Le siège de la DRI qui doit regrouper DST et RG © TF1/LCIC'est une page historique qui se tourne pour la police française. A compter de ce jour, les mythiques RG et DST n'existent plus. Désormais, il faut dire DCRI. Derrière cet acronyme se cache la toute nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur, sorte de "FBI à la française". La fusion de ces deux services de renseignement historiques avait été voulue par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à l'Elysée. La nouvelle DCRI aura son siège dans des locaux ultra-sécurisés de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. Locaux qui abritaient déjà la DST et une partie des RG.
QUELLES MISSIONS POUR LA DCRI ?
Forte de 4.000 fonctionnaires dont 3.000 policiers dits "actifs", la DCRI traitera de ce qui "relève de l'intérêt de la nation" : terrorisme, grands mouvements de contestation, intelligence économique. C'est ce que les policiers nomment, dans leur jargon, le "milieu fermé", auparavant du ressort quasi-exclusif de la DST. Les policiers de la DCRI, dotés de l'habilitation "secret défense", seront implantés par zone dans chaque département. 175 commissaires, soit 10% de l'effectif total, y seront affectés dont une centaine à Levallois.
Pour le "milieu ouvert", plus traditionnel (comptage des manifestants, violences urbaines, conflits sociaux... ), une sous-direction de l'Information générale (Sdig) de 1.000 policiers est créée à la Direction de la sécurité publique (DCSP) sous la responsabilité de Pierre Guillen (ex-RG).
Les effectifs ont été répartis dans les deux structures "sans trop de dommages", selon leurs syndicats. Les opposants à la réforme voyaient notamment dans la création de la DCRI et de la Sdig une "répartition des tâches inutiles", un "choc de deux cultures" DST/RG pouvant "s'affronter" et être "à l'origine de loupés".
Un "squale" à la tête du "FBI français"
C'est le préfet Bernard Squarcini, 52 ans, qui sera le premier "patron" de la nouvelle DCRI. Proche de Nicolas Sarkozy, il est considéré comme un "as du renseignement" dans les milieux policiers. Surnommé "le Squale" ou "Squarc", Bernard Squarcini, fils de policier, petit-fils de berger corse, était directeur de la surveillance du territoire (DST) depuis le 27 juin 2007, après avoir été longtemps commissaire et numéro 2 des RG.
Aux RG, il était reconnu comme le spécialiste incontesté du terrorisme basque, islamiste ou corse. Il est notamment le "tombeur" d'Yvan Colonna, l'assassin du préfet Claude Erignac, quand Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Il l'a rejoint par la suite pour intégrer le "premier cercle" de ses hommes de confiance issus des rangs policiers, selon ses proches. Les mêmes assurent que durant la campagne électorale et l'affaire Clearstream, M. Squarcini, en dépit de problèmes de santé, a "joué les démineurs" pour le futur président. Il s'est constitué partie civile dans le dossier Clearstream où un corbeau a cité son nom comme titulaire d'un compte bancaire, tout comme celui de M. Sarkozy. Dans ses nouvelles fonctions, Bernard Squarcini sera assisté de Patrick Calvar (ex-DST) et René Bailly (ex-RG).
Paris, un cas à part
"On est comme dans le village d'Astérix, on résiste", commente un policier de la préfecture de police. A Paris, en effet, les RG resteront une direction unique du renseignement, faisant exception dans la fusion des RG et de la DST. La direction des RG/PP, forte de 600 à 700 policiers, doit se transformer le 1er juillet en direction du renseignement (DR-PP). Selon des sources policières, il s'agit de "respecter la spécificité" de la capitale, siège des institutions, lieu de manifestations quotidiennes, tout "en s'inscrivant dans cette réforme". Il a donc été décidé de lui conserver ses actuelles structures de lutte contre le terrorisme, contre l'immigration clandestine ou les violences urbaines, "tout en concourrant" aux nouvelles missions prévues par la DCRI.
La préservation de cette "exception" n'a pas été sans conflits, selon ces mêmes sources : le préfet de police de Paris, Michel Gaudin, avait plaidé pour une direction régionale des RG en Ile-de-France (IDF), sous sa coupe. Seuls les policiers de la DR-PP luttant contre l'immigration clandestine auront, comme avant, compétence sur la proche banlieue parisienne. "Des frictions et des tensions ont eu lieu" entre la PP et Beauvau sur ce dossier, selon ces mêmes sources, et elles "ont laissé des traces". La PP a souvent été jalousée pour ses moyens et ses prérogatives en matière de sécurité, uniques en France.
Autre exception, outre Paris, la sous-direction des courses et jeux, qui surveille les casinos, est désormais rattachée à la police judiciaire après l'avoir été à la direction centrale des RG (DCRG).
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