Les étudiants divisés sur la mobilisation

Par Propos recueillis par Delphine SOULAS, le 08 novembre 2007 à 18h49 , mis à jour le 08 novembre 2007 à 19h21

Alors que des milliers d'étudiants ont manifesté jeudi contre la loi Pécresse, les étudiants du campus de Tolbiac et de la Sorbonne à Paris sont divisés.

grève étudiants tolbiac parisLa direction n'autorisait l'accès qu'au personnel de l'université. Mais environ 80 étudiants attendaient jeudi midi devant la grille des fois que les choses changent. © LCI.fr/D. SOULAS

Au lendemain de l'évacuation par les forces de l'ordre de quelque 75 étudiants sur le campus de Tolbiac, à Paris, nous sommes allés à la rencontre des étudiants pour connaître leur position sur le mouvement qui est en train de voir le jour. Alors que la direction de l'université a décidé de fermer l'accès du site aux étudiants, nous les avons rencontrés. Nous avons également discuté avec les étudiants de la Sorbonne. Voici leur témoignage.

Georges, 22 ans, étudiant en master 1 d'histoire à la Sorbonne
"Un mouvement comme en 1995"
La loi Pécresse ne fait rien pour les étudiants. Elle autorise les universités à vendre leurs bâtiments à des entreprises privées. Or je refuse une université qui fait ANPE. L'université doit donner une formation complète, pas former des étudiants formatés pour les entreprises. Ce que je souhaite, c'est une abrogation pure et simple de la loi. Pour cela, il nous faut un mouvement solidaire avec les cheminots et les fonctionnaires pour faire céder le gouvernement. Car oui, je pense qu'on va vers un mouvement comme en 1995. Un mouvement qui resterait exclusivement étudiant me décevrait.
 
Myrian, 22 ans, étudiant en licence 3 de MASS à Tolbiac
Un blocage "imposé de manière unilatérale"
étudiant tolbiacJe ne suis pas content du blocage car il m'est imposé de manière unilatérale par des syndicalistes d'extrême gauche. Mais je ne suis pas non plus tout à fait d'accord avec la loi Pécresse. Cette loi préconise d'augmenter les frais de scolarité. Mais dans ce cas, autant aller étudier aux Etats-Unis. Quant au parrainage des universités par des entreprises privées, ce n'est pas une mauvaise chose, mais certains ont peur que ce ne soit qu'un premier pas. Pour autant, je suis contre le blocage. Je préfèrerais d'autres moyens d'action. Par exemple des sit-in devant le ministère de la recherche ou des grèves.
 
Nadir, 27 ans, professeur de mathématiques à Tolbiac
"J'aimerais d'autres moyens"
Je ne suis pas content. J'aimerais bien qu'on nous laisse travailler. Je comprends ce que les étudiants qui veulent bloquer l'université font mais j'aimerais d'autres moyens d'action. J'aurais aimé que la mobilisation vienne des professeurs ou de gens plus mûrs. Les étudiants ne sont pas toujours vraiment responsables. En tant que professeur, je serais prêt à faire grève contre cette loi sur l'autonomie des universités
 
Nadia, 21 ans, étudiant en licence 2 d'histoire de l'art à Tolbiac
"Un changement radical"
Je suis super remontée contre la fermeture de Tolbiac par la direction. Pour nous le blocage, c'est notre moyen de nous exprimer. En fermant la fac, la direction nous empêche de nous réunir et essaie ainsi de diviser le mouvement. Car ce qu'on espère c'est un changement radical. En se mettant avec les cheminots, les sans-papiers..., c'est comme ça qu'on arrivera à quelque chose.
 
Zenou, 25 ans, étudiant en master 1 de droit social à la Sorbonne
"Je suis atterré qu'on nous prenne en otage"
étudiant sorbonneMoi je suis contre le blocage. On a déjà souffert du CPE. La loi Pécresse n'est pas une privatisation des universités. Elle permet l'intervention d'entreprises privées afin qu'on ait plus de moyens. Je suis atterré qu'on nous prenne en otage comme ça. Si cela dure, je pense vraiment qu'on va créer un collectif contre le blocage.
 
Jessica, 21 ans, en licence 3 d'AES à la Sorbonne
"On a toujours fait céder le gouvernement"
Je trouve ça inadmissible que l'administration ferme l'accès aux étudiants. Je suis pour le blocage car c'est le seul moyen qu'on ait pour se faire entendre. Mais en faisant cela, la direction monte les étudiants les uns contre les autres. Ils essaient ainsi que le mouvement ne prenne pas d'ampleur. Ce que je demande, c'est l'abrogation de la loi. Cette loi est inadmissible car elle va créer des inégalités entre universités. Mais beaucoup de mes amis ne sont pas au courant de la loi, ni de ce qu'il se passe. D'autres sont mobilisés. L'administration pense qu'on va céder, mais je ne pense pas. On a toujours fait céder le gouvernement.

Par Propos recueillis par Delphine SOULAS le 08 novembre 2007 à 18:49
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9 Commentaires

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  • Olivier, le 09/11/2007 à 22h01

    C'est incroyable de voir le mépris de certains étudiants envers le monde du travail et les entreprises en particulier. Un soupçon de culture économique pourrait permettre de leur faire comprendre que la formation doit avoir un débouché pour permettre d'en vivre.

  • Pierre, le 09/11/2007 à 00h39

    Exactement comme lorsque j'étais étudiant à Tolbiac. Il y a ceux qui manifestent, qui bloquent, qui prennent en otage, essentiellement les étudiants en lettre, histoire etc.. qui sont des futurs chomeurs car il y a x milliers d'étudiants dans ces filières pour quelques centaines de postes disponibles Et il y a les autres, comme moi, économie ou MASS, voir droit aussi... Et aujourd'hui, j'ai un DESS finance de Paris 1 (dont dépend Tolbiac), je travaille dans la finance, et je gagne très correctement ma vie... Donc on PEUT faire des études universitaires et REUSSIR sa vie professionnelle... il faut simplement faire CE qu'on aime tout en CHOISISSANT une filière avec des DEBOUCHÉS !! Mais c'est si facile de bloquer !

  • Jean-Guillaume, le 09/11/2007 à 00h01

    Je trouve la réaction des étudiants complétement scandaleuse. Encore une fois les mouvements d'extrême gauche ont su se réapproprier cette action en confondant la politique avec les intérêts des étudiants. J'étudie en ce moment au Québec où ce mode de financement privé est déjà utilisé par les universités et le résultat est incomparable avec la Frane: infrastructures flambant neuves, accès aux technologies de pointe,... Alors certes, certaines universités auront plus d'attrait pour les capitaux privés mais cela permettra à l'Etat de dégager plus d'argent pour celles en difficulté.. Alors messieurs les syndicalistes, cessez de vouloir à tout prix renverser la tendance que les Français ont voulu en élisant Sarkozy: nous voulons du changement alors laissez pour une fois faire, à moins que vous préféreriez l'inactivisme des précédents gouvernements qui ont amené le système universitaire dans l'impasse qu'on connaît..

  • J-Yves, le 08/11/2007 à 23h01

    Y a combien de boites qui vont embaucher un master en histoire ? Voici un bon candidat pour devenir prof et faire greve toutes les 30 secondes. Autant faire come aux USA. Tu veux faire greve, c'est ton droit. Tu bloques, tu payes une forte amende et fait de la tole.

  • Plf, le 08/11/2007 à 22h41

    Ras le bol de ces étudiants qui sont complètement à côté de la plaque sur la vie active. Le top étant de dire que l'université ne doit pas former à la vie active. Ils oublient une chose, est que ceux qui leurs payent leurs études sont justement ceux qui bossent! A part se plaindre dans 5 ans d'avoir un diplôme qui ne vaut rien et de tout faire pour détruire le faible niveau de l'université dans ce pays, qu'est ce qu'ils savent faire d'autre! Si, ils pourront faire partie d'un syndicat archaïque comme la CGT ou SUD.. Après tout, ils ont déjà leur carte du partie à défaut de diplôme. Comme d'hab, je pense que je ne serais pas publié.

  • FROMENT, le 08/11/2007 à 21h17

    Faites grèves mais laisser la liberté democratique aux autres. Vous êtes des gauchistes. Le contribuable en a marre de vous payer vos études. Bossez svp. Un travailleur.

  • Liliane, le 08/11/2007 à 20h19

    Cà fera encore des diplomes sans aucune valeur à la fin de l'année ! pour certains ce n'est pas grave, ils ne sont pas là pour étudier mais pour mettre le bo...el !

  • Mathilde, le 08/11/2007 à 19h59

    C'est nul. Moi j'étais à la fac, et je pense sincèrement qu'il vaut mieux étudier et se mettre en valeur pour être au niveau des écoles (qui ne font pas grève :-) plutôt que se faire remarquer comme ça.

  • Jacques, le 08/11/2007 à 19h42

    Mais pour qui se prend-elle cette Jessica? Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme qui prévoyait l'autonomie des Universités. Les élections législatives ont confirmé le désir des français du changement dans les Universités. L'Assemblée nationale et le sénat ont voté la loi , le conseil constitutionnel l'a entérinée et une petite étudiante de 21 ans voudrait faire plier le gouvernement. J'espère que N. Sarkozy et F Fillon vont faire respecter la loi. Les dizaines de millions de Français de la majorité silencieuse pouraient un jour se facher. Rappelez vous Juin 1968 avec deux millions de Français sur les Champs Elysées

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