L'Assemblée adopte le projet sur la rétention de sûreté

Par A.Gu. (avec agence), le 06 février 2008 à 19h37 , mis à jour le 06 février 2008 à 19h53

Le texte, qui doit encore passer au Sénat puis au Conseil constituionnel, permet l'enfermement à vie de criminels dangereux et entérine le principe d'une rétroactivité de cette mesure.

Assemblée nationale hémicycle députésL'Assemblée nationale. Image d'archive. © TF1-LCI

Sans surprise, l'UMP a voté pour, toute la gauche a voté contre. Le texte sur la rétention de sûreté, adopté définitivement mercredi par les députés, répond à une promesse de Nicolas Sarkozy faite à la suite de plusieurs faits divers dramatiques, notamment l'affaire Enis, un enfant enlevé et violé en 2007 par Francis Evrard, pédophile récidiviste.
  
Dans sa version finale, le projet crée des "centres socio-médico-judiciaires", où pourront être enfermés, une fois purgée leur peine, les criminels jugés dangereux et susceptibles de récidiver. Décidée par une commission de trois magistrats, la rétention prévue pour durée initiale d'un an, sera renouvelable indéfiniment. Pour que la mesure ne soit pas "un simple enfermement à durée indéterminée"  les "personnes retenues" dans les centres "bénéficieront d'un suivi d'offres de soins individualisés", a fait valoir la Garde des Sceaux Rachida Dati. "Donnez-nous les moyens de commencer les soins dès l'incarcération", a  plaidé Michel Vaxès (PCF).

La rétroactivité maintenue
  
Alors que le texte initial limitait la mesure aux auteurs de crimes à caractère sexuel, sur mineurs de moins de 15 ans, la majorité UMP l'a étendu à tous les crimes (assassinat, actes de torture, enlèvements..) sur tous les mineurs ainsi que sur les majeurs avec circonstances aggravantes. "Cela concernait au départ une quinzaine de personnes et maintenant entre 50 et 100", s'est inquiété Serge Blisko (PS). Le texte prévoit en outre que la rétention de sûreté s'appliquera aux personnes déjà condamnées avant la promulgation de la loi.
  
Cette disposition, adoptée à la dernière minute en première lecture, à l'initiative de Mme Dati, rend possible dès cette année l'enfermenent de criminels dans ces centres, dont le premier doit ouvrir à Fresnes cet été, et non dans 15 ans puisque la rétention vise les criminels condamnés à 15 ans de  prison. Elle a soulevé un tollé dans le monde judiciaire et l'opposition. Elle l'a jugé contraire à la Constitution qui interdit la rétroactivité des lois pénales.  

"On n'a pas vu cela depuis Vichy
", a dénoncé Jean-Michel Clément (PS), selon qui  "nous ne pouvons pas accepter un modèle de société qui sacrifie nos libertés au  profit d'un objectif illusoire de risque zéro". "C'est un procès d'intention indigne de notre assemblée", a rétorqué Etienne  Blanc (UMP). Pour la ministre, la question de la rétroactivité ne se pose pas : "la  rétention est une mesure de sûreté, ce n'est pas une peine, elle est donc  immédiatement applicable", a-t-elle fait valoir. M. Blisko a jugé au contraire que cette disposition "est tout à fait contraire à notre Constitution". 

Encore le Sénat et le Conseil constitutionnel

Le texte doit être soumis jeudi matin au Sénat pour une adoption définitive avant d'être examiné par le Conseil constitutionnel devant lequel l'opposition a  annoncé un recours. Son président Jean-Louis Debré n'a pas caché son opinion sur la  rétroactivité en rappelant qu'"il y a des principes généraux sur la non  rétroactivité des lois sauf les lois pénales les plus douces". "C'est un indice" sur la décision des sages, a espéré M. Vaxès.

Par A.Gu. (avec agence) le 06 février 2008 à 19:37
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2 Commentaires

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  • Etudiante, le 06/02/2008 à 21h07

    Scandaleux ! En plus cela ne fait qu'une ligne dans les journaux car ce n'est pas vendable. De quel droit, au nom de la poursuite du risque zéro, qui n'existe pas, on demande à un comité médical (qui n'est donc pas judiciaire) de prolonger la détention de personnes qui ont purgé leur peine. Je suis engagée dans une association d'enseignement pour les détenus, et je rappelle que le taux de récidive pour les viols et les homicides est voisin de 0,5%. Certes, les victimes de récidive vivent un calvaire, mais ce taux est minime ! Peut-il vraiment être réduit ? Et à quel prix ? Il faut soigner les détenus malades dés leur condamnation. Après 15 ans dans le "bain" carcéral criminogène, il est trop tard ! Certes, les soins coutent cher, mais c'est l'unique moyen de rendre les peines efficaces, et sortir de la punition-talion.

  • LEROY, le 06/02/2008 à 20h40

    Bravo! Fin de la récréation et de l'angélisme des réveurs.

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