Dilber Can © TF1/LCIDilber Can a 89 ans. Cette mamie turque, née à Aksaray, près d'Ankara, souffre d'ostéoporose et de crises d'asthme. Depuis huit ans elle vit chez son fils, Omer, établi depuis 25 ans à Woippy, en Moselle. A cet âge avancé, c'est auprès des siens qu'elle espère finir ses jours. Oui, mais voilà, Dilber n'a pas de papiers et elle a reçu un avis de reconduite à la frontière. "Comment peut-on envisager de mettre une femme de bientôt 90 ans dans un centre de rétention ? Comment peut-on envisager son expulsion ? On a jamais vu cela nulle part", s'indignait vendredi matin sur LCI.fr l'avocat de la famille, maître Franck Colette. "Voilà le résultat de la politique des quotas. On ne réfléchit plus. On ne regarde plus. Il y a une déshumanisation totale. Est-ce cela la politique de civilisation de Monsieur Sarkozy?", s'interrogeait-il.
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Depuis plusieurs semaines, Omer, le fils de Dilber, oscillait entre colère et abattement. Patron d'une boucherie à Woippy, ce père de quatre enfants, qui a la nationalité française, subvient sans problème aux besoins de toute la famille. "Ma mère est couchée, elle a besoin de moi et de ses petits-enfants au quotidien, elle ne touche aucune aide de l'Etat, elle veut juste mourir chez nous". Il reconnaît que sa mère est arrivée en France avec un passeport sans visa. Mais Mme Can aurait demandé sa régularisation, certificat médical d'un médecin assermenté à l'appui. Le Républicain Lorrain, qui révèle l'affaire, indique qu'un autre médecin, inspecteur de la Santé publique saisi par la préfecture a, au contraire, estimé que "l'intéressée pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine" et qu'"il n'a pas paru opportun de l'admettre au séjour en France à titre dérogatoire ou pour des motifs exceptionnels ou humanitaires".
Lettre ouverte au président de la République
Maître Colette prévoyait de déposer le 5 février un recours devant le tribunal administratif de Strasbourg. Outre l'âge et la maladie de Dilber Can, il devait invoquer l'article 8 de la Convention européenne des Droits de l'Homme sur le droit à la vie privée et familiale.
Il n'aura finalement pas à déposer ce recours. Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale Brice Hortefeux a en effet décidé de suspendre l'avis d'expulsion de madame Can. Une décision prise en raison de l'état de santé de cette femme, confirme la préfecture de Lorraine dans un communiqué envoyé à la presse.
Une lettre ouverte envoyée hier au président de la République et aux médias n'est certainement pas étrangère à ce soudain revirement. "Monsieur Can est un commerçant connu et respectable, expliquait ce matin à LCI.fr son auteur, René Leucart, conseiller régional et candidat divers gauche à la mairie de Woippy aux prochaines municipales. " Quand il m'a raconté son histoire il a fondu en larmes. Je me suis effondré comme lui. Depuis que je connais cette histoire, j'ai un sentiment de honte, qui me rappelle une période noire de notre histoire. Je le dis dans ma lettre au Président. Cette vieille grand-mère ne menace pas l'ordre public. La renvoyer dans son pays, c'est l"envoyer à la mort". Depuis ce début d'après-midi, c'est donc le soulagement à Woippy. Madame Can pourra finir sa vie en paix.
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