Love story sur les barricades

Par , le 25 avril 2008 à 06h00 , mis à jour le 25 avril 2008 à 17h01

Témoignage - En même temps qu'il lançait le premier pavé de la rue Gay Lussac, Hervé Chamosset, alorsd étudiant aux beaux Arts, rencontrait son premier amour...

BD, 68, pavés, barricades, gay LussacLes barricades de mai 68, rue Gay Lussac, vues par un étudiant des beaux Arts de l'époque © LCI/Hervé CHAMOSSET

CET ARTICLE A ETE REALISE GRACE A UNE ALERTE LCI.FR 

Hervé Chamosset était un jeune étudiant des Beaux Arts, à Paris, quand les événements de mai 68 ont éclaté. Le 10 mai, il est en tête du cortège qui défile en direction de la rue Gay Lussac. Pour s'amuser, il chaparde un pavé sur un chantier et le lance. C'est le début des barricades, le début d'une nuit folle, le début, aussi, de sa première histoire d'amour de jeunesse. Un emportement du coeur le temps d'un emportement populaire. 

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Mai 68 en BD

"19 heures, le 10 mai 1968. Un début de soirée étouffante : les filles sont belles, peu farouches : c'est le printemps de Botticelli pour une foule ludique. Avec mon copain, étudiant en «archi», nous nous laissons mener par des mouvements de foule qui vont de St Michel à la rue St Séverin, au gré des barrages de C.R.S.
     
Ces poussées nous amènent près de la Sorbonne puis en face du Luxembourg. Au début de la rue Gay Lussac, des travaux ont mis quelques pavés à portée de ma main. Par bravade, je m'écrie : « Aux barricades ! » Ce premier pavé déclenche la première barricade qui allait barrer la rue Gay Lussac : une hauteur de pavés qui atteint les balcons du premier étage des immeubles riverains. Les riverains nous encouragent en montant le son de leur poste de radio, ce qui nous permet de suivre les événements que j'ai provoqués. Trop tard pour faire marche arrière : les C.R.S. se cantonnent à 100 mètres de notre barricade.
 

Sur les pavés le "Che"

    
Après un petit temps de repos, face à une boutique de spiritueux, une fille brune (style hispano-américain) me demande du feu. Pour moi c'est le déclic : ce sera le « Che ». Elle ne me quittera  pas de la soirée ou presque, elle veut passer de l'autre côté pour rentrer chez elle à Chatou. Je la rejoins.
 
Les C.R.S. sont en action. Moment de panique. Je l'empoigne et gravis à toute allure cette montagne de pavés ; pour un savoyard, ça allait. La vitrine du marchand de vin est brisée. Tels les poilus de la guerre 14-18 ; un besoin de remontant pour faire face aux assauts des C.R.S. qui nous balancent des grenades lacrymogènes suffocantes et même offensives. Une chape de gaz recouvre toute la rue, le face à face est terrible. Pavés contre des hommes casqués, munis de masques à gaz, matraques, boucliers, fusils, lance-grenades. Devant ce feu d'artifice, nous devons céder nos barricades.
 

Stratégie russe de "la terre brûlée"

Pour ralentir ces assauts, des voitures sont renversées en épis et allumées. Stratégie russe de « la terre brûlée ». Nos bouteilles d'alcool vides servent pour la confection des cocktails molotov. Tout est perdu : nous nous replions sur d'autres barricades ainsi de suite ; puis le sauve qui peut. Je ne sais plus que faire ...
 
Je cherche la « plage » sous les pavés. J'étouffe. Je ne vois plus clair. Je suis aveugle. Surprise ! La main du "Che" m'entraîne dans la rue puis dans les escaliers d'un immeuble, frappe à une porte qui s'ouvre. Enfin sauvé ! On me donne de l'eau et du citron pour mes yeux. Les fouilles commencent dans les escaliers et sur les toits. Les bruits de ces « rangers » me rendent fou. Mort de fatigue, je m'endors. Au réveil, je ne sais plus où je suis. Quelle nuit de cauchemar !
   
Un peu plus tard, vers 10h30, je descends la rue Gay-Lussac comme dans un film de Fellini. Il n'y a plus personne, seules des carcasses de voitures calcinées fument encore. Main dans la main, tous les deux au milieu de la rue, nous avançons. Il n'y a plus un bruit : c'est surréaliste. Les yeux terre de sienne du « che » sont devenus vert Véronèse suite aux lacrymogènes. Notre barricade est ouverte. Quelques C.R.S. nous regardent passer, figés sans un mot.

Dessin sur mai 68
Mai 68 en BD



"Alors Chamosset, vous êtes anarchiste ?"

Nous prenons  le métro pour prendre des nouvelles de mon copain qui était parti avant la charge des C.R.S. pour rejoindre un autre copain de St Gervais qui, lui, faisait des études de « kiné ». Ils n'ont pu repasser les barricades dans l'autre sens et ont reçu quelques coups de matraque. Je m'allonge sur mon lit avec le Che, une page d'histoire et d'amour se tourne.
 
Des photos de moi avaient été prises le soir du 10 mai, devant les barricades par un reporter d'une revue « italienne ». Après réflexion, je pense plutôt que ce fut un photographe de la D.S.T. pour la bonne raison, qu'une fois incorporé, le capitaine me convia dans son bureau et me dit : « Alors, Monsieur Chamosset, vous êtes anarchiste ? J'espère que ça ce passera bien. » Je reçu de nombreuses propositions : professeur pour les enfants de troupe à la base de  fusée de Kourou et enfin de travailler pour les services du colonel Noël, ce que j'acceptai." Hervé CHAMOSSET

Quarante ans plus tard, Hervé Chamosset est professeur de dessin et artiste peintre à Saint-Gervais. Il n'a jamais revu le "Che".

Par Alexandra Guillet le 25 avril 2008 à 06:00
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8 Commentaires

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  • Da silva, le 27/04/2008 à 09h31

    C'est l'effet papillon avec ses dommages collatéraux...

  • Claude, le 27/04/2008 à 08h58

    Pour ma part à ,cette époque , j'avais 18 ans et je me demande encore aujourd'hui à quoi a pu servir tout ce " chantier " ? . Quand on voit ce que cela a pu apporter de négatif par la suite je me demande si il y a vraiment de quoi s'en glorifier , n'en subit-on pas encore les méfaits aujourd'hui ?? . Bonne journée .

  • PEDRO, le 26/04/2008 à 10h47

    Etudiant aux beau arts? Normal qu'il ait manifesté il a choisi une branche sans avenir et apres il en veut à l'etat. Un peux comme maintenant.

  • Fred, le 25/04/2008 à 23h18

    Mai 68? qu'est ce qu'il s'est passé déjà??

  • Chamosset roch, le 25/04/2008 à 21h12

    BRAVO PAPA !

  • Lecreux, le 25/04/2008 à 17h42

    Quelle honte et quel mépris que de vouloir se comparer au poilus de 14-18. Mai 68 c'est le début de déchéance!!

  • Cocopok, le 25/04/2008 à 17h33

    Pourquoi pas ? Il n'y a pas lieu de lui... jeter la pierre !

  • Laurent, le 25/04/2008 à 17h30

    Cet homme est un veritable heros! Son action lors de mai 68 a vraiment démontré tout son courage, et toute ses convictions pour un réel changement de la société! Sans rancune.

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