"Il est encore temps d'apprendre à désobéir"

Par , le 06 mai 2008 à 17h00 , mis à jour le 07 mai 2008 à 01h55

Reportage - Lassés des manifestations inefficaces, des militants s'initient à l'action non violente pour mieux se faire entendre.

Désobéissants action non violenteCette formation à l'action directe non violente est organisée par les Désobéissants © A.Ga./LCI
Désobéissance action directe non violente
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Un hameau dans le Gard

  • Le convoi nucléaire à destination, les écologistes satisfaits du "record"

    Les camions chargés de déchets nucléaires ont été bloqués mardi par des milliers de militants écologistes, empêchant temporairement leur acheminement par la route vers le site de stockage allemand. Mais ils sont finalement arrivés à destination.

    Publié le 09/11/2010 Le convoi nucléaire à destination, les écologistes satisfaits du "record"
  • Le train nucléaire à son terminus, le périple continue

    Arrivé lundi à sa gare terminus en Allemagne après trois jours de trajet entravé par des militants antinucléaires, le convoi doit désormais être acheminé par la route jusqu'à sa destination finale : le site de stockage de Gorleben.

    Publié le 08/11/2010 Le train nucléaire à son terminus, le périple continue
  • Le convoi nucléaire atteint son terminus

    Un train de déchets radioactifs a atteint sa gare terminus en Allemagne après trois jours de trajet entravé par des militants antinucléaires.

    Publié le 08/11/2010 Le convoi nucléaire atteint son terminus
  • Convoi nucléaire : les militants évacués

    Toute la nuit de dimanche à lundi, la police allemande a dû déloger un à un les opposants au convoi de déchets radioactifs qui faisaient barrage. Le train devrait repartir dans la matinée.

    Publié le 08/11/2010 Convoi nucléaire : les militants évacués
  • Convoi nucléaire: la guerre des nerfs

    Le convoi a entamé dans la soirée la dernière partie du trajet par voie ferrée. Il était toutefois bloqué à Dumstorf, à une trentaine de kilomètres de Dannenberg, sa gare terminus, en raison des militants. le périple ne devrait pas se conclure avant lundi matin.

    Publié le 07/11/2010 Convoi nucléaire: la guerre des nerfs
  • Violents heurts en Allemagne en marge du convoi nucléaire

    De nouveaux heurts ont eu lieu dimanche après-midi entre des policiers et des manifestants antinucléaires venus s'opposer au passage d'un train de déchets radioactifs à Harlingen, dans le nord de l'Allemagne, faisant des blessés.

    Publié le 07/11/2010 Violents heurts en Allemagne en marge du convoi nucléaire
  • Le "convoi de la discorde" approche, la tension monte

    Policiers et militants antinucléaires se sont heurtés violemment dimanche dans le nord de l'Allemagne à l'approche d'un train de déchets radioactifs venu de France.

    Publié le 07/11/2010 Le "convoi de la discorde" approche, la tension monte
  • Le "convoi de la discorde" poursuit sa route

    Des militants antinucléaires poursuivaient dimanche les opérations visant à retarder un train de déchets radioactifs qui doit atteindre dans la journée Dannenberg, au nord de l'Allemagne.

    Publié le 07/11/2010 Le "convoi de la discorde" poursuit sa route
  • Convoi nucléaire : des dizaines de milliers de manifestants mobilisés

    Les antinucléaires allemands ont manifesté samedi dans le nord de l'Allemagne où est attendu un train de déchets radioactifs venu de France. La progression du convoi, déjà bloqué en France, est ralentie par les militants.

    Publié le 06/11/2010 Convoi nucléaire : des dizaines de milliers de manifestants mobilisés
  • Le train de déchets nucléaires de nouveau arrêté

    Le train de déchets radioactifs parti vendredi de Normandie à destination de l'Allemagne s'est de nouveau arrêté pour une très longue pause technique aussitôt après avoir franchi la frontière, stationnant longuement en gare de Kehl.

    Publié le 06/11/2010 Le train de déchets nucléaires de nouveau arrêté
  • Le train de déchets nucléaires est entré en Allemagne

    Le train de déchets radioactifs parti vendredi de Normandie a passé la frontière samedi en début d'après-midi en franchissant le pont de Kehl qui enjambe le Rhin, empruntant ainsi un itinéraire bis pour éviter les manifestants.

    Publié le 06/11/2010 Le train de déchets nucléaires est entré en Allemagne
  • Changement d'itinéraire pour "le convoi de la discorde"

    Parti vendredi de Normandie pour l'Allemagne, le train de déchets très radioactifs retraités par Areva à La Hague a changé d'itinéraire au cours de la nuit. Le Réseau "Sortir du nucléaire" avait prévu des manifestations sur le trajet initial.

    Publié le 06/11/2010 Changement d'itinéraire pour "le convoi de la discorde"
Plus d'infos

Mains sur les hanches, tablier noué autour de la taille, les deux grands-mères sur le bas côté ne savent trop quoi penser de ce soudain brouhaha qui vient troubler la quiétude de leur hameau, près d'Alès, aux pieds des Cévennes. Sous leurs yeux médusés, une dizaine de personnes accrochées les unes aux autres bloquent la petite route d'ordinaire si calme. "Non à la démolition, non aux expulsions", scande le barrage humain. "Vous avez intérêt à me laisser passer", éructe un ouvrier. "Voilà les CRS", hurle un autre homme. Que les mamies se rassurent. Point de manifestation dans leur patelin, seulement un exercice grandeur nature dans le cadre d'un stage de désobéissance civile.



Se perfectionner à la contestation
Cette formation à l'action directe non violente est organisée par les Désobéissants, un collectif qui rassemble des militants de toutes les causes progressistes ou altermondialistes. Depuis fin 2006, pour 40 euros, il organise chaque mois un stage pour les perfectionner à la contestation. "Pendant deux jours, on va les convaincre de passer à des moyens d'action, qui pour être strictement non violents, n'en sont pas moins plus radicaux, plus efficaces", explique Xavier Renou, l'un des organisateurs et ancien de Greenpeace.



Fatigués du "gueulophone"
Les participants : une quarantaine de personnes, de 18 à 70 ans, habillées "à la cool", vêtements no logo, ils se disent militants ou simples citoyens. Leur point commun : lutter pour que le monde soit plus juste socialement, plus vivable d'un point de vue environnemental. Ils sont ainsi révoltés par l'expulsion des enfants sans papiers, les OGM, le nucléaire, la mondialisation, les voitures qui polluent, la pub à outrance... Des marginaux ? Pas vraiment non. Ils sont enseignants, retraités, fonctionnaires, graphistes, chômeurs... Et, ils sont venus ici trouver les moyens de se faire entendre : lassés de distribuer des tracts "qui finissent directement à la poubelle", fatigués du "gueulophone", qui ne chamboule plus que leurs oreilles, frustrés de "voir que rien ne bouge". Il y a Virginie, une jolie brunette révoltée par tellement de choses mais qui ne sait plus comment agir ; Pierre, badge RESF épinglé à la veste en jean, persuadé "qu'à 70 ans, il est encore temps d'apprendre à désobéir" ou encore Bernard, mobilisé contre les OGM venu découvrir d'autres techniques que le fauchage de champs.



L'action non violente de A à Z
L'action non violente ne peut pas s'improviser. Tout au long du stage étalé sur deux jours, ateliers théoriques et exercices pratiques déclinent tous les aspects de l'action : sa conception, son application, ses couacs à envisager, ses possibles gardes à vue, ses éventuelles suites juridiques. Une action, même si les activistes l'estiment légitime, n'est pas forcément légale...

"Les larmes du mec montrent qu'il est touché"
"Sentir" l'action proposée, c'est primordial pour tout militant. La juge-t-il violente ? Y participerait-il ? S'il y a consensus sur les violences physiques, le débat est autre quand on aborde la dimension psychologique. Un exercice permet à chacun de livrer son sentiment. Par exemple : "empêcher la construction d'un complexe hôtelier en allant saboter le tractopelle avec du sucre dans le réservoir", "faucher un champ d'OGM face à l'agriculteur qui vous supplie de ne pas le faire"... David estime ainsi que couper des pieds de maïs génétiquement modifiés face à un cultivateur en pleurs n'est pas violent "à partir du moment où ça n'atteint pas les gens physiquement" ; un autre juge également que c'est non violent "puisque de toute façon l'agriculteur sera indemnisé par les assurances". Cécile, elle, trouve ça agressif : "Les larmes du mec montrent qu'il est touché et qu'il y a sans doute moyen de dialoguer avec lui".

"On n'est pas des machines, il faut laisser passer ses émotions"
La parole est encouragée. Expériences d'activistes, doutes de citoyens... Outre les ateliers, les pauses café ou les repas - bios et végétariens - sont aussi l'occasion pour chacun de raconter ses activités de militants, les confrontations tendues, ses idées d'action. Dans l'action non violente, le "on" est banni", le "je" est roi. Les interventions sont rythmées par une gestuelle appropriée inspirée de la langue des sourds et muets. Et tout "désobéissant" qu'il soit, chacun doit lever le doigt pour prendre la parole. Finalité de cette écoute : arriver au consensus, crucial le jour J notamment afin de ne pas mettre en danger le reste du groupe et l'action menée en se rétractant au dernier moment. "On n'est pas des machines, il faut laisser passer ses émotions", répète Jean-Charles.

"J'ai dû me retenir pour ne pas le défoncer"
Les émotions peuvent être vives lors d'un face-à-face, avec les forces de l'ordre par exemple. Jouer une confrontation, rien de tel pour s'en rendre compte et apprendre ensuite à désamorcer la crise. A tour de rôle, les stagiaires endossent le rôle du CRS chargé d'embarquer ou de "gérer" des manifestants bourrés d'arguments. Ou comment apprendre à rester calme face à des situations tendues. Pas toujours évident. "J'étais dans la peau du CRS et j'ai pris conscience de ma propre violence. Je savais que j'étais légitime et j'ai dû me retenir pour ne pas défoncer le militant en face de moi!", raconte Sylvie, quinquagénaire au regard doux, sous les rires des autres stagiaires. "Qu'aurait-il fallu pour empêcher sa violence ?", questionne Xavier Renou. "Des casques!", lance quelqu'un.



Du bon usage de l'antivol de moto...
L'atelier Sit-Ins file mille et une astuces pour agacer le plus longtemps possible les forces de l'ordre lors des rassemblements. La méthode traditionnelle, c'est le blocage corporel. Il y a la technique du "poids mort", qui consiste à se laisser traîner pour mobiliser le plus de policiers possible ; celle de la "tortue", faite d'un enchevêtrement de bras, de jambes de militants, assis par terre. Et le 'must',  la "couverture" de peinture fraîche. De quoi refroidir le policier qui sera chargé de laver son uniforme. Il y a aussi les accessoires : de l'antivol de moto aux menottes, idéal pour s'accrocher aux grilles d'une centrale nucléaire ou d'une préfecture. Les CRS n'ont pas toujours une cisaille, voire une meule de chirurgien dans leur arsenal. Aucun détail n'est oublié : il est ainsi recommandé de prévoir une position confortable et une couche pour les envies pressantes. "Plus la police met du temps à vous déloger, plus les journalistes ont le temps de faire leur travail", répète à l'envi Xavier Renou tandis que les apprentis activistes testent tout l'attirail. C'est bon ça, ça fait de l'image !"

 


...et du journaliste
L'image. Une action réussie doit être celle dont on parle dans les médias. D'ailleurs, il y a même un atelier pour apprendre à les gérer. L'auditoire est plutôt méfiant. "Ils ne sont pas forcément nos pires ennemis", les rassure le formateur. Et l'on apprend que "les journalistes sont des gens normaux et plutôt à gauche". "Beaucoup d'ailleurs sont archi précaires et cela les rapproche davantage de nous que les gros groupes industriels qui les dirigent", précise Xavier Renou. Et d'évoquer leurs contraintes, pas synonymes de complot mondial. "Parlez peu mais parlez bien, insiste le formateur. Bien évidemment, vous pouvez choisir de ne pas leur parler mais sachez que votre adversaire, lui, le fera..."

Ce n'est qu'un au revoir
Quand le stage se termine, les participants se quittent sur un bref au revoir. Dans leurs regards, cette certitude : se retrouver rapidement sur le terrain pour une action. Une "pour de vrai" cette fois, avec sa cause à défendre, ses slogans, ses imprévus, et peut être même ses policiers et ses journalistes. Mais sans violence. Les deux grands-mères peuvent dormir sur leurs deux oreilles. 

The whole world is watching you

 Parmi les modèles emblématiques de l'action pacifiste : Rosa Park, Martin Luther King, Gandhi... Forcément inspirée de l'esprit de Mai 68, la désobéissance civile est revenue sur le devant de la scène, en France, dans les années 1990 avec Bové et ses acolytes anti-OGM. Un des modèles du genre est celui du Direct action network à Seattle en 1999. Ce jour de décembre, des milliers d'activistes ont pu, grâce à une action concertée et bon enfant, empêcher la tenue de la séance d'ouverture de l'Organisation mondiale du commerce, sous le regard étonné du monde entier. Sans violence face aux escadrons déployés mais en s'enchaînant, en dansant, en faisant les clowns, etc. De quoi désarçonner les policiers au look futuriste, plus préparés à gérer le majeur dressé que le symbole du 'peace and love'.

Pour en savoir plus
Sur internet : Le site des Désobéissants avec les dates des prochains stages en cliquant ici.
Au cinéma cette semaine : "Bataille à Seattle" de Stuart Townsend.
Avec le livre de J-M Muller, Dictionnaire de la non-violence, Les Editions du Relié, 2005, 401 p.

Par Amélie Gautier le 06 mai 2008 à 17:00
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15 Commentaires

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  • Pietro, le 07/05/2008 à 23h53

    Bruno, il faut atterrir... Avant que le socialisme arrive, les caisses étaient pleines.

  • Jean, le 07/05/2008 à 15h04

    Je préfère des gens comme ça que des terroristes qui mettent des vies en danger... donc les commentaires devraient être un peu plus respectueux

  • Corh, le 07/05/2008 à 13h12

    Genial , c'est de la forme actuelle du civisme! L'etat ne representant plus du tout les ideaux democratrique et sociaux, il faut bien apprendre a le combattre pour la defense de ces valeurs , c'est SUPER

  • Béatrice, le 07/05/2008 à 11h59

    Ouah! ça c'est de l'article!!!

  • Bruno, le 07/05/2008 à 11h37

    Vous pouvez critiquer meux au moins c'est pas des moutons a pensée unique ! Quand j'entends que a liberté c'est la responsabilité et donc le travail, j'halucines !!! Faut etre de droite, faut etre capitaliste ! Regardez ou nous en sommes, c'est bien le resultat du capitalisme ! Bientot nous en pourrons me eplus subvenir a nos beosins ! La drotie ne souhaites qu'une chose, le retour au 19 emme siecle, 60 h/semaine, l'exploitation des plus pauvres, les corons, les patrons paternaliste et pour la retraite, seuls les patrons en profites car le spetits a 1000 euros par mois seront tous crevé ! Voila votre projet... NON MERCI !

  • Pauliat, le 07/05/2008 à 10h40

    C'est facile de critiquer vous qui restez à ne rien faire derrière votre ordi... Si tout le monde raisonne comme vous, rien ne bouge ! C'est quand on essaye pas qu'on est est perdant. Eux, aux moins, ils y croient, ils se bougent !Bande de vieux croutons sans cesse en train de critiquer ce que font les autres

  • DGNS, le 07/05/2008 à 10h26

    Tout cela mène à la colere des forces de l ordre qui ne font qu appliquer des ordres. C pas comme cela qu il faut se faire entendre même si ca agace certaines personnes de revendiquer dans la rue pour pas grand chose

  • Le Fourbe, le 07/05/2008 à 09h57

    Non mais franchement que peut on espérer de positif avec ce genre de militant anarcho d'extreme gauche, rien juste une bande de fainéant qui profite de toute les situation pour faire parler d'eux mais au finale il n'y a rien de constructif !!!!

  • Mimi, le 07/05/2008 à 09h52

    De quoi vivent ces personnes des aides sociales surement pour avoir le temps de s'amuser à faire semblant. que vont -ils apprendre à leurs enfants la déobéissanc civile! bravo! des nostalgiques de mai 68 (il est interdit d'interdire) on voit ce que çà donne !!!!

  • Aurélien, le 07/05/2008 à 09h25

    ça fait 40 ans qu'on nous bassine avec cette idéologie du désobéir. Mais vous ne savez même pas ce qu'est la liberté, la liberté souverainne, celle qui implique des responsabilités et donc du travail. Vous êtes trop enchaîné à vos idéologies libertaires pour être vraiment libres.

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