L'OIP fustige une "hyper inflation carcérale"

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET, le 19 mai 2008 à 18h47 , mis à jour le 19 mai 2008 à 19h30

Interview Alors que le taux de surpopulation carcérale explose, Patrick Marest, porte-parole de l'Observatoire international des prisons, s'emporte contre l'action menée par la garde des Sceaux.

prison prisons justice france france © INTERNE

LCI.fr : L'administration pénitentiaire vient d'annoncer qu'au 1er mai 2008, on comptait 63 645 détenus dans les prisons françaises. A 7 personnes près, ce chiffre rejoint le record historique du 1er juillet 2004. Comment réagissez-vous à ces chiffres ?
Patrick Marest, porte-parole de l'Observatoire international des prisons :
la situation des prisons françaises est celle d'une hyper inflation carcérale. En cinq ans, on a eu une augmentation de 30% du nombre de détenus ! Par ailleurs, le taux moyen de surpopulation des maisons d'arrêts est actuellement de 150%. Dans une vingtaine d'établissements, on a même des taux supérieurs à 200% ! C'est dans ce contexte là qu'il y a quelques jours la ministre a témoigné soit d'une pathétique incompétence, soit d'un désintérêt profond, en se trompant et en évoquant un taux de moins 6% d'établissements surpeuplés en France.

Il faut rappeler à la ministre que depuis 25 ans, les pouvoirs publics justifient les innombrables programmes de constructions de prisons par la toujours sempiternelle raison que l'on va résorber par ce moyen la question de la surpopulation carcérale. Depuis, on a doublé la capacité d'emprisonnement et le surpeuplement est toujours là ! La ministre feint d'ignorer cette réalité, ainsi que les injonctions des instances de protection des droits de l'Homme et la grogne des syndicats pénitentiaires.
 
LCI.fr : Que faudrait-il faire selon vous pour remédier à cette surpopulation ?
P.M. :
Cette situation d'hyper inflation carcérale est intimement liée à la multiplication des lois répressives depuis un an. Il faut réorienter la politique pénale. Il y a un an, Nicolas Sarkozy a dit que le principe de l'encellulement individuel des détenus devait être garanti pour tout détenu qui en fait la demande. Pour honorer cet engagement, il aurait suffi à Madame Dati de mettre en œuvre trois actions : engager une réduction drastique du nombre de personnes placées en détention provisoire, ne plus sanctionner par une peine d'emprisonnement les infractions bénignes comme les atteintes aux biens sans violence et appliquer de façon stricte l'aménagement de peine pour les courtes peines. Ces trois décisions là, à coup sûr, feraient baisser le nombre de détenus.
 
Je voudrais citer ce qu'a fait l'Italie en 2006, après que le comité de lutte contre la torture a conclu que la situation imposée aux détenus italiens était constitutive d'un traitement inhumain et dégradant. Eh bien, le gouvernement a fait voter une loi pour faire sortir dans les plus brefs délais 20 000 personnes ! Ces personnes ont été placées sous contrôle judiciaire. Cela a permis à ce pays de retrouver un taux de détention acceptable. Voilà l'autre choix qui se place devant nous si l'on ne veut pas faire du temps carcéral, s'il se passe dans des conditions telles, un temps qui favorise lui-même la hausse des taux de récidive.
 
LCI.fr : Rachida Dati a annoncé lundi matin la publication "prochaine" d'un décret pour "organiser la mise en oeuvre" de l'obligation d'encellulement individuel des détenus provisoires. C'est plutôt une bonne chose ?
P.M. :
A supposer que ce décret existe un jour, il sera totalement inapplicable ! Qui plus est, cela voudrait dire qu'on s'apprêterait à améliorer le sort d'un petit nombre de détenus, ceux qui sont en préventives, au détriment du plus grand nombre pour qui la situation se trouvera aggraver.
 
LCI.fr : Rachida Dati a rappelé son opposition à toute grâce présidentielle le 14 juillet. Craignez-vous que la situation devienne explosive en prison ?
P.M. :
C'est évident. Il ne se passe pas une journée sans que les syndicats de surveillants prennent la parole pour hurler que les prisons françaises sont au bord de l'explosion. Ils sont aux premières loges, ils ont la réalité devant les yeux et c'est eux qui alertent pour dire que ce qui se passe à l'intérieur des murs est inadmissible et que les détenus ne vont plus le supporter longtemps.

Par Propos recueillis par Alexandra GUILLET le 19 mai 2008 à 18:47
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles France
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience