Neuf suicides en un mois dans la police

Par , le 08 février 2008 à 11h04 , mis à jour le 08 février 2008 à 11h31

Pression hiérarchique, problème personnel ? La plupart se sont donnés la mort avec leur arme de service. 57 psychologues tentent d'épauler les policiers au quotidien.

TF1-LCI © TF1-LCI

Mardi, à Dunkerque, un gardien de la paix était retrouvé mort par arme à feu dans sa voiture. Suicide. Le lendemain, à Lens, un policier succombait à ses blessures. Il avait tenté de mettre fin à ses jours le 21 janvier. Quelques jours plus tôt, à Aix-en-Provence, une jeune brigadière a tenté de se donner la mort en ingurgitant des médicaments sur son lieu de travail. Le 27 janvier, c'est une adjointe de sécurité de 23 ans qui a sauté du 10e étage, à Aubervilliers, son enfant de deux ans serré dans les bras. Mais il y a aussi eu Tours, Orléans, Paris... Depuis le premier janvier, neuf policiers se sont suicidés, contre cinq à la même époque l'an dernier. Au moins une dizaine d'autres auraient essayé. Agent administratifs, commandant, gardien de la paix ou brigadier... peu importe le grade ou la fonction. En 2007 et 2006, la police a déploré près d'un suicide par semaine.

Un métier émotionnellement très difficile
 
"Ces chiffres ne sont pas supérieurs à la moyenne nationale"
relativise l'Unsa-Police dans un communiqué. Mais ils choquent plus car l'utilisation d'une arme est toujours plus spectaculaire. Toutefois, le syndicat s'interroge "sur l'augmentation de la pression hiérarchique liée à l'instauration de quotas d'interpellations ou de contraventions". Bruno Beschizza, patron de Synergie officiers, deuxième syndicat d'officiers de police, est plus nuancé. "La faute à la hiérarchie? La faute à des problèmes personnels ? Tout est étroitement imbriqué quand on fait ce métier émotionnellement très difficile". "On ne se met pas une balle dans le crâne pour une augmentation de salaire, confirme un peu abruptement Brigitte Carré de Lasançay, commandant de police à Tours, où un policer s'est tué en janvier et deux autres ont fait une tentative. "Quand dans la même journée un gardien de la paix se fait insulter, va récupérer un cadavre, et entend un enfant violé, ce n'est pas neutre", poursuit-elle. Il faut être fort psychologiquement. Si le policier va bien, il n'y a pas de problème, mais sinon, c'est très difficile. Le problème majeur est qu'il a tout ce qu'il faut à porter de main pour passer à l'acte".

Jean-claude Delage, du syndicat Alliance Police, lui non plus ne croit pas que ces suicides soient liés au métier. "Qu'une réflexion de la hiérarchie soit la goutte d'eau qui fasse déborder le vase, ça c'est de l'ordre du possible". Ce qui est certain, en revanche, pour lui aussi, c'est qu'il faut être psychologiquement fort. "Il faudrait  mieux accès dans le recrutement sur les difficultés bien particulières de notre métier comme l'éloignement de la famille. Les aider à être forts, ce serait aussi leur donner un salaire et des conditions de vie acceptables. Un jeune policier gagne le SMIC à 200 euros près", rappelle-t-il.

Une structure interne pour soigner les bleus à l'âme
 
Tous les syndicats interrogés sont unanimes sur un point : des efforts indéniables sont faits au sein de l'institution pour casser le tabou sur la question du suicide et apporter de l'aide concrète aux fonctionnaires de police. "Le suicide est un acte excessivement grave", explique Eliane Theillaumas. Cette psychologue dirige le service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), créé en 1996, à la suite d'une vague de suicides dans les rangs de la police. Son service compte aujourd'hui 57 psychologues dispatchés en métropole et outre-mer. En 2007, ils ont reçu 28 500 appels (+10,5 % par rapport à 2006) et procédé à 15140 consultations (+16%). "L'augmentation de ces chiffres ne signifie pas forcément que les policiers vont plus mal, temporise la directrice du SSPO. Cela signifie aussi que notre service est de plus en plus connu".

Et ce qui inquiète Eliane Theillaumas aujourd'hui, ce n'est pas le nombre de suicides qu'il il y a eu ces dernières semaines, mais "l'excès de médiatisation qui est fait autour". "Ce n'est jamais bon, les fonctionnaires de police portent tous l'uniforme et il peut y avoir des effets miroirs, des identifications de situation très préjudiciables". En clair, d'autres policiers dans une situation fragile pourraient s'identifier à leurs collègues morts et passer à l'acte. 
 
Des jeunes mal préparés à la dureté du métier

Quant aux raisons qui poussent ces gens à passer à l'acte : "on a très peu de lettres laissées à titre posthume", explique Eliane Theillaumas et la plupart des personnes ayant mis fin à leurs jours en 2007 étaient inconnues du SSPO. Parmi les personnes qui consultent figurent de nombreuses jeunes recrues. "Les jeunes sont parfois confrontés à des situations qu'ils n'imaginaient pas en entrant dans ce corps. Certains ont peut-être aussi une tolérance moindre à l'autorité  hiérarchique et à la frustration". Depuis septembre 2004, une politique de prévention des suicides a été engagée. Dans tous les services de police sont ainsi régulièrement organisés des groupes de parole où la question du suicide est clairement abordée.

Une étude a, en effet, montré que la proximité d'une arme multipliait par 9 le risque suicidaire. En 2007, 60% des fonctionnaires de police qui se sont donnés la mort l'on fait avec leur arme de service. Et que se passe-t-il quand un policier évoque l'envie d'en finir lors d'un entretien ? "Nous ne rendons jamais compte de nos entretiens aux supérieurs hiérarchiques, explique Eliane Theillaumas. Mais si nous sentons un risque de passage à l'acte chez cet individu, nous l'informons alors que nous allons saisir un médecin de l'institution ou son chef de service afin qu'il soit désarmé".

Par Alexandra Guillet le 08 février 2008 à 11:04
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11 Commentaires

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  • Roldan, le 21/04/2009 à 17h48

    Ses fonctionnaires mettant fin a leur vie sont ils assez fort dans leur tete pour se retrouver a 25 ans dans des villes tres difficiles quand on voit certains reportages des filles de 50kgs tout mouillee ou alors bien grosses sont elles assez physiques et fortes mentalement pour pretendrent riposter a des jeunes de citees sportifs et entraines pareil pour les hommes de plus chose extraordinairement injiuste qui se souviendra d eux dans un an totalement oublie alors que le grand jacques toujours present au top et personne ni peut rien les legendes ne meurent jamais cest terrible mais cest comme ca

  • Magiera, le 08/02/2008 à 12h40

    Les policiers ont conscience que leur métier est dévalorisé,ils subissent des agressions verbales et physiques,sans aucun moyen de se défendre parce que aussitot,on crie à la bavure.Dès qu'un délinquant est blessé ou tué,on organise des manifestations ou on brule des voitures et des batiments publics.Pour peu que le moment soit propice,ils attentent à leur propre vie.Mais quand on lit certaines réactions sur le site,on se demande comment ces jeunes policiers peuvent se sentir encouragés dans une profession non sans risques et au service du pays et de ses habitants.

  • Francis, le 08/02/2008 à 12h34

    Aucune aide existe dans la police.en trente trois de carrière (j'ai changer de patronyme pour des raison de racisme.j'ai pris deux de congés sans soldes pour avoir la garde de mon fils de 1980-1982 et plusieurs courriers avec le ministre de l'intérieur de l'époque,ainsi que le président de la republique mitteran.actuellement en congé longue duré suite a un cancer . on m'a exclus du tableau d'avancement pour raison de santé.por obtenir le double de vos rapports d'expertises demandé par le service médical de la police aprés les avoir sollicité .vous passez à la case CA.D.A. puis 3 mois aprés vous recevez ce dossier. alors comment faite vous pour tenir face à toutes c'et gentillesses interne j'espère que cette foic çi je serais publié.merci par avance car tous ce qui est écrit je peus le prouver

  • Bruno, le 08/02/2008 à 12h20

    Et oui, la police c'a n'est plus une vocation mais un moyen de gagner de l'argent comme les autres ! Alors les jeunes se lancent la dedans et se rendent compte que c'est pas le pieds ! En outre, quand allons revenir sur le regimes special de ces focntionnaires qui peuvent partir a 58 ans ? On a cassé les cheminots mais on s'arrete la on s'attaque pas aux autres regimes... SCANDALEUX !

  • Alain, le 08/02/2008 à 12h16

    Et oui,la préssion est dans presque tous les métiers,harcélement ect,dans l'entreprise ou je travaille il y a eu trois suicides en un an de temps,j'ai failli etre le quatriéme,personne n'ose se rebeller,car dans ce cas le licenciement fait peur.Ou vas t on ?

  • Françoise, le 08/02/2008 à 12h06

    Je ne pense pas que le fait de porter une arme engendre une idée de suicide. ce sont des policiers honnêtes qui refusent d' entrer dans la magouille des ripoux, de ce fait ils sont ulcérés par un tel comportement, tout est affaire de groupe de nos jours et si le profil ne correspond pas, ils doivent subir des pressions

  • Eric, le 08/02/2008 à 11h48

    Encore une fois, on cherche des maux qui ne sont pas la véritable cause de ses départs trop rapides de collégue, mais la quand on sait que dehors on est l'ennemi public numéro 1 et qu'à l'interieur la hiérarchie ne nous aide pas plus voire meme nous enfonce, il manque juste un probleme de vie privée et tout s'accelere. Pour ce qui est de l'appui psychologique et des groupes de paroles, tout cela est de la foutaise, on est mal suivi si on a déjà de la chance de l'etre un peu... Encore une énorme pensée à tous nos collégues qui sont partis trop tot et à leutr famille.

  • Julien, le 08/02/2008 à 11h46

    Enfin on en parle du nombre élevés de suicides dans la police, peut être aussi on parlera par la suite du nombre élevés de policiers bléssés chaque jour, chaque semaine, chaque mois, la police française est la moins bien payé d'europe, le policier arrive quand il sort de l'ecole de police en région parisienne, une fois sur place celui ci se retrouve généralement éloigné de sa famille, ami etc..ensuite son salaire ne correspond pas au risque couru quotidiennement, les offres de logements sont donnés par la prefecture de police qui la plupart du temps sont des offres dans des immeubles de cités. La pression hierarchique est une chose, à cela s'ajoute les violences, les insultes, l'eloignement famillial, le salaire, comment vivre seul à 1500euros en region parisienne, et on en arrive à des suicides...la malaise des policiers est profond en france, il y a urgence, alors les hautes personnalités au lieu de dire tout le temps on négocie, il serait temps d'agir avant que cela n'explose....

  • Retraité police, le 08/02/2008 à 11h42

    S'avez-vous ce qu'est le métier de policier, c'est un homme seul, qui n'attend aucun remerciement de sa hiérarchie, et encore moins de la population qui le critique, il n'a aucun soutien si pas hazard il commet une faute comme le professeur donnant une giffe à un élève, pour lui s'est la porte.

  • Lallemand, le 08/02/2008 à 11h38

    Rien n'est dû au hasard.... L'absence de commandement , le carriérisme et la course aux statistiques font ressurgir un phénomène à mon sens bien plus grave que l'alcoolisme du temps de la vraie police...

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