Rachida Dati, le 25 août 2007 © TF1/LCI |
| L'hommage des lycéens de Châteaubriand |
Faut-il la lire ou ne pas la lire ? La fronde contre la lecture imposée de la lettre de Guy Môquet s'organise. Jusque devant le lycée Carnot, à Paris, où avait étudié le jeune fusillé : des lycéens, étudiants, professeurs et militants de gauche y ont manifesté lundi matin pour dénoncer une "récupération politicienne" et le silence sur l'engagement communiste de Guy Môquet. De la station de métro la plus proche jusqu'au lycée où devait initialement se rendre le président Nicolas Sarkozy avant d'annuler sa visite, passants et élèves ne pouvaient manquer les ribambelles d'affichettes arborant le portrait du jeune résistant de 17 ans mort en 1941, et des slogans tels que "Résister se conjugue au présent", "Guy Môquet du côté de ceux qui souffrent, pas de ceux qui les écrasent".
A quelques kilomètres de là, à Villejuif, dans le Val-de-Marne, la Garde des Sceaux Rachida Dati était pour sa part bien présente à la lecture de la lettre de Guy Môquet dans un collège. Et elle a été chahutée par une cinquantaine de manifestants, habitants de la ville, membres du Réseau Education sans frontières (RSEF) et militants communistes. Munis d'une grande banderole portant l'inscription "vous n'êtes pas la bienvenue", à l'adresse de la ministre, accueillie par des sifflets, les manifestants ont attendu que celle-ci prenne la parole, à la fin de la cérémonie, pour crier "libérez Guy Môquet". Grosse colère de la Garde des Sceaux, qui a appelé les collégiens à "être responsables de (leur) destin", et a jugé que cette manifestation, "ce n'est respecter ni le travail (des collégiens), ni les valeurs que ces collégiens, ces enfants, incarnent et que la France incarne".
"Corporatisme" contre "instrumentalisation politique"
A Périgueux, en Dordogne, ville dont il est maire, Xavier Darcos a été fraîchement accueilli. A son arrivée, l'attendait une poignée de militants communistes distribuant un tiré-à-part du journal L'Humanité consacré à Guy Môquet. L'un d'entre eux donnait le ton en arborant une pancarte sur laquelle on pouvait lire : "Darcos-Sarkozy, vos valeurs ne sont pas celles de Guy Môquet". Interrogé par la presse, le ministre a dit ne pas comprendre cette "polémique". "En tant que ministre, j'ai fait ce qu'il fallait pour que ce document soit lu dans un contexte pédagogique", a-t-il déclaré .
Le conseiller du président de la République pour la culture et l'audiovisuel, Georges-Marc Benamou, s'est pour sa part dit "scandalisé" par la polémique qualifiée de "mauvais procès". Henri Guaino a lui fustigé dès vendredi le "corporatisme" de certains enseignants, et a récidivé lundi en estimant que les enseignants refusant de lire la lettre de Guy Môquet dans leurs classes n'étaient qu'une "toute petite minorité". Sur la même ligne, François Fillon, qui a présidé à Matignon à la lecture de la lettre de Guy Môquet, a qualifié la polémique de "dérisoire", ajoutant : "C'est dommage qu'il y ait quelques personnes qui ne comprennent pas ce moment de rassemblement. Mais j'ai l'impression que c'est assez marginal dans l'ensemble de l'Education nationale".
Analyse battue en brèche par le Snes-FSU, principal syndicat des enseignants du secondaire, qui a appelé à refuser de participer à la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les lycées, et estime que son analyse "est largement partagée par la profession", citant de "très nombreux témoignages (...) reçus de collègues ou d'établissements". Répondant aux critiques d'Henri Guaino, le Snes affirme que "le refus de participer à cette initiative présidentielle ne peut être considéré comme un manquement aux devoirs" et "réaffirme que l'école n'est pas le lieu d'une instrumentalisation politique de l'émotion".
Et vous ? Qu'en pensez-vous ? Pensez-vous que les professeurs doivent lire cette lettre le 22 octobre comme l'a demandé Nicolas Sarkozy ? Doivent-ils au contraire refuser de le faire ? Réagissez en cliquant ici.
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