
Immigration : le dossier de la rédaction
Clandestins : les chiffres et la polémique
Le nombre de clandestins présents en France a baissé de 6% en 2007, affirme Brice Hortefeux. Mais son mode de calcul est contesté.
Publié le 18/01/2008
LCI.fr : Dans votre rapport annuel, rendu public jeudi, vous vous indignez notamment de la situation des enfants dans les centres de rétention administratifs (CRA), en parlant de "maltraitance institutionnelle".
Damien Nantes, responsable du service des étrangers reconduits, à la CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués), seule association civile intervenant au quotidien dans les centre de rétention : Ce qui attire notre attention, c'est d'abord que les situations se multiplient. Jusqu'en 2002-2003, la rétention des mineurs et de leurs parents était quelque chose de relativement peu fréquent. Il en passait de l'ordre de 50 par an. En 2006, près de 250 enfants sont passés en centre de rétention, parfois pour plus d'un mois. Or, personne aujourd'hui, ne mesure les conséquences qu'un tel enfermement dans de telles conditions peut avoir sur un enfant.
Nous ne sommes pas médecins ou pédopsychiatres, mais à l'évidence quand vous avez des enfants qui voient leurs parents arrêtés, menottés à six heures du matin, et qu'ils se retrouvent enfermés dans un centre, au bout d'un moment ils deviennent mutiques, ou au contraire très énervés tout le temps.
LCI.fr : comment sont régis les droits de ces enfants, souvent nés en France ?
D.N. : Il y a un total flou juridique. Le seul texte qui existe est un arrêté d'août 2005 qui prévoit que certains centres de rétention sont habilités à recevoir des familles. Mais en soit, un mineur n'est pas astreint à la possession d'un titre de séjour. Il ne peut donc pas être renvoyé. Ceux qui sont en centre de rétention administrative ne font donc pas, officiellement, l'objet de mesures de placement en CRA ou d'expulsion. Ils ne sont mêmes pas comptabilisés dans les effectifs des centres.
Plusieurs fois en 2006, il y a eu la volonté de parents, en voie d'expulsion et qui étaient menacés dans leurs pays, de laisser leurs enfants à des proches en situation régulière en France, mais les autorités administratives ont toujours refusé.
LCI.fr : Dans votre rapport vous dénoncez également "l'industrialisation de la rétention" et parlez même de "camps"...
D.M. : On constate depuis 2003-2004, à la fois une forte augmentation du nombre de lieu de rétention et de leur taille qui va jusqu'à 280 personnes. Si on ajoute à cela les objectifs chiffrés qui ont été donnés (ndlr : 15000 expulsions demandées en 2005, 25 000 en 2006) et l'allongement de la durée de détention de 12 à 32 jours, cela crée une véritable machine administrative à refouler à la frontière. Il y a de ce fait une sorte d'inattention aux situations humaines, d'absence de relations humaines dans les centres, avec forcément une angoisse, un désespoir, un stress, qui est très grand et qui se traduit par des tentatives de suicides, des automutilations, des grèves de la faim. Il y a une déshumanisation générale de ces lieux. C'est dans ce sens là que l'on parle d'industrialisation et de glissement peu à peu vers une logique de camp.
LCI.fr : Que demandez-vous au gouvernement ?
D.M. : On demande avant tout qu'il sorte de cette logique un peu absurde et aveugle de fixation de quotas chiffrés et qu'on en revienne à la mise en avant de principes de protection de la personne humaine et de prise en compte des situations humaines. Car, dès lors, que l'on est dans une logique d'objectif chiffré et d'obligation de résultat, cela pèse nécessairement sur les services préfectoraux, de police, etc... et cela génère une non prise en compte des personnes et des situations humaines.
| La rétention en chiffres en 2006 selon la Cimade |
Selon l'association, au moins 31232 personnes ont été retenues en 2006, contre 28 220 en 2003. Parmi elles, 97 familles et plus de 200 mineurs, d'une moyenne d'âge de 8 ans. Près de la moitié des enfants étaient nés en France. La durée moyenne de rétention est passée de 5 à 9 jours en trois ans. |
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