Nicolas Sarkozy "assume" la baisse des effectifs

Par , le 17 juin 2008 à 11h53 , mis à jour le 17 juin 2008 à 12h29

Adaptation aux nouvelles menaces, effectifs réduits, troupes plus mobiles, priorité au renseignement et à l'Europe de la Défense : Nicolas Sarkozy a détaillé mardi matin le contenu du nouveau Livre blanc.

Nicolas SarkozyNicolas Sarkozy le 17 juin 2008 © TF1-LCI

Nicolas Sarkozy a présenté mardi matin à quelque 3000 cadres des armées, les grandes lignes du nouveau Livre blanc de la Défense et de la Sécurité intérieure. Le chef de l'Etat a prévenu qu'il était "résolu à aller jusqu'au bout de cette réforme", car il en va de "l'avenir de notre nation". Ce discours, a souligné le chef de l'Etat, est un "discours fondateur", avec des "choix assumés, pesés, que je propose à la Nation pour qu'il n'y ait aucune rupture entre société civile et militaire".  
 
MENACE IMMEDIATE D'UNE ATTAQUE TERRORISTE
"Aujourd'hui, la menace immédiate est celle d'une attaque terroriste", a déclaré le chef de l'Etat en introduction de son discours. "Grâce à l'efficacité de l'ensemble de nos forces de sécurité, la France n'a pas été atteinte au cours de ces dernières années. Mais la menace est là, elle est réelle, et nous savons que cette menace peut prendre demain une forme nouvelle, encore plus grave, avec des moyens radiologiques, chimiques et biologiques", a-t-il poursuivi. "Un nombre croissant de pays vont disposer de missiles balistiques dont il faut bien dire que la portée s'allonge jusqu'à atteindre plusieurs milliers de kilomètres, jusqu'à pouvoir frapper l'Europe", a-t-il ajouté.
 
PRIORITE AU RENSEIGNEMENT

Partant de ce constat, Nicolas Sarkozy a notamment annoncé "un effort massif d'investissement sur le renseignement, notamment d'origine spatial". Les services de renseignement doivent être "efficaces, mieux coordonnés, et agir dans le respect des valeurs  républicaines". "Pour cela", les services de renseignement du ministère de l'Intérieur seront regroupés "au sein de la nouvelle direction centrale du renseignement  intérieur", et il y aura à l'Elysée un "coordinateur du renseignement, qui  orientera les services et assurera la cohérence de leur action", a indiqué M. Sarkozy.
 
DES EFFECTIFS RAMENES A 225 000 HOMMES

'L'armée, ça assure la sécurité de la nation, pas l'aménagement du territoire"
Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a confirmé une "baisse substantielle des effectifs" des armées, ramenés à 225.000 hommes d'ici 6 à 7 ans. L'armée de Terre comptera 131.000 hommes, l'armée de l'air 50.000 hommes et la marine 44.000. "Je sais que c'est une baisse substantielle des effectifs. Je l'assume", a dit Nicolas Sarkozy, en précisant qu'elle "portera avant tout sur les soutiens et l'administration". "Des mesures d'accompagnement seront mises en oeuvres", a-t-il promis. "Nous  allons être inventifs pour compenser la fermeture ou le transfert des implantations militaires". "Les territoires les plus fragiles seront accompagnés", a-t-il ajouté.

"Dans mon esprit l'armée, ça assure la sécurité de la Nation, pas l'aménagement du territoire", a-t-il insisté. "Je sais parfaitement qu'avec le Premier ministre et le ministre de la Défense, nous serons confrontés à des manifestations, il y a des protestations", a-t-il reconnu. Mais "il faut choisir" entre "une armée qui fait de l'aménagement du territoire et qui n'est pas opérationnelle" et une armée "qui assure la sécurité des Français", selon le chef de l'Etat.
 
 
377 MILLIARDS D'EUROS
Le gouvernement consacrera 377 milliards d'euros aux armées françaises d'ici 2020, dont 200 milliards pour leurs équipements. Il a ajouté que les armées disposeraient de trois milliards de crédits supplémentaires par an pour leurs équipements, soit une hausse de près de 20% de ces crédits. "Ce n'est pas du luxe", a-t-il commenté. "C'est pour cela que ces réformes, il faut les faire : parce qu'on va réinvestir dans la défense tout ce que l'on aura économisé. Dans les matériels, mais aussi dans l'entraînement et dans la condition militaire. Le Premier  ministre et moi, allons inscrire ce principe dans la loi de programmation  militaire", a promis Nicolas Sarkozy.
 
RENOVER LES ACCORDS AVEC L'AFRIQUE
"Nous devons adapter nos moyens prépositionnés" a estimé le chef de l'Etat. "Tous nos accords de Défense seront désormais rendus publics. Nous allons revoir nos accords avec l'Afrique et revoir la position de nos bases. Ceci ne veut pas dire que nous abandonnons l'Afrique à elle-même", a-t-il  ajouté. "C'est tout le contraire". "Nous voulons coopérer avec tous les pays, européens et africains, qui partagent avec nous l'idée que l'Afrique est une clé du développement et de la sécurité internationale dans les années à venir", a précisé M. Sarkozy.


LA FRANCE REJOINT L'OTAN, MAIS LA DISSUASION RESTE NATIONALE
"Aujourd'hui, la Commission du Livre blanc conclut que rien ne s'oppose à ce que nous participions aux structures militaires de l'Otan", a déclaré Nicolas Sarkozy. "La France est un allié indépendant, un partenaire libre. Les principes posés en son temps par le général de Gaulle, je les fais miens : la France gardera en toutes circonstances une liberté d'appréciation totale sur l'envoi de ses troupes en opération", a-t-il ajouté. "La France ne placera aucun contingent militaire sous commandement de l'Otan en temps de paix. La dissuasion nucléaire de la France restera strictement nationale quand bien même, j'en ai la certitude, l'existence même de notre dissuasion est une contribution à la sécurité de toute l'Europe", a poursuivi le chef de l'Etat.

 
PRIORITE A L'EUROPE DE LA DEFENSE

"Quel que soit l'avenir du Traité de Lisbonne, je ne changerai pas d'avis, j'entends faire de la politique de défense et de sécurité un exemple de l'Europe concrète, de l'Europe qui répond aux besoins des Européens", a déclaré Nicolas Sarkozy. "Priorité : construire, en Europe, de façon pragmatique, des capacités modernes, robustes, flexibles et interopérables, c'est-à-dire capables de travailler ensemble." Pour Nicolas Sarkozy, les Européens doivent notamment être capables de déployer 60.000 hommes, simultanément, dans des opérations lointaines. "Ces capacités, nous ne les construirons pas sans des efforts de défense suffisants dans la durée. Mais ces efforts ne doivent plus être dispersés, concurrents, déséquilibrés", a-t-il fait valoir.

Par Alexandra Guillet le 17 juin 2008 à 11:53
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