Militaires français préparant l'envoi de vivres dans l'Est du Tchad (17 juin 2007) © TF1/LCIL'armée française pouvait-elle ignorer l'opération que préparait l'Arche de Zoé au Tchad? Cette armée, dont certains gradés se targuent d'être au courant de tout ce qui se passe sur le moindre kilomètre carré de ce gigantesque territoire africain. Contacté mercredi par LCI.fr, l'état-major parisien fait une mise au point. "Il a été dit que l'armée française savait tout de ce qui se passait sur place : c'est faux, commence par rectifier le capitaine de vaisseau et responsable de la communication du Chef d'état-major des armées Christophe Prazuck. Avec 200 hommes présents à Abéché et vu l'étendue du territoire, ce n'est tout simplement pas possible".
Puis de revenir sur le rôle de l'armée française auprès des quelque 80 ONG basées dans cette ville. "Nos hommes sur place sont en contact quotidien avec ces organisations, explique Christophe Prazuck. Une de nos missions est de leur apporter un soutien logistique direct quand elles nous le demandent. C'est comme cela, par exemple, qu'en juin nous avons transporté 100 tonnes de nourritures pour le compte du PAM et 200 tonnes de matériels pour le comité tchadien d'aide aux réfugiés. Cette aide est donnée lorsque nous savons que les ONG travaillent de manière légale et identifiée au Tchad".
Soutien du Tchad et du HCR
Une des raisons pour lesquelles l'armée française n'aurait rien su des vraies intentions de l'Arche de Zoé est que cette association, une fois au Tchad, aurait agi sous un autre nom, celui de Children Rescue."A leur arrivée au Tchad en août 2007, les membres de cette association ont dit au gouvernement tchadien et aux autres ONG qu'ils allaient monter un Children Center à Abéché pour soigner les enfants et leur donner une éducation. Ils avaient reçu le feu vert des autorités tchadiennes, explique l'état-major. Pour les militaires français, l'association était donc en règle et elle avait en plus le soutien du HCR. Il n'y avait dès lors aucune raison pour ne pas leur donner un coup de main".
A la mi-août, l'armée effectuera un premier transport de personnels de l'association entre N'Djamena et Abéché. Une deuxième navette aura lieu un mois plus tard avec du matériel en plus. "Ce qui est sûr, précise le capitaine de vaisseau, c'est que sur place le lien n'a pas été fait entre l'Arche de Zoé et Children Rescue. Les militaires n'avaient donc pas à enquêter".
Les militaires de terrain de "bonne foi"
Les militaires Français présents sur le terrain auraient donc agi de "bonne foi". Le président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale Axel Poniatowski en est lui aussi convaincu : "Je pense qu'il y a eu un petit problème de dysfonctionnement entre le Quai d'Orsay et le ministère de la Défense", a-t-il déclaré lundi sur LCI. "Le Quai d'Orsay avait beaucoup bougé sur cette affaire", mais, "à mon avis, la Défense n'a pas relayé assez sur le terrain".
Mais qu'en est-il du Boeing qui est arrivé le 25 octobre à Abéché pour ramener les enfants ? Les militaires français en faction à l'aéroport pouvaient-il l'ignorer? "On ne savait pas qu'il arrivait, on ne connaît pas les plans de vol des avions", argumente l'état-major qui rappelle que cet aéroport est sous le contrôle de l'armée tchadienne.
Manque de curiosité, manque de communication
Les militaires français auraient-ils alors tout simplement manqué de curiosité ? C'est l'opinion qui courre dans certains couloirs de l'assemblée nationale. "Avec toutes les alertes qu'il y a eu durant l'été, on a du mal à imaginer que certains officiers à l'Etat-major ou au cabinet militaire (ndlr : à l'Elysée) n'aient pas fait le lien entre les deux associations et transmis les informations aux militaires sur place au Tchad", nous confie une source qui souhaite garder l'anonymat. S'il est possible que le ministère de la Défense n'ait pas eu en sa possession tous les éléments qu'avait le Quai d'Orsay, il n'en reste pas moins qu'il y a aussi eu en interne, au ministère de la Défense, une défaillance". Cette défaillance serait de ne pas avoir fait une analyse suffisamment circonstanciée des faits connus pour comprendre que quelque chose d'anormal se préparait.
Négligence dans l'analyse de la situation, manque de communication entre les administrations, incompétence de certains politiques... Il semble que la conjonction de tous ces éléments soit à l'origine de la zizanie dans la gestion de l'affaire de l'Arche de Zoé. Le Premier ministre François Fillon a demandé aux ministres directement concernés, à savoir Hervé Morin et Bernard Kouchner, de mener une enquête.
L'armée française est présente depuis plus de 20 ans au Tchad. 1100 soldats y sont actuellement déployés. D'ici un mois, une force européenne sera déployée sous mandat de l'ONU à l'Est du Tchad et au Nord Est de la RCA. Sa mission sera de soutenir l'action de l'ONU, notamment en protégeant les civils et les réfugiés, et en facilitant l'acheminement de l'aide humanitaire.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




