C'est un anniversaire particulier pour les victimes du drame de l'usine AZF. Ce dimanche 21 septembre, comme chaque année à la même date, une partie des 600 membres de l'association des anciens salariés AZF mémoire et solidarité se sont retrouvés à 10h17, heure de l'explosion, sur le site de l'ancienne usine. D'autres représentants d'associations, auxquels s'étaient joints le maire socialiste de Toulouse, Pierre Cohen, et le président du conseil général de la Haute-Garonne, Pierre Izard, se rassemblaient pour leur part autour du Rond-point du 21 septembre, voisin du lieu du drame. Tous venaient commémorer le 7e anniversaire de l'événement qui avait fait 30 morts en 2001, ainsi que des dégâts monumentaux dont les traces sont encore visibles aujourd'hui. Mais ce sera là, espèrent-ils, leur dernière réunion symbolique avant de connaître enfin toute la vérité.
Dans cinq mois, le 23 février prochain, devrait s'ouvrir le procès du drame. "L'immense majorité des gens ont la certitude que depuis sept ans on leur cache la vérité", estime Jacques Mignard, président de l'association. "Je me dis qu'enfin on va aboutir à la vérité, et en même temps je crains qu'on ne la connaisse jamais et qu'au bout du compte nous serons tous profondément déçus". Aujourd'hui, estime-t-il, "seul prévaut aujourd'hui la thèse officielle et toutes les pistes n'ont pas été explorées".
L'hypothèse du "mélange malencontreux"
A l'issue d'une instruction qui a duré jusqu'en 2006, les experts ont retenu l'hypothèse d'un mélange malencontreux de quelques kg de DCCNa (un produit chloré) avec 500 kg de nitrate d'ammonium déversés sur le tas principal de nitrate, vingt minutes avant l'explosion. Ils ont en revanche rejeté celles d'un attentat, d'une explosion due à un météorite, au gaz ou à un arc électrique. "Vingt-sept théories différentes sont répertoriées dans le dossier d'instruction, plus toutes les autres qui nous sont parvenues en direct", déplore Frédéric Arrou, président de l'Association des sinistrés du 21 septembre 2001, dont les positions sont antagonistes à celles des anciens salariés de la chimie. "On sait qu'il y a des intentions indicibles des uns ou des autres de fomenter des théories, de dresser des rideaux de fumée. Il y a une vraie manipulation dans cette histoire".
Pour l'heure, seul l'ancien directeur de l'usine AZF, Serge Biechlin, et Grande Paroisse (groupe Total) en qualité de personne morale, respectivement mis en examen en mai 2006 et juin 2002, ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour "homicides et blessures involontaires". Mais l'Association des sinistrés du 21 septembre 2001 a déposé une citation à comparaître en correctionnelle à l'encontre du groupe industriel Total et de son président Thierry Desmaret. Le tribunal devra décider le 10 novembre si cette citation directe est valable et recevable, avant le début du procès.
"Toutes les décisions stratégiques étaient prises au plus haut niveau"
"Nous avons toujours regretté que le juge d'instruction ait toujours refusé de vérifier jusqu'où devait remonter la responsabilité", souligne Me Christophe Lèguevaques, avocat de l'association. Selon lui, "toutes les décisions stratégiques étaient prises au plus haut niveau de la société Total. En matière de sécurité Total impose ses directives et sa vision des choses à toutes ses filiales".
"Il est évident que ce n'était pas le directeur de l'usine AZF ni le groupe Grande Paroisse, mais bien les dirigeants et les actionnaires de Total qui étaient aux commandes. Comment pourraient-ils être à l'abri d'une présence à ce procès ?", accuse pour sa part Frédéric Arrou. "Pour nous, la politique générale menée par Total est l'une des causes, pas la seule, de l'accident industriel que nous avons subi à Toulouse. Et parce qu'ils sont responsables ils doivent répondre de leurs actes devant la justice", renchérit Me Lèguevaques. Ce qui explique aussi pourquoi l'association a demandé à ce que les débats du procès, qui devrait durer quatre mois, soient filmés, arguant de leur "intérêt scientifique" et de la nécessité de "garantir leur caractère public".
D'après agence








