Image d'archives © TF1"Ouh la la ! La pauvre..." Safia Lebdi imagine la honte qui doit la toucher, la détresse dans laquelle elle doit être. Elle, la mariée répudiée. Elle, cette jeune femme musulmane dont le mariage a été annulé parce qu'elle n'était plus vierge. Ou quand un tribunal reconnaît la pureté comme "qualité essentielle". L'histoire fortement médiatisée suscite depuis deux jours émoi et effroi. "C'est un jugement honteux", s'indigne Safia Labdi, présidente des Insoumises, une association féministe laïque, qui lutte contre toutes les discriminations et le sexisme. "On se bat depuis longtemps pour dénoncer les traditions archaïque et là 'boum' la justice leur donne raison."
Sa colère passée, la jeune femme de 34 ans se souvient des discussions avec ses copines musulmanes, dans le temps, dans les quartiers, à cet âge où l'on découvre la sexualité. Ses interdits aussi. "La virginité, on en parlait pendant des heures, raconte Safia Lebdi. A imaginer la colère de nos parents s'ils découvraient qu'on avait fait l'amour. A craindre la honte jetée sur notre famille. A redouter les regards de la communauté."
Des cérémonies en recrudesence
Aujourd'hui, ces discussions se déroulent beaucoup sur Internet sur des sites féminins aux noms de forums évocateurs : "J'ai besoin de vous", "suis-je déviergée ou pas". "Help! Question de religion", "musulmanes et hymen"... L'hymen, cette membrane qui se déchire lors du premier acte sexuel est l'un des mots qui revient le plus dans ces chats de filles en détresse. L'objectif étant, pour elles, de le garder intact. "Il faut passer l'épreuve du drap blanc, raconte, ironique Safia Lebdi, sous les 'you-you', la belle mère de la mariée brandit le tissu avec le sang dessus pour montrer que son fils s'est uni avec une vierge". D'après la jeune femme, ces cérémonies, très traditionnelles, sont en recrudescence dans les quartiers.
Sur les forums, dans un langage sms et tout en solidarité, les jeunes filles s'échangent des "recettes" pour conserver leur hymen intact. Pratiquer la sodomie, faire une fellation... Certaines conseillent le coup de la fiole le soir des noces. Mettre du sang dans une petite bouteille qu'on versera discrètement sur les draps quand le nouvel époux aura le dos tourné. "A mon époque, les copines se refilaient les coordonnées du médecin compréhensif qui acceptait de délivrer un certificat de virginité", se souvient amusée Safia Lebdi.
"Elles sont rattrapées par la tradition"
"Ce sont de jeunes femmes qui sont passées par une certaine insouciance de la modernité, constate Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Planning familial. Elles viennent nous voir quand elles sentent que la famille les pousse à se marier. Elles sont rattrapées par la tradition."
Depuis cinq-six ans, les filles parlent beaucoup d'hymenoplastie, une chirurgie reconstructive de l'hymen. L'opération est pratiquée dans quelques hôpitaux dont les noms circulent. Stéphane Saint-Léger, chirurgien au CHU Robert Ballanger à Aulnay-sous-Bois en opère deux par semaine. "Ces jeunes femmes viennent nous voir terrorisées (...) car si elles ne montrent pas qu'elles sont vierges, elle peuvent être répudiées, voire battues", raconte ce gynécologue interrogé par TF1. Il opère à contrecoeur se disant contre cette discrimination mais agit pour aider ces filles en détresse.
Même credo au planning familial où l'on fait du cas par cas. "Quand les filles font appel à nous, on discute beaucoup pour voir dans quelle mesure elles sont en danger. On ne distribuera jamais des certificats dits de virginité, ça serait légitimer cette violence faite à l'égard des femmes", insiste Marie-Pierre Martinet. Et de rappeler que 20% des femmes n'ont pas d'hymen ; que beaucoup ne perdent pas de sang lors de leur dépucelage faute d'irrigation ; qu'il est fréquent que l'hymen puisse être percé en faisant du sport et que les médecins n'ont pas les moyens d'être surs à 100% que la membrane est intacte.
Retour MYTF1
Chargement en cours...




