La prison de Varces-Grenoble © TF1/LCILCI.fr : Après l'assassinat d'un détenu à la prison de Varces par un individu posté à l'extérieur de l'établissement, êtes-vous satisfait des mesures annoncées dimanche soir par Rachida Dati, à savoir le réhaussement des murs d'enceinte et la mise en place de caméras de surveillance ?
Christophe Marques, secrétaire général FO Pénitentiaire : Ce qu'on peut souhaiter, c'est que ce ne soit pas encore un coup médiatique de la ministre. C'est bien que la garde des Sceaux aille sur le terrain, c'est bien qu'elle aille rencontrer les personnels. Malheureusement, cela faisait des mois que nous dénoncions l'état de la prison de Grenoble en matière de sécurité, notamment concernant la vétusté des murs et des grillages qui font le tour de la prison. On ne pouvait, certes, pas prévoir ce qui est arrivé dimanche, mais cela démontre encore une fois que Grenoble, comme bien d'autres établissements, mérite une attention particulière.
LCI.fr : Quels sont les autres établissements concernés ?
C.M. : Tous ceux qui sont entourés d'immeubles en centre-ville ou bien qui sont surplombés de voies ferrées ou de montagnes. Dans ces endroits là, il y a un réel problème de visibilité sur les cours de promenades.
LCI.fr : On a franchi un cap dangereux dimanche ?
C.M. : C'est clair. C'est la première fois que l'on a ce type d'incident grave dans nos prisons. Cela démontre que l'on peut depuis l'extérieur attenter à la vie d'un détenu. Mais cela pose aussi la question de la sécurité des surveillants. On pourrait très bien avoir demain un ex-détenu qui voudrait se venger de l'un deux. Nous devons être très vigilants et il faut aussi que la ministre nous écoute car n'oublions pas que sur 192 établissements, plus d'une centaine datent encore d'avant la première guerre mondiale et qu'il y a d'énormes difficultés de sécurité.
LCI.fr : Au cours des dernières années, il y a eu plusieurs plans votés pour améliorer la sécurité des prisons. Où en est-on ?
C.M. : Il faut reconnaître qu'il y a eu énormément de progrès faits, notamment pour empêcher les évasions par hélicoptère avec la mise en place de filets un peu partout. La difficulté des établissements comme Grenoble, encaissé dans les montagnes, est qu'il n'y a pas de glacis de sécurité suffisant, c'est-à-dire qu'il n'y a pas assez de distance entre le mur d'enceinte et l'accessibilité par les visiteurs extérieurs. Cela nécessite de gros travaux. Mais au-delà de ça, ce qui nous pose beaucoup plus question, c'est la politique pénale dans ce pays. Le détenu abattu dimanche n'avait rien à faire dans cette prison où l'on sait que la sécurité n'est pas optimale. Si on avait une vraie politique pénale, avec une vraie gestion des détenus, le drame de Grenoble aurait peut-être pu être évité.
LCI.fr : Il y a quelques jours, c'était la question des détenus à risques en prison qui était relancée avec le meurtre à Rouen d'un détenu par son compagnon de cellule.
C.M. : La ministre a depuis donné des instructions (ndlr : Rachida Dati a demandé notamment aux directeurs de prison de traiter désormais sur le champ toute demande de changement de cellule et qu'ils soient les seuls à décider des affectations). Malgré une tentative d'explication pour calmer la grogne, elle n'a toujours pas répondu à l'attente des directeurs d'établissements et à nous non plus. Car quand on a une surpopulation telle que l'on est obligés de mettre trois détenus dans une même cellule de 9m2, il faut nous expliquer comment on peut ensuite demander au personnel pénitentiaire de faire en sorte de séparer les détenus selon qu'ils sont malades ou pas malades, fous ou pas fous, fumeurs ou pas fumeurs, etc...Il faut des établissements spécialisés pour les individus dangereux ou malades. Ça fait des années qu'on le réclame.
LCI.fr : On sent le personnel pénitentiaire excédé...
C.M. : C'est très très tendu. A tel point que, mercredi soir, pour la première fois depuis des années, les trois organisations représentatives, FO, UFAP, CGT se réuniront à Fresnes pour faire un constat et décider peut-être du lancement d'un mouvement d'ampleur nationale. Nos personnels ont besoin d'êtres soutenus. Ils veulent aussi crier leur désespoir. Nombre d'entre eux sont en dépression ou vont au travail la peur au ventre. Ce n'est pas tolérable. Chacun doit être responsable. Et il n'est pas normal que les absurdités en matière de politique pénale retombent sur l'institution.
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