Manifestation de sans-papiers le 1er janvier 2008 au centre de rétention de Mesnil-Amelot © TF1-LCIUn calme précaire semblait revenu, mercredi après-midi, dans les deux centres de rétention administrative de Vincennes, près de Paris, et celui du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne où, depuis plusieurs jours des sans-papiers en attente d'expulsion protestent contre leur conditions de rétention. "A Vincennes, où les forces de l'ordre ont procédé jusqu'à 8 comptages au cours des nuits du week-end dernier dans les chambres, réveillant tout le monde au passage, les policiers ne sont passés qu'une seule fois la nuit dernière, ce qui a contribué à apaiser les esprits, explique à LCI.fr Richard Moyon, président du Réseau Education Sans Frontière (RESF). Au Mesnil-Amelot, certains des retenus "auraient recommencé à manger après plusieurs jours de grève de la faim".
Clandestins : les chiffres et la polémique
Le nombre de clandestins présents en France a baissé de 6% en 2007, affirme Brice Hortefeux. Mais son mode de calcul est contesté.
Publié le 18/01/2008
Mission d'enquête parlementaire
Pour autant, la mobilisation des associations d'aide aux personnes en situation irrégulière sur le territoire français ne devrait pas fléchir au cours des prochaines semaines. France Terre d'Asile a ainsi "souhaité" mercredi la mise en place d'une mission d'information parlementaire "urgente" pour "faire toute la lumière" sur les conditions de retenue de ces personnes. Pour cette association, "la tentative de massification de la politique d'éloignement des étrangers ignore de fait les situations individuelles, pour les réduire à un objectif chiffré qui relève du plus pur arbitraire". L'Etat s'était fixé un objectif de 27 000 expulsions en 2007. Malgré les pressions exercées par le ministère de l'Immigration sur les préfectures, le résultat officiel ne devrait pas dépasser 21 000.
Pour RESF, "l'expulsion de ces personnes s'apparente à un bannissement. Elle est décidée hors de toute décision de justice, par des préfets qui n'ont qu'une obsession en tête, celle de remplir des quotas. C'est monstrueux, tout comme est monstrueuse la notion même de centre de rétention", tempête Richard Moyon.
Une directive "monstrueuse"
Et parce que la question de la gestion des expulsés ne s'arrête pas aux frontières de l'Hexagone, son association appelle à une journée de mobilisation européenne le 19 janvier prochain dans toutes les villes où se trouve un CRA. "La coordination européenne est encore insuffisante mais elle existe", explique Richard Moyon, qui précise que "la protestation devrait se formaliser par la tenue de rassemblements devant les CRA de toutes les villes d'Europe concernées".
Cette mobilisation visera également à protester contre une directive qui doit être discutée au Parlement européen d'ici la fin du mois et qui prévoit de pouvoir porter la durée de rétention administrative à 18 mois. En France, la durée maximale de rétention est actuellement de 32 jours. "Si cette directive peut ressembler à une avancée dans certains pays comme la Belgique où la durée de rétention est illimitée, en France, elle constitue une monstruosité supplémentaire", tance Richard Moyon.
"Le projet de directive, s'il était adopté, constituerait une nouvelle régression, insiste de son côté la Cimade sur son site internet. "En prévoyant une rétention pouvant atteindre 18 mois pour des personnes dont le seul délit est de vouloir vivre en Europe, il porte en lui une logique inhumaine : la généralisation d'une politique d'enfermement des personnes étrangères qui pourrait ainsi devenir le mode normal de gestion des populations migrantes". "Les parlementaires européens ont aujourd'hui une responsabilité historique", poursuit le communiqué de l'association. Une pétition lancée sur son site avait déjà recueilli plus de 21.300 signatures mercredi.
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