Aimé Césaire, le chantre de la négritude

Par Jérémy SUYKER, le 17 avril 2008 à 12h46 , mis à jour le 18 avril 2008 à 14h26

Chantre de la négritude, le poète martiniquais s'est éteint jeudi matin à 94 ans au CHU de Fort-de-France où il était hospitalisé depuis le 9 avril.

Aimé CésaireLa France lui a rendu un hommage national. L’écrivain et homme politique martiniquais, Aimé Césaire, a disparu le 17 avril à l’âge de 94 ans. Il a été dans les années 30, l’un des fondateurs du concept de la "négritude". © TF1-LCI

 

  • La Nation rend hommage à Césaire au Panthéon

    Un hommage national est rendu mercredi à Aimé Césaire et, à travers lui, aux cultures d'outre-mer. Nicolas Sarkozy assistera à la cérémonie ainsi que la famille du poète et un millier d'invités.

    Publié le 05/04/2011 La Nation rend hommage à Césaire au Panthéon
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> La négritude, le combat d'une vie
> Sarkozy salue "un homme universel"

Aimé Césaire s'est éteint jeudi matin à 94 ans au CHU de Fort-de-France, en Martinique, où il était hospitalisé depuis le 9 avril. Des obsèques nationales seront organisées dimanche à Fort-de-France, auxquelles Nicolas Sarkozy se rendra. Le secrétaire d'Etat à l'Outremer, Yves Jégo, est déjà parti sur place. En l'attente des obsèques, plusieurs jours de cérémonies seront organisés, dont notamment une journée de "veillée". En fin de discours sur les hôpitaux, à Neufchâteau, Nicolas Sarkozy a rendu hommage à "un homme universel", "éminemment respectable", "qui a fait honneur à la communauté internationale" (lire notre article avec toutes les réactions).

Au terme "nègre" qui appelle le rejet, véhicule l'image du Noir incapable, le poète substitue un honneur nouveau, la négritude, et souhaite rendre au peuple noir la fierté de ses racines africaines. Né le 26 juin 1913 en Basse-Pointe, en Martinique, Aimé Césaire fait partie d'une famille de sept enfants. Son père est enseignant et sa mère couturière. Sa terre natale est bordée par l'océan atlantique dont la "lèche hystérique" viendra plus tard rythmer ses poèmes. Elève brillant du lycée Schœlcher de Fort-de-France, il poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au lycée Louis-le-Grand, à Paris.

C'est sur les bancs de cette école de renom qu'il rencontre un autre étudiant noir venu lui aussi dans la métropole pour parfaire ses études, un certain Léopold Sédar Senghor. Il trouve chez le Sénégalais un protecteur mais surtout un complice. Aimé Césaire découvre progressivement une part refoulée de son identité, la composante africaine, étouffée par la colonisation en Martinique et Guyane. Ce qui l'intéresse, c'est l'identité nègre. A l'instar des auteurs noirs américains Langston Hughes et Richard Wright, Aimé Césaire rêve de développer une littérature nègre.

La race des opprimés

En septembre 1934, Césaire fonde, sa petite cellule africaine composée d'étudiants antillo-guyanais et africains, le journal L'étudiant noir. C'est dans les pages de cette revue qu'apparaîtra pour la première fois le terme de "négritude". Ce concept, forgé par Aimé Césaire, vise à rejeter l'assimilation culturelle voulue par l'Etat français et à promouvoir l'Afrique et sa culture. Le projet se veut plus culturel que politique : il ne s'agit pas de défendre une race, mais de prôner un humanisme. Césaire déclare : "Je suis de la race de ceux qu'on opprime". En 1941, il fonde avec sa femme Suzanne et des camarades (René Ménil, Aristide Maugé) la revue Tropiques et plus tard, Présence africaine.

En 1936, à sa sortie de l'Ecole normale supérieure, il rejoint un ami en Croatie. Ce pays qu'il découvre lui rappelle étrangement la Martinique. Il commence alors la rédaction du Cahier d'un retour au pays natal, qu'il achèvera en 1939. Cette œuvre phare trouvera ses admirateurs jusque chez les surréalistes et notamment André Breton. D'autres intellectuels français tels que Jean-Paul Sartre, ont également salué son travail. La poésie d'Aimé Césaire est exigeante et captive par l'originalité de ses images, sans jamais tomber dans le régionalisme. Parmi ses textes les plus connus figurent : Cahier d'un retour au pays natal, (1939) ; Les Armes miraculeuses (1946) ; Soleil cou coupé (1948) ; Ferrements(1960) ; ou encore Cadastre (1961). Mais Césaire, c'est aussi le théâtre : La Tragédie du roi Christophe (1963)  Une saison au Congo (1965) et Une Tempête (1969).
 
Parallèlement à ses activités artistiques, Aimé Césaire occupa des positions influentes dans la vie politique française. L'année 1958 marque un tournant dans son engagement politique. C'est à cette époque qu'il quitte le Parti communiste et fonde le Parti progressiste martiniquais (PPM), au sein duquel il va revendiquer l'autonomie de la Martinique. Il aura été pendant plus de cinquante ans maire honoraire de Fort-de-France et député de la Martinique. Plus qu'une occupation auxiliaire, la politique chez Aimé Césaire est complémentaire de son œuvre poétique. Pendant les conseils municipaux, il écrit en secret sur des petits bouts de papier. Le martiniquais le résume d'ailleurs très bien : « Ma poésie est née de mon action ».

Par Jérémy SUYKER le 17 avril 2008 à 12:46
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18 Commentaires

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  • Prosper DIOUF, le 16/04/2009 à 18h27

    Mr Césaire "vous étes mort pour nous" vous avez été la Bouche de ce ki sont sans Bouche vous vous étes battu pour la race noir. Vous avez donné de vous même pour notre gloire. MERCI MONSIEUR CESAIRE

  • Pascale, le 17/04/2008 à 17h08

    Adieu Mr CESAIRE. Avec vous, nous avons tant appris.

  • Vincent, le 17/04/2008 à 16h35

    L'outremer et la Francophonie dans son intégralité sont en deuil. Par contre simplement 2 avis du public sur le forum du public, pauvre de nous !

  • Fadimatou TIDJANI, le 17/04/2008 à 15h23

    Une grande lumière vient de s'éteindre , il a forgé le mot négritude ,il a jour après jour donner à l'homme noir sa fierté .

  • Nin, le 17/04/2008 à 15h22

    Un GRAND HOMME vient de nous quitter. De part son combat pour son peuple, il mérite respect et honneur. Merci pour tout, Monsieur. Très sincères condoléances à sa famille et à toute la Martinique.

  • AZUR, le 17/04/2008 à 15h17

    Bonjour Je suis très touchée par l'hommage qui est fait pour cet homme dont j'ai toujours été fière. Je me souviens étant encore jeunes,ma soeur et moi, ma mère nous emmenais avec elle assister aux meeting que donnait AIME CESAIRE, et à 8 ans jusqu'à l'adolescence nous ne nous sommes jamais plaintes et nous trouvions toujours un intérêt à écouter cet homme qui a beaucoup fait pour la MARTINIQUE devenue département FRANCAIS en 1948. Quand CESAIRE s'exprimait on avait l'impression d'exister, il nous insufflait une énergie qui disait: relevez la tête et avancer car vous en valez la peine. Montrez à la FRANCE qui vous êtes, et elle sera fière de vous comme vous l'êtes pour vous même. Cordialement.

  • Sylvie, le 17/04/2008 à 14h57

    Au bout du petit matin, tu es parti. Au bout du petit matin, je t'avais rencontré. Aujourd'hui, mon coeur saigne car tu n'es plus, car jamais tu ne sauras à quel point je remercie Dieu chaque jour, de t'avoir rencontré ce 14 janvier 2005. Mon coeur saigne aujourd'hui car tu es là-bas et moi ici. Mon coeur saigne car je suis ce que je suis aujourd'hui grâce à toi et à ton combat, grâce à ce jour où tu as dit non. Tout semble flou, tout semble terne et sombre aujourd'hui car ce jour restera comme le jour où tu es parti. Il ne me reste plus que ce sentiment amer de ne t'avoir pas dit à quel point je t'aimais et à quel point je t'admirais...mon âme soeur tant aimée, Aimé Césaire.

  • Pascal, le 17/04/2008 à 14h52

    Je presente mes condoleances a sa famille. Les poetes ne meurt pas.

  • Nicolas, le 17/04/2008 à 14h39

    Emu par cet homme de paix, d'amour, au combat universel. je souhaite son oeuvre se poursuivre

  • Lee-ann, le 17/04/2008 à 14h31

    Un grand homme s'est éteint suite à plus de 50 ans de lutte acharnée, à démontrer que la couleur de sa peau n'à jamais été yn obstacle à sa dignité humaine. Puissions nous nous souvenir à jamais de cet imminent penseur qui prouve bien que l'on peut tout au long d'une vie avoir de nobles convictions, et sans jamais les renier, avoir une vie fabuleuse. Salut grand homme, ton souvenir ne périra point................

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