"Vico", le pédophile présumé recherché en Thaïlande par Interpol © TF1/LCILCI.fr : Qu'est-ce qui a poussé Interpol à lancer son premier appel à témoins mondial avec l'affaire "Vico" ?
Jean-Michel Louboutin, directeur exécutif des services de police d'Interpol : Nous avons eu recours à cet instrument très puissant parce que tous les procédés d'identification que nous avions utilisé dans cette affaire avaient été épuisés. Pour rappel, en 2004, les Allemands découvrent sur internet 200 photos faites par un pédophile, Vico. Ils arrivent à déflouter son visage. Toutes ces photos ont été intégrées dans la base de données d'Interpol et transmises dans le monde entier aux unités de police chargées de lutter contre la pédophilie. En 2005, les Allemands ont même publié une notice bleue Interpol pour essayer de voir si un pays pouvait avoir des renseignements pour permettre l'identification du pédophile. En 2007, nous en étions toujours au même point. Il fallait trouver une nouvelle voie. Nous avons pensé à l'appel au public car la pédophilie est un crime qui fait l'unanimité contre elle dans tous les pays du monde.
Résultat : l'appel à témoins pour retrouver "Vico" a eu lieu le 8 octobre, le 11 octobre la personne était formellement identifiée comme Christopher Niel, le 15 octobre il y avait un mandat d'arrêt international contre lui, et le 19 octobre il était interpellé et écroué en Thaïlande. En 10 jours, l'affaire a été bouclée ! Maintenant, le travail pour les pays concernés par les photos -le Canada, la Corée et le Vietnam- est d'identifier les victimes sur les 200 photos et d'accumuler des preuves nouvelles contre "Vico".
LCI.fr : Certaines personnes vous ont alerté des dangers liés à une chasse à l'homme avec l'aide du public : le risque de lynchage ou du suicide du pédophile traqué...
J-M.L. : En matière de décision, il y a toujours deux intérêts contradictoires. Il faut bien en choisir un. Bien sûr nous avons envisagé le suicide de Vico, voir son lynchage par la foule, mais nous avons aussi considéré, au final, que l'intérêt supérieur était la protection de nos enfants. Il y a beaucoup plus d'avantages que d'inconvénients dans une telle procédure. C'est la création d'un nouveau cycle que j'appelle "police-média-public-police". Les médias sont utilisés comme un vecteur. Les informations du public reviennent directement à la police. Et on fait appel à la communauté internationale pour qu'elle soit témoin de cela.
LCI.fr : Lors de son assemblée générale, Interpol a décidé mardi de pérenniser le recours à l'appel à témoins mondial. Quelles conditions ont été fixées pour sa mise en œuvre ?
J-M.L. : Elles sont au nombre de quatre. Il faut d'abord faire une évaluation de risque, comme toujours. Il faut ensuite avoir l'accord du pays qui est détenteur de l'information. Troisième condition, tous les moyens policiers doivent avoir été épuisés. Enfin, nous nous interdisons de publier des photos de victimes.
LCI.fr : La procédure sera-t-elle utilisée uniquement pour la recherche de pédophiles ou bien étendue à la recherche de tout type de criminel, notamment les terroristes ?
J-M.L. : Nous avons désormais un cadre général d'action, compatible avec la constitution et le règlement d'Interpol. Donc, si d'autres cas se présentent pour une autre forme de criminalité, nous avons désormais les outils à la fois pour évaluer la situation et prendre la bonne décision.
LCI.fr : -Envisagez-vous de ressortir des affaires non résolues pour leur donner une nouvelle chance d'être élucidées ?
J-M.L. : Plusieurs pays membres viennent effectivement de demander à ce que l'on se replonge dans les affaires non-élucidées pour voir s'il ne serait pas utile d'utiliser ce procédé pour identifier d'autres pédophiles. Il est trop tôt pour donner des exemples. Il faut d'abord se replonger dans toutes nos archives.
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