Pisteur de sang humain, un métier de chien

Par , le 07 septembre 2007 à 10h59 , mis à jour le 10 septembre 2007 à 10h38

L'affaire de la petite Maddie a pu être relancée grâce à l'intervention de chiens spécialisés dans la détection de sang et de restes humains. La France possède huit de ces specimens. Enquête sur ces enquêteurs à poils longs.

Dresseur, chien, justice, arméePatrice Testard au Népal, lors de la disparition d'une ressortissante français en mars 2006 © Patrice Testard

La petite Maddie n'a peut-être pas été enlevée. Si l'enquête, qui piétinait depuis plusieurs mois, a pu être relancée (lire notre article), c'est grâce à l'intervention de deux chiens britanniques. Leur flair a permis de détecter des traces de sang sur l'un des murs et sur un rideau de la chambre où a disparu la fillette.

Peu de pays possèdent ce type de chiens, dressés à détecter des restes humains ou des traces de sang. La Gendarmerie française en a huit. Malinois, bergers allemands ou springer, tous appartiennent au Groupe national d'investigation cynophile (Gnic), situé à Gramat, dans le Lot. La création de cette unité spécialisée remonte à 2002. "C'est la découverte par des chiens belges des petites Julie et Mélissa dans l'affaire Dutroux qui nous a poussé à lancer notre propre unité", explique le gendarme Patrice Testard, l'un des fondateurs de l'unité.

Des chiens fanatiques de l'odeur de putréfaction 

Les critères de sélection pour ces chiens sont simples : être "très joueur", "sociable" et "très tenace" face à l'odeur qu'on va lui faire mémoriser. Leur entraînement dure de trois à quatre mois, mais ils ne sont déclarés "opérationnels" qu'au bout d'un an. "La technique consiste à leur fabriquer un jouet, en l'occurrence un tube en caoutchouc noir de 10 à 15 cm de diamètre, à l'intérieur duquel on met de la cadavérine, issue de la putréfaction de cadavre, détaille notre dresseur-instructeur. Ensuite, nous les fanatisons à ce jouet avec cette odeur. Progressivement nous le cachons, puis nous l'enterrons sous terre et nous lui apprenons à gratter tout doucement pour le retrouver, car sur le terrain il s'agira de vrais cadavres à préserver".

Quelle différence entre ces chiens et ceux que l'on voit auprès des pompiers au milieu des décombres lors de catastrophe ? "C'est simple, explique Patrice Testard, les premiers sont dressés pour retrouver des vivants, les nôtres détectent les morts. Par exemple, lors de l'effondrement du Terminal E à Roissy, poursuit-il, les chiens de décombres sont passés en premier pour repérer d'éventuels survivants. Notre travail à nous a été de repasser avec nos chiens pour qu'ils repèrent s'ils restaient d'éventuels cadavres sous les gravats avant d'envoyer les bulldozers". 
 
Une trentaine d'affaires par an

Depuis sa création, le Gnic traite une trentaine d'affaire par an, avec un taux d'élucidation de 11%.  Requis par les Officiers de police judiciaire ou les magistrats, Rusty, Tayson, Vicking, Niko, Bono, Trex et Tonyx interviennent dans deux types d'affaires : les homicides, pour rechercher un cadavre, mais aussi pour les disparitions inquiétantes. C'est comme cela qu'il y a deux ans, une mamie a pu être retrouvée. "Cette dame avait disparu depuis plusieurs semaines, les recherches ne donnaient rien, se souvient Patrice Testard. Les enquêteurs nous ont demandé l'intervention d'un de nos chiens. Ce dernier a aussitôt flairé l'odeur de décomposition de corps humain et de sang et retrouvé la mamie au fond d'un fossé, à 500 m du lieu de sa disparition".  Ces derniers mois, le Gnic a été saisi a plusieurs reprises pour retrouver des cadavres de nouveau-nés.
 
Comme dans l'affaire de la petite Maddie, le Gnic peut aussi être saisi pour aider à l'orientation d'une enquête. "Si on ne trouve pas forcément un cadavre, nous pouvons affirmer grâce au chien si un corps sans vie a séjourné à tel ou tel endroit et ainsi réorienter des enquêtes", commente le gendarme Testard. La plupart des interventions se déroulant dans des bois ou des forêts, les chiens sont formés pour faire la différence entre la putréfaction humaine et l'odeur des animaux morts. Le chien est ainsi capable de faire le tri que l'homme ne sait pas faire. Petit bémol, s'il s'agit de retrouver un corps enseveli, il faut attendre au moins trois semaines pour que la décomposition démarre... De même, aucune recherche n'est possible en période de gel, car dans ce cas le corps n'émet plus d'odeur. Charmant !

Par Alexandra Guillet le 07 septembre 2007 à 10:59
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

4 Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

  • Bidou, le 07/09/2007 à 16h48

    Les qualités instinctives des chiens ne sont pas assez reconnues. Nous aimons bien ces compagnons, sans forcément savoir tous les services qu'ils peuvent nous rendre. Il ne faut pas limiter leurs capacités à la recherche des truffes. Nombre de ces animaux, agréables, dévoués et sans danger, sont de bonne compagnie et serviteurs irremplaçables du maître !

  • Caro, le 07/09/2007 à 14h05

    Merci pour cet article, je ne savais pas que ce n'était pas les mêmes chiens qui détectaient des survivants ou des cadavres.

  • Benoit, le 07/09/2007 à 12h25

    Rien de nouveau dans le système de dressage c'est le même que pour la drogue, les explosifs ou les truffes on leur fait sentir cette odeur jusqu'à qu'ils apprenent a la pister. Surprenant que cette brigade n'est pas été crée avant et quelle ne possède que huit chiens.

  • Bidou, le 07/09/2007 à 12h17

    Il faut consulter les coureurs cyclistes et leurs gourous qui savent trouver sans problème les poches de sang humain dont ils ont besoin. Ils n'utilisent pas de chien, que je sache !

Lire tous les commentaires

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience