La lettre de Guy Môquet enflamme les salles de cours

Par Delphine SOULAS, le 21 octobre 2007 à 20h54 , mis à jour le 22 octobre 2007 à 08h59

A la demande de Nicolas Sarkozy, qui a renoncé à se rendre dans un lycée, la lettre du jeune résistant communiste doit être lue ce lundi dans les lycées.

guy moquetGuy Môquet, résistant de 17 ans, fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941 © DR

"Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, Je vais mourir !" Ainsi commence la lettre d'adieux écrite par Guy Môquet, ce jeune résistant communiste fusillé par l'occupant allemand le 22 octobre 1941. "Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c'est que ma mort serve à quelque chose", poursuit le garçon de 17 ans. Une lettre que le président Nicolas Sarkozy souhaite porter à la connaissance de tous les élèves. Le 16 mai dernier, jour de sa prise de fonction, il a donc demandé à ce qu'elle soit lue en début d'année à tous les lycéens de France. Selon une note du ministre de l'Education, Xavier Darcos (voir la vidéo), il s'agit d'honorer "le sens du devoir, le dévouement et le don de soi", les valeurs de "courage et d'engagement" de ces Français "passionnément attachés à la liberté au point de sacrifier leur propre vie".

Soixante-six ans jour pour jour après son exécution, la "commémoration du souvenir" du jeune résistant communiste est organisée ce lundi dans les lycées. "L'organisation sera très variable selon les établissements", a affirmé Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN-Unsa, syndicat majoritaire chez les proviseurs. Simple lecture au premier cours du lundi, éclairage du contexte, témoignages d'anciens résistants, intervention de personnalités extérieures, tout est possible.

Les parlementaires ont également reçu un courrier de Xavier Darcos les invitant à se joindre à cette initiative, tandis que plusieurs membres du gouvernement y prendront part, à l'image de Rachida Dati, à Villejuif dans le Val-de-Marne, ou de Valérie Pécresse à Versailles. Le Premier ministre François Fillon recevra quant à lui des lycéens à Matignon, où sera lue la lettre, mais contrairement à ce qui avait été annoncé initialement, Nicolas Sarkozy  ne se rendra pas dans un lycée, a annoncé son conseiller spécial Henri Guaino

"Une prescription présidentielle"

Depuis des semaines pourtant, les voix s'élevant contre la lecture de cette lettre sont de plus en plus nombreuses. Plusieurs syndicats d'enseignants appellent les professeurs à refuser cette "cérémonie", estimant que l'histoire est instrumentalisée au profit du politique. "Il n'est pas défendable de fonder l'enseignement sur le recours à l'émotion, ni d'obéir sans condition à une prescription présidentielle, venant perturber une progression pédagogique construite selon une logique précise s'inscrivant dans le respect des programmes", écrit le Snes, principal syndicat des enseignants, dans un communiqué. Le syndicat appelle donc les enseignants à ne pas lire la lettre le 22 octobre, tout comme SUD Education, selon qui "cette commémoration est un leurre" puisqu'elle "ne s'inscrit dans aucune progression pédagogique digne de ce nom".

Le PCF, qui avait d'abord salué l'initiative de Nicolas Sarkozy, a dénoncé la volonté du chef de l'Etat de "réviser l'histoire" en "taisant l'engagement communiste" de Guy Môquet (voir la vidéo). Le PS a pour sa part mis en garde contre une "instrumentalisation de l'histoire". Le président du Modem François Bayrou a lui affirmé dimanche soir ne pas être favorable à la lecture de la lettre, jugeant que "l'Etat ne doit pas se mêler de l'Histoire".

Vendredi, le conseiller spécial du président de la République, Henri Guaino, a critiqué le refus de certains enseignants de lire la lettre de Guy Môquet. "Je ne comprends pas. L'école, ce n'est pas un self-service", avait-il déclaré sur Canal+. Des propos insultants vis-à-vis des enseignants, a répondu l'eurodéputé PS Benoît Hamon. Lors d'une récente conférence de presse, le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, avait rappelé que cette lecture était "obligatoire" mais qu'aucune "sanction" n'était prévue contre les enseignants qui s'y refuseraient. "C'est un exercice pédagogique très important", a-t-il souligné. L'initiative est en tout cas sorti du cadre strict de l'école puisqu'un court métrage sur les derniers instants de Guy Môquet intitulé La lettre, sera également diffusé sur plusieurs chaînes ce lundi.

Et vous ? Qu'en pensez-vous ? Pensez-vous que les professeurs doivent lire cette lettre le 22 octobre comme l'a demandé Nicolas Sarkozy ? Doivent-ils au contraire refuser de le faire ? Réagissez en cliquant ici.

Par Delphine SOULAS le 21 octobre 2007 à 20:54
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5 Commentaires

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  • Laurent, le 21/10/2007 à 22h05

    Qui dirige la France, les profs ?

  • Jean, le 21/10/2007 à 21h51

    Guy Moquet n'était pas un résistant. Il s'agit non seulement d'un instrument politique mais également d'une déformation de la réalité.

  • Joel, le 21/10/2007 à 21h49

    Madame, Messieurs n'oubliez pas que vous etes des fonctionnaires

  • Morbyte, le 21/10/2007 à 21h41

    Encore une façon de se "moquer" de son peuple...

  • Cadichon, le 21/10/2007 à 21h23

    Guy Mocquet n'a jamais été un résistant. Il distribuait des tracts en faveur du pacte germano-soviétique au moment où il a été arrêté.

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