Salima Sy a vécu l'enfer pendant près de 5 ans © Les éditions du ToucanEsclave ? Elle n'aime pas ce terme. Le mot la choque. Elle lui associe "colonie", "commerce", "traite des nègres". Non, elle lui préfère le qualificatif de "bonne à tout faire". Et d'emblée rajoute "une bonne à tout faire bien soumise", d'un sourire presque gêné. Bonne à tout faire, Salima Sy l'a été pendant près de cinq ans. Une bonne à tout faire dont les papiers avaient été confisqués, une bonne à tout faire travaillant tous les jours sans être payée, une bonne à tout faire séquestrée, loin de chez elle. En d'autres mots, elle a été une esclave des temps modernes en banlieue parisienne.
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Un couple franco-malien a été condamné mardi par la cour d'appel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour avoir, durant neuf ans, soumis à un esclavage domestique Rose, une jeune Malienne.
Publié le 29/06/2010
L'histoire de Salima Sy débute en 1996 à plus de 4.000 kilomètres de là, à Dakar, la capitale du Sénégal d'où elle est originaire. Elle a 17 ans. C'est une bonne élève, ses parents l'envoient étudier en France pour qu'elle y décroche son bac. Un ami de la famille propose de l'héberger. La France : "ce pays qui faire rêver le monde entier, celui où on peut trouver facilement du travali", se souvient Salima, aujourd'hui âgée de 29 ans. J'étais impressionnée, heureuse, excitée".
Du coup de main au quotidien
A son arrivée à l'aéroport de Roissy, la jeune fille déchante déjà un peu. Tout est gris, tout est froid. Mais dans sa tête, il y a cette phrase "N'oublie jamais la chance que tu as". Alors, pleine d'illusions et de confiance, Salima se ressaisit. C'est l'arrivée chez l'amie de ses parents. Elle s'appelle Aïda et très vite Salima tombe sous le charme de cette femme "belle, élégante, travailleuse, indépendante, intelligente". En échange de cet hébergement, la jeune fille devra s'occuper de ses deux enfants, de temps en temps.
Aller les chercher à l'école, préparer à manger, faire le ménage... Du coup de main au quotidien, Salima se retrouve prise dans un engrenage. Subrepticement, les choses se compliquent ; le piège se referme. Aïda lui prend son passeport. "C'est plus sûr", explique-t-elle d'un sourire à Salima pleine de confiance. Et puis, Aïda devient moins polie, plus irascible. Le lycée ? "Il n'y a pas de place pour le moment", "je te propose des cours par correspondance", etc. "Et moi, je lui trouvais des excuses", se rappelle Salima. Perdue dans un pays étranger, la jeune femme ne voit rien ou refuse de voir. Dans sa tête, il y a toujours cette phrase "N'oublie jamais la chance que tu as".
Les mois passent. Puis les années. La prise de conscience est lente. Salima culpabilise, craint de décevoir sa famille. D'ailleurs que dire, à qui ? Ici, en France, la jeune femme ne connaît personne. Elle n'a pas d'argent, plus de papiers et Aïda lui répète assez souvent que les clandestins ne sont pas aimés en France. C'est l'impasse près de cinq ans durant, jusqu'à une bonne rencontre. Enfin, on l'écoute, on la croit et Salima décide de se battre, de dire non et refuser cet état d'esclave moderne.
"Personne ne voulait me croire" de Salima Sy. Les éditions du Toucan. 16 euros.
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