Malade, elle voudrait choisir l'heure de sa mort

Par , le 01 avril 2008 à 19h36 , mis à jour le 23 octobre 2009 à 12h04

Dossier : Euthanasie: le débat

Interview - Atteinte d'une maladie incurable, Clara Blanc, 31 ans, revendique le droit de pouvoir mourir quand elle le veut. Elle s'en explique à LCI.fr

Clara Blanc euthanasie"Je ne vois pas en quoi c'est choquant de vouloir dire stop aux souffrances" © DR

 

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L'interview de Clara Blanc

2002 dans un hôpital de Lyon. Clara Blanc, 25 ans, apprend qu'elle est atteinte du syndrome d'Ehlers Danlos, une maladie génétique rare, une maladie qui rend grabataire, une maladie incurable. 2008. Après l'affaire Humbert, après l'affaire Sébire, la jeune femme a décidé d'écrire au président de la République pour lui demander un référendum sur la fin de vie. Elle raconte à LCI.fr l'enfer de son quotidien. Son futur, elle le connaît. Elle demande à pouvoir le maîtriser.

"Votre vie s'arrête là"
"Votre vie s'arrête là. Vous ne pourrez pas travailler. Vous n'avez pas d'avenir. Vous n'aurez pas d'enfant. 2002, dans un hôpital de Lyon. Après deux heures 45 de consultations, le professeur de médecine m'annonce alors que je suis toujours en soutien-gorge et en culotte, entourée de 15 personnes, que je suis bien atteinte du syndrome d'Ehlers Danlos. Ce qu'on ressent à ce moment là est indescriptible. C'est un gouffre : on tombe et on tombe en se demandant quand on va pouvoir toucher le sol. Ça m'a pris un an et demi de pouvoir encaisser ce diagnostic. Encaisser qu'on vous coupe l'herbe sous le pied alors que vous êtes à l'aube de votre vie. Il faut vivre mais on ne peut pas. Pas se faire à manger, pas subvenir à ses besoins. On est comme un zombie, qui rentre dans la quatrième dimension.

"Faire le deuil de sa vie imaginée"
Et puis, vient le jour où on en a marre. Alors, on donne un coup de pied en bas et on remonte. Il faut faire le deuil de sa vie imaginée, d'une partie de son être parce cette maladie ampute pas mal de choses. Comme dans une période de deuil, il y a la colère, la rage, la dépression et le déni. Alors moi, je me suis dit : si je n'y pense pas, je ne l'aurais pas cette maladie. J'ai dû arrêter mes études d'infirmière. Je me suis mise à travailler pour vivre. Tout simplement. J'étais en intérim. Mais je devais m'arrêter tous les quatre jours, je n'y arrivais pas.

"Soutenir, comprendre, écouter"
A l'annonce de ma maladie, ma famille a réagi de manières diverses. Très émue, une partie a été capable d'entendre mes divagations dépressives importantes. Elle m'a été d'un soutien moral impressionnant. L'autre partie a, je pense, un peu paniqué, notamment face à ma réaction, qui a été violente sur le coup. Maintenant que moi je vais mieux, elle se sent plus apte à me soutenir, à me comprendre, à m'écouter.

"Mettre sa fierté au panier"
J'habite chez mon compagnon mais nous sommes en instance de séparation. Il va falloir que je reparte dans ce parcours du combattant qu'est trouver un logement. Dès qu'on est en situation précaire, tout devient très compliqué, il faut savoir mettre sa fierté au panier et, quelque part, faire un peu l'aumône à tout ce qui est sociable, administratif et toutes les aides qu'on peut éventuellement avoir et tous les soutiens qu'on peut éventuellement solliciter. Trouver un logement, c'est la croix et la bannière parce qu'on n'est pas assez solvable, on fait peur dans notre situation. C'est un peu comique parce qu'on est les plus stables. L'allocation handicapée, on l'a à vie.

"Le quotidien"
Pour le moment, j'ai des entorses un peu partout, des doigts de pieds à la mâchoire, et des subluxations (articulation qui a perdu sa mobilité normale, NDLR), qui provoquent beaucoup de douleurs et de tensions. J'ai beaucoup de difficulté à tenir une position, à dormir. Dans un futur proche, au fur à mesure de la dégénérescence, j'aurai besoin d'un fauteuil électrique pour me mouvoir. J'ai un lit particulier pour soutenir l'ensemble de mes articulations — beaucoup de personnes âgées ont ça pour éviter les escarres — et j'ai un corset semi-rigide qui permet de combler parfois une certaine fatigue de la colonne ou de soulager des douleurs. J'ai des attelles aux poignets, j'ai une minerve pour soutenir les premières cervicales déjà un peu HS et j'ai des chaussures orthopédiques que je ne mets pas toujours parce qu'elles sont très lourdes et j'ai un traitement anti-douleur au quotidien.

"Partir apaisée"
Je ne parle pas de mort, je parle de fin de vie, c'est différent. Je parle de comment finir mes jours dignement. Quand je déciderai que c'en est trop, que j'ai vécu ce que j'avais à vivre, que j'ai fait ce que j'avais à faire, et que mon état ne sera plus en corrélation avec ce que j'estime de la vie, j'aimerais juste qu'on me permette de m'endormir tranquillement et de partir apaisée. Voilà, j'aimerais que ça soit possible et sans représailles pour les personnes qui font ce geste.

"Chantal Sébire"
J'ai été choquée de toutes les interprétations qui ont été faites autour de sa demande. J'ai trouvé que beaucoup de personnes n'étaient pas concernées par cette démarche, par cette finalité, par cette conception. Que ces politiciens ou ces grands pontes de la médecine parlaient beaucoup sans connaître le sujet, c'est ce qui m'a motivée pour parler.

"A quoi ça rime"
Je ne vois pas en quoi c'est choquant. Il existe bien une législation en Belgique ou en Suisse. Ça donne juste le choix aux gens, personne n'est obligé de rien après. Je ne vois pas en quoi c'est choquant de vouloir dire stop aux souffrances, stop à l'agonie, stop à la vie qui n'a pas de sens. Il va arriver un moment où ma vie, en l'occurrence, ne rimera plus à rien. Une personne qui est alitée toute la journée, qui est sous morphine à forte dose et pratiquement inconsciente la plupart de son temps, je ne vois pas comment on peut lui associer le terme de vie. Il y a quelque chose qui m'échappe dans cette conception. Une fois que le traitement m'aura tellement shootée, que je ne serai même plus là, à quoi ça rime ? Aussi bien pour moi que pour mes proches, ça sera une libération.

"Ça peut arriver à tout le monde"
Il faut que les gens aient bien conscience que ça peut arriver à tout le monde, n'importe quand. Il suffit de peu de chose, il suffit d'un accident cardiovasculaire, d'un accident de la route, ou même d'un cancer dans sa phase terminale. Je pense que beaucoup de personnes seraient soulagées d'avoir accès à ce choix, et je dis bien choix. C'est une forme de liberté que je demande, et que je revendique.

Par Amélie Gautier le 01 avril 2008 à 19:36
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241 Commentaires

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  • Cécile, le 02/10/2009 à 10h45

    Bonjour, Madame,je suis atteinte du même symptôme que vous ainsi que l'une de mes filles,j'ai toujours fait l'opposé de ce que les médecins m'interdisaient,sport,bouger,sortir,élever mes enfants que je ne devais pas avoir non plus. Il n'est pas facile tous les jours de vivre en souffrant, ou en ayant des entorses ou des luxations,j'en ai partout,je vais avoir une prothèse de hanche j'ai 50 ans,j'ai aussi des minerves,orthèses et tout le reste,mais voilà je vis avec,ma fille a 19 ans est aussi atteinte que moi,mais elle ne se plaint jamais et est heureuse de vivre et ce n'est pas moi qui l'invente,elle a 1 copain,elle vit aussi normalement qu'elle le peut,comme les jeunes de son âge et quand c'est plus dur,ben elle fait avec et positive malgré tout. Je pense que tout est question de volonté et de vouloir y arriver. Prenez courage,la vie est belle!

  • Nathalie, le 04/04/2008 à 08h26

    Vous êtes très jolie, et je suis très émue à la lecture de cet article. Votre demande est tout à fait légitime, j'espère que vous serez entendue...

  • SYLVIE810, le 04/04/2008 à 08h25

    Madame, même si votre article est émouvant, je vous rappelle que vous avez encore le choix de vivre ou non. N'est ce pas de la lâcheté que de demander aux autres de faire ce que vous n'avez peut-être pas le courage de faire vous-même. Il y a des milliers de gens qui souffrent. Je sais de quoi je parle je travaille dans un hôpital. A quand le débat pour euthanasier avant la souffrance? Mes mots sont surement très durs mais la réalité de milliers de personnes l'est aussi et ils ne veulent pas forcément en finir pour autant.

  • Paul, le 03/04/2008 à 18h56

    Que personne ne réagisse à cet article en dit long sur l'état d'esprit qui règne dans ce pays. J'ai aujourd'hui un cancer (en rémission il est vrai), mais jamais je n'accepterai de devenir ce que deviennent tous les malades atteints de maladies graves et incurables. Je pense que je revendiquerai aussi au droit à mourir dignement au lieu de finir "sous morphine". Il n'y a rien de choquant à pouvoir disposer de sa vie et éviter à ses proches un calvaire au mojns aussi douloureux que sa propre souffrance. Je suis de tout coeur avec vous.

  • Celine, le 03/04/2008 à 17h25

    Je suis avec toi coeur et ame !je prie dieu de mettre fin à tes souffrances !dieu va te recompenser patiente un peu!ya pire que toi !mais un jour ils ont cessé d exister !courage ma cherie!

  • Pisanu, le 03/04/2008 à 17h01

    Bonjour je trouve que cette personne a entièrement raison de vouloir partir quand elle le décidera entourée de toute sa famille bon courage à elle et aux siens

  • Malade 79, le 03/04/2008 à 16h25

    J'ai beaucoup pleuré en vous lisant, cela ressemble tellement à mon cas. mais qui peut comprendre ? bon courage à tous ceux qui souffrent,nous emporterons notre solitude avec nous

  • Patricia, le 03/04/2008 à 15h36

    Vous êtes si jolie, si vivante, que ma réflexion première fut de dire : " ce n'est pas juste", je viens donc de vous lire et les mots me manquent...J'aimerai avoir les mots qui apaisent, vous dire mon admiration pour votre combat et vous souhaiter un paisible sommeil...

  • M@rie, le 03/04/2008 à 14h44

    Après Ludovic, chantal voici maintenant clara... qui sera le ou la suivante? ça commence à bien faire ces histoires surmédiatisées !

  • Pat Atos, le 03/04/2008 à 13h48

    Je souhaiterais que l'on abrège mes souffrances lorsque je serai vieux, perclus de douleurs, déprimé, et incapable de m'assumer seul. Arrêtez votre naïve compassion! Nous ne sommes plus avec Clara Blanc dans la problématique de l'euthanasie mais dans celui du suicide.

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