Couverture du livre d'Axel May paru en octobre 2007 © DRDes fusillades ont éclaté à deux reprises la semaine dernière en Guyane dans des villages amérindiens situés en amont du bourg de Maripasoula. Des villages qui servent de point de passage obligé vers des sites d'orpaillage clandestins. Les coups de feu auraient été tirés par des orpailleurs brésiliens. Selon le commandant de la gendarmerie en Guyane, le colonel François Müller, interrogé par l'Afp, la "situation est vraiment préoccupante". Fin septembre, des coups de feu avaient été tirés en direction de ses hommes, sans faire de blessé. Le journaliste, Axel May, qui vient de publier "Guyane française, l'or de la honte" aux éditions Calmann-Lévy, nous éclaire sur la situation dans ce petit coin de France.
LCI.fr : Quelle est la nature du problème dans ce coin-ci de la France ?
Axel May : Vous avez un département immense, le plus grand de France, recouvert presque intégralement par la forêt amazonienne. Et dans cette Guyane, morceau de République coincé entre le Brésil et le Suriname, des milliers et des milliers de clandestins, majoritairement issus de régions défavorisées du Brésil, viennent récupérer de l'or.
LCI.fr : Pourquoi la situation est-elle en train de s'envenimer ?
A.M. : Si l'on prend la région de Maripasoula, à laquelle vous faites référence, la situation présente une autre particularité : cette commune guyanaise, enclavée, non accessible par la route, est un fief aluku, population descendant d'esclaves fugitifs de l'ancienne Guyane hollandaise, l'actuel Suriname. Et en amont de Maripasoula, vous trouvez des Amérindiens. Pour faire simple, vous avez donc des Aluku qui ont la réputation de soutenir l'orpaillage, des Amérindiens qui sont le plus souvent présentés comme des victimes et des Brésiliens qui « orpaillent » clandestinement. En clair, une situation explosive. Et ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'on assiste à des tensions dans la zone, bien au contraire !
LCI.fr : A travers les témoignages que vous avez recueilli, on se rend compte, au-delà des problèmes de sécurité, que cette soif de l'or entraîne des désastres sur la population et la nature ...
A.M. : Les clandestins détruisent la forêt pour obtenir leur précieux métal. Ils utilisent aussi du mercure pour récupérer par amalgamation l'or contenu dans le lit des rivières, lit qu'ils ont au préalable creusé. Ce mercure, lorsqu'il est dans la nature, contamine les cours d'eaux. Par un processus de transformation, il entre dans la chaîne alimentaire en contaminant les poissons et en bout de chaîne, on retrouve les Amérindiens.
LCI.fr : Pourquoi n'arrive-t-on pas à contrôler la zone ?
A.M. : L'Etat mène très régulièrement en Guyane des missions de destruction des sites clandestins. Elles prennent le nom d'un serpent redoutable : les opérations Anaconda. Mais les moyens des gendarmes, même en augmentation, manquent. Environ 800 gendarmes sont positionnés en Guyane. Ils doivent tenir un département de la taille d'un pays comme l'Autriche, bien moins peuplé certes, mais tellement plus difficile d'accès. Et l'orpaillage ne constitue qu'une de leurs missions !
LCI.fr : Peut-on dès lors parler de démission de l'Etat et des pouvoirs publics dans cette partie de la France ?
A.M. : Si un métropolitain se rend à Maripasoula, il aura bien du mal à se convaincre qu'il est toujours en France. La bourgade est sous-développée et les habitants vivent de bricoles. Les Verts de Guyane ont réagi aux incidents dans la région. Pour eux, « l'Etat a renoncé depuis longtemps à ses pouvoirs de police ». Peut-on pour autant parler d'une Guyane immense zone de non-droit ? Assurément pas. Par contre, sur les multiples chantiers d'orpaillage clandestins, où vous avez des filles, de l'alcool, des armes, etc., là, oui, on peut parler de zones où les lois de la République ne s'appliquent pas.
On a le sentiment d'une indifférence générale en métropole alors qu'il s'agit du pillage d'une richesse nationale....
Entre Cayenne et Paris, vous avez un océan. Tout est dit dans cette phrase. L'Hexagone ne s'intéresse que peu à la Guyane et à l'outre-mer en général. C'est loin. La Guyane, ce sont quelque 200 000 habitants. Et que pèse une si petite population, dont de nombreux étrangers, dans la balance électorale ? Rien. Que risque le gouvernement si la situation ne s'améliore pas ? Pas grand-chose.
Que faire pour sortir de cette situation ?
Peut-être faudrait-il, déjà, que Paris cesse de mettre ainsi à l'écart la Guyane. Elle ne se résume par au fameux centre spatial de Kourou ! La France doit réaliser que la Guyane est l'un de ses départements à part entière. Si cette prise de conscience se fait, alors la situation pourra sans doute commencer à évoluer dans le bon sens.
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