Ne l'appelez pas esclave

Par , le 11 avril 2008 à 05h00 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 11h33

Témoignage - Salima Sy, jeune Sénégalaise a passé cinq ans enfermée dans un appartement, à s'occuper d'enfant, à tenir une maison, sans contrepartie.

Salima Sy esclavage moderne SénégalSalima Sy a vécu l'enfer pendant près de 5 ans © Les éditions du Toucan

Esclave ? Elle n'aime pas ce terme. Le mot la choque. Elle lui associe "colonie", "commerce", "traite des nègres". Non, elle lui préfère le qualificatif de "bonne à tout faire". Et d'emblée rajoute "une bonne à tout faire bien soumise", d'un sourire presque gêné. Bonne à tout faire, Salima Sy l'a été pendant près de cinq ans. Une bonne à tout faire dont les papiers avaient été confisqués, une bonne à tout faire travaillant tous les jours sans être payée, une bonne à tout faire séquestrée, loin de chez elle. En d'autres mots, elle a été une esclave des temps modernes en banlieue parisienne.

Plus d'infos

 
L'histoire de Salima Sy débute en 1996 à plus de 4.000 kilomètres de là, à Dakar, la capitale du Sénégal d'où elle est originaire. Elle a 17 ans. C'est une bonne élève, ses parents l'envoient étudier en France pour qu'elle y décroche son bac. Un ami de la famille propose de l'héberger. La France : "ce pays qui faire rêver le monde entier, celui où on peut trouver facilement du travali", se souvient Salima, aujourd'hui âgée de 29 ans. J'étais impressionnée, heureuse, excitée".
 
Du coup de main au quotidien
 
A son arrivée à l'aéroport de Roissy, la jeune fille déchante déjà un peu. Tout est gris, tout est froid. Mais dans sa tête, il y a cette phrase "N'oublie jamais la chance que tu as". Alors, pleine d'illusions et de confiance, Salima se ressaisit. C'est l'arrivée chez l'amie de ses parents. Elle s'appelle Aïda et très vite Salima tombe sous le charme de cette femme "belle, élégante, travailleuse, indépendante, intelligente". En échange de cet hébergement, la jeune fille devra s'occuper de ses deux enfants, de temps en temps.
 
Aller les chercher à l'école, préparer à manger, faire le ménage... Du coup de main au quotidien, Salima se retrouve prise dans un engrenage. Subrepticement, les choses se compliquent ; le piège se referme. Aïda lui prend son passeport. "C'est plus sûr", explique-t-elle d'un sourire à Salima pleine de confiance. Et puis, Aïda devient moins polie, plus irascible. Le lycée ? "Il n'y a pas de place pour le moment", "je te propose des cours par correspondance", etc. "Et moi, je lui trouvais des excuses", se rappelle Salima. Perdue dans un pays étranger, la jeune femme ne voit rien ou refuse de voir. Dans sa tête, il y a toujours cette phrase "N'oublie jamais la chance que tu as".
 
Les mois passent. Puis les années. La prise de conscience est lente. Salima culpabilise, craint de décevoir sa famille. D'ailleurs que dire, à qui ? Ici, en France, la jeune femme ne connaît personne. Elle n'a pas d'argent, plus de papiers et Aïda lui répète assez souvent que les clandestins ne sont pas aimés en France. C'est l'impasse près de cinq ans durant, jusqu'à une bonne rencontre. Enfin, on l'écoute, on la croit et Salima décide de se battre, de dire non et refuser cet état d'esclave moderne.
 
"Personne ne voulait me croire" de Salima Sy. Les éditions du Toucan. 16 euros.Salima Sy

Par Amélie Gautier le 11 avril 2008 à 05:00
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7 Commentaires

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  • Melchior, le 17/10/2009 à 16h41

    La bonne rencontre c'est une association ? Je me trompe ? Aller demander de l'aide au consulat de son pays ou même au commissariat , non , ça ne lui est pas venu à l'idée . Le bon plan c'est de faire pleurer dans les chaumières en en rajoutant s'il le faut . Ca marche et on risque moins d'avoir à retourner au pays . Désolé , vous nous en sortez une tous les jours , je sais bien qu'il faut que les assoc vivent , mais je ne suis pas prêt à gober n'importe quoi .

  • Fatouma, le 11/04/2008 à 11h08

    Envie de pleurer ...

  • Rani, le 11/04/2008 à 10h45

    Là non plus, les droits de l'homme ne sont pas respectés !je reconnais bien là les manoeuvres de certaines familles, leur "politique du donnant donnant " mais à ce point-là !pauvre fille !et qu'ont fait ses parents ????

  • Patrice, le 11/04/2008 à 10h23

    Si ce n'est pas une esclave qu'est elle ? Ces pratiques existent depuis toujours en Afrique y compris "la notre"...je vis au Nigeria depuis 16 ans et rien n'a change probablement depuis la nuit des temps ! Les enfants et adolescents se vendent comme esclaves...c'est archi connu !!!

  • Leeloo, le 11/04/2008 à 09h42

    Comment peut-on profiter d'une jeune femme qui a envie de réussir, d'étudier. C'est inadmissible ! Ces gens doivent être punis car ils ne respectent pas le droit humain.

  • Jasmin, le 11/04/2008 à 09h34

    A me chaoque de lire ca,vraiment!! au meme temps, ca me rappelle du temps que j'ai passé aussi chez la famille, où je fesais des efforts pour les aider au meme temps que j'etais etudiante, mais à la fin quand je suis partie et que j'ai trouvé une chambre, en aucun cas quelqu'un a mentionné que de ma part, je les ai aidé ou quoi que ce soit..... juste le meme refrain, on a tout fais pour que tu reussises tes etudes et tout.... Bref! c'est comme ca qu'on apprend. Maintenant, plus jamais la famille, plus on est loin d'eux mieux s'est, ils n'ont que des jalousies envers nous, ils ont peur qu'on reussise. Courage pour tous ceux qui sont dans ce cas.

  • Michel, le 11/04/2008 à 09h28

    Cela vous étonne, cherchez bien autour de vous surtout dans les grandes villes il y en a surement d'autres, surtout des petites filles.

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