Policier devant son ordinateur © LCIDevant l'ampleur de la bronca, le contenu voire l'existence même du fichier Edvige se trouve aujourd'hui menacé, entraînant plusieurs syndicats de policiers à monter au créneau. "Nous sommes stupéfaits et affligés par la cacophonie politique et gouvernementale sur ce sujet", s'est indigné mercredi sur LCI.fr Bruno Beschizza, le président de Synergie Officier, second syndicat d'officiers de police. "Que des associations militantes critiquent ce fichier, c'est normal et plutôt sain, mais que des ministres différents tiennent des discours différents alors que l'on joue la transparence en publiant des décrets, c'est affligeant".
Dénonçant "l'hypocrisie générale" des personnalités politiques, Bruno Beschizza rappelle que "les gouvernements successifs, de droite ou de gauche, ont besoin de savoir qui sont les responsables d'organisations et de savoir comment prévenir les violences urbaines. Au Modem ou au PS, ils sont les premiers à vouloir voir leur nom repris dans la presse et là ils sont émus à l'idée que leurs noms puissent être dans un fichier qui se veut transparent !"
Une stupéfaction partagée par le syndicat des commissaires de la police nationale. Dans un communiqué, il fustige les détracteurs, "les mêmes qui ont combattu le fichier national automatisé des empreintes génétiques" et qui "ont ainsi retardé sa mise en oeuvre au prix de nombreuses victimes supplémentaires". Selon le syndicat des commissaires, Edvige, qui est le successeur d'un fichier qui existait depuis 1991 au sein des Renseignements généraux, ne fait que tenir compte de "l'évolution de la société" notamment pour ce qui concerne la délinquance des mineurs.
Les policiers, "fouilleurs de poubelles" ?
Pour les syndicats, la polémique au sujet d'Edvige est avant tout liée à un déficit de communication de la part du gouvernement au moment où est paru le décret instituant Edvige. "Pourquoi n'a-t-on pas expliqué à ce moment-là, par exemple sur les violences urbaines, que quand on est un gamin de 14 ans et qu'on fait partie de la bande de la Gare du Nord à Paris, une bande qui viole et qui pille, c'est bien que la police sache qui fait partie de cette bande ou gravite autour... Au lieu de cela, on en est arrivé à une confusion dans le débat sur les données publiques ou privées qui peuvent être récoltées par les fonctionnaires de police. On ne comprend plus ce que dit ou pas le décret. Et les policiers sont amers car on les fait passer pour ceux qui vont aller fouiller dans les poubelles, ceux qui vont espionner la vie privée, ce qui n'est pas le cas".
Quid des gendarmes
Et de renvoyer la pierre dans le jardin des gendarmes. "Eux aussi collectionnent du renseignement. Qu'en font-ils ? Où les mettent-ils ? Personne ne répond et ça ne gène personne que tout se fasse dans l'illégalité" s'étonne encore Bruno Beschizza. Interrogé par LCI.fr, le Sirpa gendarmerie confirme qu'aucun décret ne régit le FAR, Fichier Alphabétique des Renseignements de la gendarmerie. "Ce fichier, qui est complètement manuel, a une utilité uniquement locale. Il permet aux brigades territoriales d'assurer leur mission de sécurité", explique le Sirpa, précisant que "ce fichier, régit par des circulaires, ne contient aucune donnée intime et fait partie des fichiers qui, d'ici 2010, seront numérisés et mis en conformité par rapport aux libertés individuelles et aux dispositions de la CNIL".
Edvige bientôt deshabillée
Hier, le chef de l'Etat a décidé de reprendre les choses en main pour tenter de clore la controverse. Lors d'une réunion à l'Elysée, il a demandé à Michèle Alliot-Marie "d'ouvrir rapidement une concertation" sur ce fichier. Concertation qui devra être "suivie de décisions pour protéger les libertés". Selon une source proche du dossier, les renseignements qui font le plus polémique, l'orientation sexuelle et la santé des personnes, pourraient ainsi être "évacués" du fichier. Un peu plus tôt, la ministre de l'Intérieur avait elle aussi donné du lest en proposant un "droit à l'oubli" pour les mineurs permettant d'effacer du fichier ceux qui n'auraient commis aucun délit passé un certain temps.
Une marche arrière contre laquelle Synergie Officier met en garde : "en vidant Edvige de sa substance on enlèvera les moyens légaux aux policiers d'obtenir des résultats. Or, si ce travail n'est pas fait par la police nationale, puisque le besoin est là, demain ce seront des entreprises privées qui le feront, sans contrôle déontologique et là il y aura de vraies atteintes à la vie privée". De toute évidence, un débat s'impose désormais au Parlement pour mettre un peu d'ordre...
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