Rainbow Warrior : "J'ai honte d'avoir fait cette opération"

Par , le 18 octobre 2007 à 11h33 , mis à jour le 18 octobre 2007 à 12h38

Interview - 21 ans après, le Dr Maniguet, qui a participé à l'opération contre le bateau de Greenpeace, règle ses comptes, notamment avec les politiques qui l'ont "lâché".

Rainbow Warrior, Maniguet, GreenpeaceCouverture de l'ouvrage du Dr Maniguet

LCI.fr : Le 10 Juillet 1985, à minuit, dans le port d'Aukland, en Nouvelle-Zélande, les services secrets français envoient par le fond le Rainbow Warrior, vaisseau amiral de Greenpeace mobilisé contre les essais nucléaire à Mururoa. 21 ans après les faits, vous publiez "votre" version de l'histoire dans French Bomber - Enfin la vérité sur le Rainbow Warrior. Quel était votre rôle dans la mission "Satanic" ?

Xavier Maniguet : J'étais chargé d'acheminer à bord de l'Ouvéa, un voilier dont j'étais le loueur officiel, le matériel de plongée pour les nageurs de combat ainsi que les explosifs. Quand je suis parti, je ne savais pas pour quelle genre d'opération je devais amener ce matériel. Pas plus que les quatre coéquipiers qui m'accompagnaient. C'est toujours comme cela. Les époux Turenge formaient la deuxième équipe. Ils devaient transférer le matériel depuis l'Ouvéa jusqu'au lieu de l'attentat, puis aider les agents à quitter le territoire. La troisième équipe comprenait les nageurs de combat qui ont posé les mines.
 
LCI.fr : Le matériel livré, vous vous exfiltrez en Australie. Là, vous êtes arrêtés à cause des époux Turenge, accusez-vous dans votre livre.
X.M.: J'ai mis des années à le comprendre. Les époux Turenge ont cumulé les erreurs. Pendant l'opération, ils se sont fait repérer. Quand on est repéré, on s'évanouit dans la nature. Or, ils ont décidé de rendre leur voiture de location. Ils se sont fait arrêter par la police. Ils ont eu la chance d'être libérés faute de preuves suffisantes, mais ils ne sont pas partis, et cela à trois reprises avant d'être vraiment arrêtés ! C'est inimaginable.

"Les époux Turenge ont cumulé les erreurs"

Xavier Maniguet

Si j'étais attendu à Sydney par les services fédéraux néo-zélandais et australiens, c'est parce que dans les documents détenus par le couple il y avait le numéro de téléphone de l'hôtel où étaient descendus mes coéquipiers de l'Ouvéa. Or, l'Ouvéa, c'était moi. C'est quand même la base du métier que d'appeler d'une cabine téléphonique et non pas de son hôtel. Je n'ai fait aucune erreur. J'ai été cuisiné toute la nuit. Mais je n'ai rien lâché. Jusqu'à la sortie de ce livre ils n'ont d'ailleurs jamais rien pu trouver contre moi.
 
LCI.fr : Vous critiquez le manque de professionnalisme des Turenge. Mais on vous a fait la même critique à l'époque ?
X.M.: Ces gens là ne savaient pas de quoi ils parlaient. Ma couverture officielle, c'était justement d'être un jeune aventurier qui va faire de la voile en plein hiver en Tasmanie, qui aime l'argent et les filles. Dans cette logique, lors d'escales, il fallait avoir un comportement d'équipage en goguette, qui se relaxe après une tempête en mer. Il m'a été reproché d'avoir signé un livre d'or dans un hôtel, mais ça n'a jamais rien prouvé contre nous.
 
LCI.fr : Si l'opération "Satanic" s'est transformée en affaire Rainbow Warrior, c'est entre autre parce que l'opération était mal préparée, écrivez-vous. Pourquoi ?
X.M.: L'équipe était pléthorique. Quatre personnes auraient suffi au lieu de onze. Cette mission a été construite dans la précipitation et on en connaît le résultat.  

LCI.fr : Vous accusez également les politiques de vous avoir lâché.
X.M.: Certains politiques, pour des raisons bassement politiciennes, nous ont dénoncé. Ils m'ont livré à la presse pour faire diminuer la pression sur eux. J'ai été traqué pendant des années par les médias. C'était des politiques qui voyaient d'un très mauvais œil l'éventualité d'une cohabitation avec la droite et qui aurait été favorisée par Charles Hernu, à l'époque ministre de la Défense. Ils avaient là l'occasion inespérée d'attenter à la carrière de Charles Hernu et ils y sont arrivés. Quand je dis "ils", c'était les intérêts socialistes et notamment le ministère de l'Intérieur (ndlr : dirigé à l'époque par Pierre Joxe).

Les policiers néo-zélandais ont été surpris eux-mêmes des informations qu'ils recueillaient. Des numéros de la DGSE, par exemple, censés être secrets. Quand ce genre de fuite arrive une fois, vous vous dites que c'est un flic qui a voulu se faire mousser sur un coup. Mais quand cela dure des mois, que les identités des agents sont divulguées, ainsi que certains événements intérieur à l'opération, cela veut dire que la fuite est organisée. La DGSE n'allait pas se tirer une balle dans le pied. Cela venait donc de l'Intérieur.
 
LCI.fr : Pourquoi écrire ce livre plus de 20 ans après les faits ?
X.M.: Par solidarité, j'ai choisi de défendre mes collègues pendant 20 ans. Par devoir de réserve aussi. Puis j'ai vu des films à la télé faisant l'apologie de certains protagonistes de cette affaire alors qu'ils avaient fait des bêtises, comme les époux Turenge, et qui en montraient d'autres sous un jour qui n'était pas le leur. Ce fut le cas avec Charles Hernu. Pourtant ce n'était pas un traître.

"Les politiques nous ont lâché, notamment le ministère de l'Intérieur"

Xavier Maniguet

LCI.fr : Vous aviez déjà publié un livre en 1986, volontairement de désinformation. Pourquoi cette fois-ci votre version serait-elle vraie ?
X.M.: La remarque est juste. Mais tout ce qu'il y a dans ce dernier livre est vrai. J'omets juste certaines informations toujours sous secret militaire et pour lesquelles le devoir de réserve est inextinguible.
 
LCI.fr : Avez-vous été surpris d'apprendre, durant la campagne présidentielle, que le frère de Ségolène Royal avait participé à l'opération ?
X.M.: Je savais qu'il y était mêlé. Et il a d'ailleurs très bien rempli sa mission puisqu'il s'est exfiltré et qu'on n'a jamais entendu parler de lui. Il pilotait le Zodiac qui a conduit les nageurs de combat jusqu'au bateau de Greenpeace. On en a parlé parce qu'il a un de ses frères qui n'a pas ses qualités sérieuses de militaire. Cette information a été reprise pour nuire à la candidate. C'est sûr que 20 ans après, on a toujours un peu honte d'avoir participé à une action comme celle-là. En tout cas, c'est mon cas.
*Paru le 4 octobre 2007 aux Editions Michalon, 234 pages, 18 euros.

Par Alexandra Guillet le 18 octobre 2007 à 11:33
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6 Commentaires

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  • Carisa, le 18/10/2007 à 14h53

    Encore une operation sous les socialistes;je n'arrive pas à comprendre pourquoi ils nous font croire encore aujourd'hui que la gauche c'est tout rose et la droite tout noir;

  • Jean, le 18/10/2007 à 14h24

    "on a toujours un peu honte d'avoir participé à une action comme celle-là" : est-ce parce que l'opération était particulièrement mal ficelée, ou par regret d'éthique ? A la lecture de l'article, la réponse n'est pa évidente.

  • Laurent, le 18/10/2007 à 14h12

    Ben oui.. C'est ca le coup des 39h du temps du PS.. Envoyer 11 personnes pour faire le boulot de 4... et reussir a ne pas faire son travail correctement... Et dire qu'ils esperaient qu'avec les 35h, ca irait mieux

  • Candide niort, le 18/10/2007 à 14h02

    C'est pas bien de cracher dans la soupe et ramasser les dividendes au passage !

  • GJM, le 18/10/2007 à 13h48

    Eh! bien il lui en aura fallu du temps pour réfléchir et faire so mea culpa. Mais il est vrai qu'il vaut mieux le faire quand le gouvernement est de droite, n'est-ce pas? Je rappelle que ce fiasco s'est produit sous un gouvernement de gauche!

  • Roger, le 18/10/2007 à 12h59

    Allons encore un bon mouvement avouez le role de Mitterrand dans cette affaire

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