilibres entre l'immigration familiale et l'immigration économique (92.000 titres de séjour accordés contre 11.000) pour parvenir à une répartition cinquante-cinquante.        
 
"Diarrhée législative..."

 
Au PS, la porte-parole du groupe, Aurélie Filippetti a qualifié les tests ADN "d'abjection morale complètement contraire aux principes de la République". "Le groupe socialiste va demander au gouvernement de saisir le comité consultatif national d'éthique sur cette question", a-t-elle indiqué. La porte-parole a annoncé que les députés socialistes allaient mener une  bataille "très offensive" contre ce texte, avec "une présence maximale dans  l'hémicycle tout au long du débat".
 
Du côté des associations, la colère est particulièrement forte. Pour le collectif Uni(e)s contre une immigration jetable qui regroupe plus d'une centaine d'associations (dont la Cimade, la Ligue des Droits de l'Homme)  et le Réseau Education sans frontières, "cette diarrhée législative, alors même que les précédentes lois n'ont pas été mises complètement en oeuvre, conduit à se poser la question des motivations réelles du gouvernement : la répétition des  réformes ne vise-t-elle pas davantage à flatter les réflexes racistes et xénophobes dans la population?". "Nous n'acceptons pas que la France institue une xénophobie d'Etat",  écrivent même dans un communiqué commun la FIDH et la LDH.

Tests ADN ? Avis partagés au sein même du gouvernement

Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Ville, a déclaré dimanche sur  Canal+ que ces tests la "heurtent" parce qu'ils jettent "l'opprobre sur les étrangers qui veulent venir chez nous". Invité du Grand Jury RTL/LCI/Le Figaro, Bernard Kouchner a estimé dimanche "nécessaire que les illégaux soient reconduits dans leur pays". Mais le ministre des Affaires étrangères a toutefois reconnu que "la politique de l'immigration choisie ne recueille pas entièrement (son) adhésion". Interrogé sur les tests ADN, il a résumé : "Cela ne me plaît pas, mais ne m'indigne pas". "Le jour où je m'indignerai vraiment, je partirai", a-t-il ajouté.
Porte-parole de la présidence, David Martinon a parlé sur Radio J d'une "piste de réflexion" qu'il ne "faut pas regarder avec stupéfaction" car l'amendement "cherche à faciliter les choses". Cependant, Nicolas Sarkozy n'a pas encore arrêté sa position, a-t-il relevé.
 

Par Alexandra GUILLET (avec agences) le 17 septembre 2007 à 16:18
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3 Commentaires

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  • Baal, le 18/09/2007 à 18h48

    Si une piqure pouvait remplacer des tonnes de paperasse... Je pense que ça peut être très interessant. De toutes façons de nombreux pays prévoient une visite médicale. Et si on écoutait les arguments des personnes en question plutôt que des bien pensants non concernés ?

  • COUSTAU Henri, le 18/09/2007 à 16h59

    Le Député qui a déposé cet amendement,l?a fait certainement sur ordre. L?initiative, sensée être individuelle, ne saurait engager le gouvernement, et encore moins le Président de la République. Mais elle est susceptible d?être adoptée par le Parlement. La classe politique réagit, sans comprendre, qu?il ne s?agit là que d?une stratégie. D?un côté on agite bruyamment cette menace illusoire, et de l?autre, on fait passer la Loi que l?on désire sans plus d?opposition. Les opposants s?estimeront satisfaits d?un recul apparent,sur un sujet que le Président n?avait, en fait, nullement l?intention d?inclure dans la Loi Pourquoi une telle ire contre cette mesure, déjà appliquée sans problème dans plusieurs pays? L? argument majeur est que l?on connaitra, par ce test, si les enfants du couple sont légitimes ou non. Or, l?on n?a pas, en France, l?autorisation de faire procéder à des tests sanguins pour connaître la paternité de l?un ou plusieurs de ses enfants, parce qu?il est prouvé statistiquement, qu?un enfant sur quatre, à partir du troisième enfant, est un enfant illégitime. Nos parlementaires ont donc estimé qu?il était préférable de ne pas savoir. Revenons à l?immigration, trois cas peuvent se présenter. - Les enfants du couple sont tous légitimes, et il n?y a aucun problème. - Les enfants du couple sont issus de l?un des deux parents. On devrait logiquement les considérer comme légitimes. Cela ne veut pas dire qu?il faille dévoiler aux parents, l?exacte filiation de leurs enfants. Les enfants sont reconnus comme étant bien membres de cette famille, car issus d?au moins l?un des deux parents, point ! - Troisième cas, l?un ou plusieurs de ces enfants n?ont aucun lien de filiation avec aucun des parents supposés. C?est alors là que la Loi intervient et qu?elle prend tout son sens. Car nous sommes alors en face d?une immigration illégale, sinon en face d?un trafic d?êtres humains. Dans ce cas, oui, je trouve que le test ADN est justifié.

  • Rigueur SVP, le 18/09/2007 à 16h00

    Le 6 mai, on a demandé de la rigueur. Il faut à présent nous l'offrir, sans faiblesse.

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