Tarik, en grève de la faim pour sauver son bar à chicha

Par , le 15 février 2008 à 14h59 , mis à jour le 15 février 2008 à 17h33

Reportage - Depuis le 1er janvier, Tarik, gérant d'un salon à narguilés à Paris, fait de la résistance à la loi anti-tabac. Lundi soir, des policiers sont venus verbaliser ses clients.

Tarik Dar Diaffa chicha narguiléTarif, gérant du salon à narguilé Dar Diaffa, dans le XIe à Paris © LCI.fr/D.H.

Des tables marocaines en mosaïques, des appliques en métal ciselé, des murs rouges, des canapés en velours et... de la fumée blanche s'échappant des narguilés. Le bar à chicha de Tarik, vaste 90 m2 sis près de la place de la Nation, dans le XIe arrondissement de Paris, a ouvert il y a 18 mois, après de longues démarches administratives et 300.000 euros d'investissement. Sur la porte d'entrée, le désormais habituel autocollant : "interdit de fumer", avec la cigarette barrée.
 
Pourtant, à l'intérieur, deux jeunes filles, un couple et trois hommes d'affaire fument tranquillement des narguilés. Nous sommes le 14 février, soit un mois et demi après l'entrée en vigueur de la loi interdisant de fumer dans les bars, restaurants et discothèques. Et surtout trois jours après un contrôle de police. Lundi soir tard, "trois policiers sont venus pour un simple contrôle, puis, au bout de cinq minutes, ils sont revenus à 30. Ils ont verbalisé six clients pris en flagrant délit, la chicha à la main, parmi les 52 clients présents". Comme le veut la loi, chacun a écopé d'une amende de 68 euros et Tarik, passible de 135 euros, attend d'un jour à l'autre son PV, voire une convocation au commissariat ou au tribunal de police pour une éventuelle sanction. La police décidera peut-être aussi deTarik Dar Diaffa narguilé chicha le convoquer au commissariat pour une mise en garde. Il risque à terme une fermeture administrative pour refus d'obtempérer à la loi.
 
"La guerre des nerfs"
 
Si, au mois de janvier, les bars à chicha ont bénéficié d'une certaine tolérance, le sursis a pris fin lundi pour les 800 bars à chicha en France (dont 350 à Paris). Pour Tarik, ces "descentes", qui se multiplient "jusqu'à quatre fois par jours dans d'autres bars à chichas, surtout dans le Ve arrondissement", ne sont pas le fruit du hasard : c'est le résultat d'une "directive envoyée aux policiers pour qu'ils commencent à verbaliser les bars à chicha"... "au moment même où les buralistes de petites communes de province ont été reçus à l'Elysée". Il y a une semaine, Nicolas Sarkozy leur a promis des négociations sur d'éventuels aménagements à la loi (lire notre article).
 
Mais eux, "rien. Refus de dialoguer" et "silence total", selon Tarik, qui est aussi porte-parole de l'Union professionnelle du Narguilé (l'UNP). L'UNP "tente depuis des mois de négocier" avec le gouvernement pour obtenir une dérogation à la loi anti-tabac. "Nicolas Sarkozy n'a jamais répondu à nos lettres. Roselyne Bachelot (ministre de la Santé) non plus. Seul le ministère de l'Economie nous a reçus deux fois. Il nous a dit d'attendre une décision concernant les salons de narguilés et que d'ici là, il y aurait une tolérance. Mais, depuis lundi, c'est le harcèlement au quotidien, la guerre des nerfs".
 
"Valeur culturelle"
 
Voilà pourquoi Tarik (ainsi qu'une jeune serveuse d'un bar à chicha) a entamé, mercredi après-midi, une grève de la faim, suivant l'exemple du buraliste de Loire-Atlantique qui s'était mis en Dar Diaffa Tarik chicha narguilégrève de la faim mi-janvier, reçu avec les autres buralistes à l'Elysée la semaine dernière. Il espère ainsi "exister" aux yeux du gouvernement.
 
Ramzi, un client de son bar, n'y croit pas. "A mon avis, sa démarche n'aboutira pas. Ca ne sert à rien." Pourtant, Ramzi défend la "valeur culturelle" que représentent les bars à chicha, "tout comme les bars à vin ou les bars à bière. Que serait un bar à vin sans vin ?" Selon Tarik, 95% des fumeurs de narguilé ne fument pas la cigarette. Et ce n'est pas dehors qu'ils iront fumer. "Une cigarette dure 5 minutes, le narguilé ¾ d'heure, voire une heure trente". Mais, Ramzi est résigné, "la partie est perdue".
 
"Les clients ont peur d'être verbalisés"
 
Certains en effet ont déjà mis la clé sous la porte. "Ils ne gagnaient plus que 6 ou 10 euros par jour", raconte Tarik, et "ils  n'ont pas l'autorisation pour devenir une sandwicherie ou un restaurant". D'autres ont investi pour faire des salles fumeurs, des terrasses chauffées ou tentent de se convertir en ‘clubs privés', un "statut qui n'existe pas vraiment dans la loi" explique Tarik. D'autres encore font de la résistance : ils poursuivent leur activité comme avant, au risque d'être verbalisés. A l'instar de Tarik, qui affiche quand même une baisse de fréquentation de 50%. Car "les clients ont peur d'être verbalisés, surtout depuis lundi".
 
"On nous demande de changer d'activité, mais c'est comme si on demandait à un pharmacien de ne plus vendre de médicaments". Tarik a beau faire aussi de la restauration, la première vocation de son salon, c'est le narguilé. "C'est notre métier, et rien d'autre !"

Par Diane Heurtaut le 15 février 2008 à 14:59
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49 Commentaires

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  • Lu7, le 16/02/2008 à 16h04

    Si les bars a chicha ne peuvent plus allumer leurs chichas, quelque chose ne tourne plus rond... Dans ce cas, la loi antitabac ne peut s'appliquer que pour tout autre forme de tabac que la chicha. Les autres pays comme dans des etats des Etats-Unis, il est interdit de fumer mais les bars a chicha existent quand meme !! it make sense...

  • Stef, le 16/02/2008 à 13h53

    Ce monsieur a ouvert son bar alors que le Decret avait déjà été voté donc en connaissance de cause, moi qui ai ouvert mon bar il y a 5 ans, comment pourrais-je accepter que des derogations soit données a des personnes qui savaient qu'ils allaient être hors la loi rapidement, et continué à perdre 30% de chiffre d'affaire depuis 1 mois et demi.

  • Julie, le 16/02/2008 à 13h46

    Je pense que comme c'est un bar pour fumer aussi bien les employés que les clients viennent en connaissance de cause non? je pense qu'il faut faire plaisir à tout le monde et créer des lieux pour les fumeurs et d'autres non fumeur comme ça tout le monde est content. si le tabac est si mauvais ils n'ont qu'a ne plus en vendre mais ça rapporte tellement de fric que le gouvernement n'ira jamais jusque là. j'ajoute aussi... pensez au non fumeur cet été qui voudrons prendre un repas au soleil en terrasse. qui va les protéger de la fumée des fumeurs qui se jetterons tous sur les terrasses. les non fumeurs seront résigné cet été a manger à l'interieur des restos...

  • WURTZ, le 16/02/2008 à 12h17

    LETTRE OUVERTE A QUI VOUDRA BIEN LA LIRE EN SOUTIEN A MON CONFRERE TARIK Par la présente, je tiens à vous faire par de la gravité de la situation des établissements narguilé tant sur le plan économique que moral Les conséquences économiques déjà fâcheuses se dégradent un peu plus chaque jour. En effet, l?inquiétude de nos clients face à la crainte du procès-verbal a pour conséquence une baisse de la fréquentation de nos établissements. Les situations économiques de nos entreprises, il y a encore quelques semaines, en pleine croissances, se dégradent et vont connaître si rien n?est fait des conséquences dramatiques et irréversibles. Nous sommes des chefs d?entreprise et non pas des délinquants. Malheureusement, notre situation ressemble de plus en plus à celle d?un délinquant en fuite traqué par la police. Il est vrai que jusqu?à présent il n?y a pas eu de grandes « rafles » de verbalisations dans nos établissements, mais la pression est de plus en plus forte. A l'heure où Nicolas Sarkozy recevait les buralistes, des policiers écumaient les bars à narguilés de Paris pour leur dire, qu'il n'y aurait plus de tolérance. Mais dans quelle démocratie sommes-nous ? Connaissez-vous un seul métier où le chef d?entreprise angoisse chaque fois qu?une banale sirène d?un véhicule de police retenti à proximité de son établissement, chaque fois qu?un client seul non habitué de l?établissement franchi la porte, chaque fois que le facteur dépose le courrier, voila qui peut rappeler une période bien sombre de notre histoire. Il est temps que le bon sens collectif et politique l'emporte... Jean-Paul WURTZ Gérant du Narguilé Café LILLE

  • Thiebart, le 16/02/2008 à 10h15

    Suis en accord avec lui ! il veut simplement travailler je suis dans le meme cas Courage a Lui

  • Virginie, le 16/02/2008 à 07h18

    Moi je prend le réaction du gouvernement comme de la discrimination et negative celle ci les chichas sont tenues en général par des jeunes magrebins à qui on coupe encore l'herbe sous le pied...

  • Moussino, le 16/02/2008 à 06h59

    Reponse a Tof-Picardie si son bar ferme,les 300000 euros qu'il a investi dans dans son commerce,qui va lui rembourser "c'est toi espece de gros nul"

  • Marie, le 16/02/2008 à 06h42

    Y'a une loi en FRANCE....on doit s'y plier... Si la grève de la faim ouvre toutes les portes à présent en France...Notre Pays......les infirmiers vont avoir du travail...Les Pompes funèbres aussi!!

  • Roucoucou, le 16/02/2008 à 06h27

    S ils etaient sympas les clients et bien ils viendraient au café et ne pas essayer de faire couler le bar sous pretexte qu ils peuvent pas fumer et après on paye la securité sociale pour ses fumeurs qui empoisonnent notre environnement et se rendent malades aussi par des cancers du poumon exct...

  • Jack, le 16/02/2008 à 06h12

    Vous etes en train de dialoguer à couteaux tirés à propos de tarik: mais lisez bien l'article : il fait aussi de la restauration . donc 2 possibilités se proposent à lui 1°Aménager son commerce pour les fumeurs et travailler sans avoir de risque de se faire verbaliser 2°fermer ou changer d'activité. je ne suis pas fumeur ni adepte des cafés mais entrer dans un café pour acheter un ticket de la fdj dans un café non pollué par la fumée me fait plaisir

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