En Guyane, la soif de l'or fait des ravages

Par , le 26 octobre 2007 à 16h54 , mis à jour le 26 octobre 2007 à 17h46

Interview - La tension monte dans la forêt tropicale guyanaise entre Amérindiens et orpailleurs clandestins. Eclairage sur cette zone de non-droit qui suscite l'indifférence de la métropole.

or, orpailleur, guyane, mercure, amérindienCouverture du livre d'Axel May paru en octobre 2007 © DR

Des fusillades ont éclaté à deux reprises la semaine dernière en Guyane dans des villages amérindiens situés en amont du bourg de Maripasoula. Des villages qui servent de point de passage obligé vers des sites d'orpaillage clandestins. Les coups de feu auraient été tirés par des orpailleurs brésiliens. Selon le commandant de la gendarmerie en Guyane, le colonel François Müller, interrogé par l'Afp, la "situation est vraiment préoccupante". Fin septembre, des coups de feu avaient été tirés en direction de ses hommes, sans faire de blessé. Le journaliste, Axel May, qui vient de publier "Guyane française, l'or de la honte" aux éditions Calmann-Lévy, nous éclaire sur la situation dans ce petit coin de France.
 
LCI.fr : Quelle est la nature du problème dans ce coin-ci de la France ?
Axel May : Vous avez un département immense, le plus grand de France, recouvert presque intégralement par la forêt amazonienne. Et dans cette Guyane, morceau de République coincé entre le Brésil et le Suriname, des milliers et des milliers de clandestins, majoritairement issus de régions défavorisées du Brésil, viennent récupérer de l'or.
 
LCI.fr : Pourquoi la situation est-elle en train de s'envenimer ?
A.M. :
Si l'on prend la région de Maripasoula, à laquelle vous faites référence, la situation présente une autre particularité : cette commune guyanaise, enclavée, non accessible par la route, est un fief aluku, population descendant d'esclaves fugitifs de l'ancienne Guyane hollandaise, l'actuel Suriname. Et en amont de Maripasoula, vous trouvez des Amérindiens. Pour faire simple, vous avez donc des Aluku qui ont la réputation de soutenir l'orpaillage, des Amérindiens qui sont le plus souvent présentés comme des victimes et des Brésiliens qui « orpaillent » clandestinement. En clair, une situation explosive. Et ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'on assiste à des tensions dans la zone, bien au contraire !  
 
LCI.fr : A travers les témoignages que vous avez recueilli, on se rend compte, au-delà des problèmes de sécurité, que cette soif de l'or entraîne des désastres sur la population et la nature ...
A.M. : Les clandestins détruisent la forêt pour obtenir leur précieux métal. Ils utilisent aussi du mercure pour récupérer par amalgamation l'or contenu dans le lit des rivières, lit qu'ils ont au préalable creusé. Ce mercure, lorsqu'il est dans la nature, contamine les cours d'eaux. Par un processus de transformation, il entre dans la chaîne alimentaire en contaminant les poissons et en bout de chaîne, on retrouve les Amérindiens.
 
LCI.fr : Pourquoi n'arrive-t-on pas à contrôler la zone ?
A.M. : L'Etat mène très régulièrement en Guyane des missions de destruction des sites clandestins. Elles prennent le nom d'un serpent redoutable : les opérations Anaconda. Mais les moyens des gendarmes, même en augmentation, manquent. Environ 800 gendarmes sont positionnés en Guyane. Ils doivent tenir un département de la taille d'un pays comme l'Autriche, bien moins peuplé certes, mais tellement plus difficile d'accès. Et l'orpaillage ne constitue qu'une de leurs missions !
 
LCI.fr : Peut-on dès lors parler de démission de l'Etat et des pouvoirs publics dans cette partie de la France ?
A.M. : Si un métropolitain se rend à Maripasoula, il aura bien du mal à se convaincre qu'il est toujours en France. La bourgade est sous-développée et les habitants vivent de bricoles. Les Verts de Guyane ont réagi aux incidents dans la région. Pour eux, « l'Etat a renoncé depuis longtemps à ses pouvoirs de police ». Peut-on pour autant parler d'une Guyane immense zone de non-droit ? Assurément pas. Par contre, sur les multiples chantiers d'orpaillage clandestins, où vous avez des filles, de l'alcool, des armes, etc., là, oui, on peut parler de zones où les lois de la République ne s'appliquent pas.
 
On a le sentiment d'une indifférence générale en métropole alors qu'il s'agit du pillage d'une richesse nationale....
Entre Cayenne et Paris, vous avez un océan. Tout est dit dans cette phrase. L'Hexagone ne s'intéresse que peu à la Guyane et à l'outre-mer en général. C'est loin. La Guyane, ce sont quelque 200 000 habitants. Et que pèse une si petite population, dont de nombreux étrangers, dans la balance électorale ? Rien. Que risque le gouvernement si la situation ne s'améliore pas ? Pas grand-chose.
 
Que faire pour sortir de cette situation ?
Peut-être faudrait-il, déjà, que Paris cesse de mettre ainsi à l'écart la Guyane. Elle ne se résume par au fameux centre spatial de Kourou ! La France doit réaliser que la Guyane est l'un de ses départements à part entière. Si cette prise de conscience se fait, alors la situation pourra sans doute commencer à évoluer dans le bon sens.

Par Alexandra Guillet le 26 octobre 2007 à 16:54
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10 Commentaires

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  • Toireg, le 12/08/2009 à 03h20

    La guyane sert de contreparti de la françe au brésil, les gros contrats sont juteux ,cela vaux bien un petit sacrifice d'une région peu peuplé, pour ne pas s'atirer les foudres de sertain polititiens brésiliens peu scrupuleux. la lutte contre l'orpaillage clandestin est de la poudre au yeux.les clandestins seront là tant qu'il y aura de l'or.

  • Guy, le 27/10/2007 à 16h21

    Candide mérite bien son prénom vraiment, l'orpaillage clandestin ne se limite pas à une petite zone circonscrite mais tout le territoire et se prolonge bien au-delà des frontières. Tirer et tuer du clandestin comme l'écrit un posteur ne ferait que provoquer de graves problèmes avec le Brésil et de métropole vous n'imaginez pas les conséquences de telles actes. L'armée fait ce qu'elle peut mais ne comparez pas la Guyane à ce que vous connaissez en métropole. Les brésiliens clandestins sont nés dans ce milieu(n'ont-ils pas les meilleurs spécialistes du monde dans leur armée spécialisée en combat en jungle)et n'ont aucune peine à survivre dans ce milieu. Maintenant si les amérindiens n'avaient pas par leur péage à Cayodé ''légaliser'' à leurs yeux le trafic de ces clandestins l'Etat aurait pu garder son barrage sur la Tampokc. Guy, gérant de mine en Guyane

  • Nicolas, le 27/10/2007 à 12h40

    Utilisez l'armée !! mais la gendarmes sont des militaires et ils ont tous les moyens nécessaires pour rétablir la situation. Si bien entendu le gouvernement décide de les mettre en oeuvre. Mais associer la légion et la gendarmerie serait un bon moyen de rétablir la situation à condition de ne pas compter le nombre de morts du coté des orpailleurs

  • Nnnn, le 27/10/2007 à 11h42

    L'armée est envoyée dans ces zones, mon frère y fut envoyé deux fois. Le problème est que 1) quand bien même les sites sont connus, il est difficile de débusquer les truands dans la jungle 2) la procédure fait que les militaires n'ont que le droit de répérer les sites où sévissent les malfaiteurs puis de les signaler aux gendarmes qui doivent ensuite intervenir en les reconduisant à la fronitère... qu'ils refranchissent juste après... D'où lenteur et peu d'efficacité du procédé...

  • Cédric, le 27/10/2007 à 11h41

    L ' armée est déja mise à contribution ainsi que les légionnaires très fort dans le domaine dite de la verte!!Mais ils ne peuvent pas agir comme pourraient le faire des gendarmes...(destruction du site , des moteurs , etc ...)On se heurte à un problème de compétences.

  • Sireled, le 27/10/2007 à 10h04

    Que fait me TOBIRA on l entend plus pour la repentance il me semble qu elle est elue de GUYANNE la on ne l entend pas pourtant quand elle passe a la télé on entend qu elle .

  • Paristella, le 27/10/2007 à 09h36

    Si la Guyane est un territoire français alors le Grenelle de l'environnement (Grenelle mondial hi! hi! hi!) devrait prendre en compte et respecter ce territoire qui est souillé par le mercure, la déforestation... Agissons et commençons a balayer devant nos portes

  • Candide niort, le 27/10/2007 à 08h41

    Il faut préciser que si la guyanne est le plus grand département ;la zone d'orpaillage ne représente qu'une petite surface tout au long du maroni et Maripa Soula c'est 4000 habitants avec les clandestins .Ca peut se contrôler très facilement si on s'en donne les moyens et donner des droits aux amérindiens pour l'exploitation dans de bonnes conditions serait plus rentable pour tous .

  • Alain, le 27/10/2007 à 07h46

    Et pourquoi ne pas utiliser l'armée. Cela ferait un entrainement et ils ont plutot les moyens...

  • Martin, le 27/10/2007 à 07h23

    Nul besoin d'aller en Guyane pour trouver des zones de non-droit : il y en a tout autour de Paris, à 15 km de l'Elysée.

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