Lazare Ponticelli lors d'une cérémonie du 11 novembre © TF1/LCI![]() |
| Le portrait de Lazare Ponticelli |
Sa vie s'apparente à un roman. A bientôt 110 ans, Lazare Ponticelli, un des deux derniers "poilus" survivants, devait participer ce dimanche à la célébration de l'Armistice dans sa commune du Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, pour "porter le souvenir" de ses camarades morts au front. Ce Franco-Italien, à toujours tenu à participer à cette commémoration, qu'il considère comme un devoir : "Pendant la guerre, un camarade m'a dit 'Si je meurs, vous penserez à moi', et je n'ai jamais oublié".
Soucieux de témoigner, ce qu'il a fait en racontant la guerre de 1914-1918 dans les écoles, Lazare Ponticelli est fier de raconter son parcours. Celui d'un petit Italien parti tout seul de son village natal, près de Bettola (nord de l'Italie), à 9 ans et demi, pour fuir la misère et gagner le "paradis", la France. Il vit à avec sa mère et ses frères à Nogent-sur-Marne, où réside à l'époque une importante communauté italienne.
Chasseur alpin
Lazare Ponticelli n'a pas 17 ans quand il s'engage en 1914 dans les rangs du 1er Régiment de marche de Sidi-Bel-Abbès (Légion étrangère). Un mois de classes et le voilà au front, "à Soissons, en deuxième ligne", puis en Argonne. "A la première attaque, sur la cote 707/708, on a été décimé immédiatement car on n'avait pas de tranchées", se souvient-il. "Les Allemands en avaient, pas nous". C'est lui qui "fait le premier pansement" à son frère Céleste, blessé. Ceux qui n'étaient pas tombés ont été "ramassés et on nous a expédiés à Verdun".
C'est là, au fond des tranchées, au milieu "des rats qui se baladaient", qu'il sera rattrapé par l'Italie en 1915. "On me demandait au poste de commandement". Il y apprend que, comme tous les Italiens engagés dans l'armée française, il doit partir combattre sous le drapeau transalpin après l'entrée en guerre de l'Italie au côté de la France. C'est donc comme chasseur alpin, de l'autre côté de la frontière, qu'il poursuivra la guerre, se battant contre les Autrichiens.
"C'est complètement idiot la guerre"
De ce long conflit, dont il sort indemne excepté une blessure à la joue, il a retenu une chose: "Vous tirez sur des pères de famille, c'est complètement idiot la guerre". Démobilisé en 1916, il rentre en France en 1921 et lance avec deux de ses frères une entreprise de montage et d'entretien de cheminées d'usine, dont les activités vont s'étendre au montage-levage, particulièrement dans le secteur du raffinage du pétrole. La société Ponticelli Frères existe toujours et compte 2 000 salariés.
Ce dernier légionnaire de la Guerre 14-18, naturalisé en 1939, évoque avec fierté ses médailles, conservées dans une boîte à chaussures. Mais tout comme Louis de Cazenave, le second poilu encore vivant, il a refusé les funérailles nationales promises en 2005 par Jacques Chirac pour le dernier des 8,5 millions de poilus. "Si c'est moi le dernier, je dis non. Ce serait un affront pour les gens qui sont morts sans considération". Pour lui, le travail de mémoire s'est mis en place trop tardivement. "Ils auraient dû faire ça avant que les gens ne soient morts et ne puissent plus parler", regrette-t-il.
(D'après agence)
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